Mise à jour le 07/02/2010
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San Finna N°553 du 08 au 14 Février 2010
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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HYMENS RECONSTITUES ET VIRGINITE A VOLONTE
QUESACO ?

On n’arrête pas la science, a-t-on coutume de dire, et c’est tellement vrai qu’elle fout parfois son nez jusque dans les domaines les plus intimes pour les révolutionnariser. Et c’est le cas de le dire avec cette invention partie du Japon dans les années 90 et qui, actuellement, menace de déferler sur bien de pays et principalement les pays arabes. Quèsaco ? Bref, qu’est-ce que c’est ?

Voilà. D’habitude, quand la femme est déflorée, c’est fini. Fini, félicité, applaudi pour l’homme dont l’orgueil est flatté d’avoir été le premier inaugurateur. Pour le mari jaloux, possessif, qui acquiert ainsi la preuve qu’avant lui, il n’y a eu personne, c’est la confiance, l’espoir qu’il n’y en aura pas non plus après. Mais attention ! C’est fini, gâté, quand c’est fait avant le
mariage car très souvent, dans certains pays et au regard de certaines coutumes, il faut absolument qu’au mariage, il soit démontré que la femme était vierge. Ca, y a pas à badiner là-dessus : des expertes ont même été constituées, au fil du temps, pour attester immédiatement après consommation du lien conjugal, de ce  que l’hymen n’a pas été défloré avant. Si c’est le cas, c’est très compliqué. Le mariage, même justifié par un amour fou, peut être remis en cause car au-delà des sentiments d’amour, il y a l’opprobre qui rejaillit non seulement sur l’époux mais sur sa famille.

On comprend qu’à force de rupture des unions pour cause de non-virginité, les imaginations se soient surpassées à des fins multiples pour trouver des palliatifs. Mais jusqu’à présent, ce qui était appelé en renfort pour sauvegarder les apparences et préserver le mariage, c’était comme qui dirait, des recettes de grand-mère qui n’échappaient pas toujours à la vigilance de ces femmes à l’œil acéré qui savaient faire la différence entre le bon et le mauvais sang.

Aujourd’hui, les Chinois, perfectionnant cette découverte japonaise, ont trouvé autre chose que tout cela et même que la reconstitution chirurgicale de l’hymen : c’est tout simple. Une espèce de joujou, un accessoire coquin, un « sex toy » comme on dit. Une société chinoise Gigimo en assure la commercialisation  sous la forme d’une petite poche translucide de quelques centimètres contenant de la fausse hémoglobine, que l’on place à l’intérieur du vagin, une vingtaine de minutes avant le rapport sexuel. Alors, par l’effet de la chaleur corporelle, il se produit une dilatation de la membrane qui fait qu’au moment de la pénétration, une sensation de défloration est automatiquement recréée. Comme pour la première fois, un liquide rouge est secrété comme à l’occasion de la rupture de l’hymen, tâchant les draps. Le tour est ainsi joué et pour quelques 26 euros (environ 15.000 FCFA), l’amour et l’honneur se retrouvent sauvegardés.

Mais pour que le joujou sexuel gagne les marchés, il y a loin de la coupe aux lèvres car en face, se sont mobilisés certains cercles religieux et notamment en Egypte, les Frères Musulmans. Les politiques n’y sont pas non plus  en reste qui assaillent le gouvernement pour  qu’il ne permette pas la mise sur le marché de cette invention du diable qui risque d’inciter les femmes à « succomber à la tentation du vice ». Une polémique qui gagne le Maroc où l’offensive chinoise se fait sentir. Si là-bas, même jusqu’aux vendeurs, on ne clame pas que le produit est prisé, par les regards et par les conversations en aparté, il apparaît clairement que la chose fait son petit bonhomme de chemin. Quoi qu’il en soit, pour ne pas se laisser surprendre sur ce terrain où la pratique peut se répandre comme un feu de brousse, le conseil des Oulémas de Rabat  a pondu une « fatwa » qui réaffirme avec solennité que pour le Saint Coran, l’hymen ne peut être recousu, précisant que l’utilisation d’un hymen artificiel est une « tricherie  interdite » portant «atteinte aux principes et valeurs de l’Islam ».

Il faut cependant dire que sur la question, les théologiens ne sont pas unanimes. Certains comme Abdelbari Zemzami, député islamiste du Parti de la renaissance et de la vertu, pensent que l’utilisation d’un hymen artificiel peut être licite pour les femmes victimes de viol ou en cas de perte accidentelle de la virginité, précisant par ailleurs, ce qui est important, qu’il  n’existe pas d’obligation d’en informer l’époux car selon l’Islam, disent-ils, le mariage est souhaitable et tout moyen pour le promouvoir est légitime. Quant à Aboubakr Haraqat, sexologue à Casablanca, il pense que ce n’est pas plus mal que de telles inventions gagnent du terrain : « ce produit aura peut-être le mérite d’ouvrir un débat de société sur la virginité », concluant « à ce rythme, dans deux ou trois générations, la virginité sera tombée aux oubliettes ».

Sera-t-il entendu quand on pense que depuis des millénaires, on pratique l’excision, le mariage forcé… ? Il faut l’espérer sans y mettre sa main au feu.

 

CY








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