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San Finna N°462 du 05 au 11 Mai 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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NOYOUD THAMER
OU L’HISTOIRE AHURISSANTE
D’UNE DIVORCEE YEMENITE DE 8 ANS

On se pincerait presque pour y croire tellement cette histoire vous choque à tous points de vue. Mais il faut savoir qu’elle nous vient du Yémen où il existe des pratiques sociales rétrogrades qui remontent très loin. Mais de quoi s’agit-il ?

Eh bien, de cette histoire bouleversante, incroyable de Noyoud Nasser, mariée à l’âge de 8 ans. Oui, là-bas, si la loi interdit le mariage avant 15 ans, elle n’en autorise pas moins la passation de contrat de mariage avec des enfants mineurs, toutefois sous condition d' observer cette clause d’interdiction de relations sexuelles avant que la jeune fille ne soit prête. Mais dans les faits, depuis toujours, les fillettes ont souvent été mariées, obligées de rejoindre leur époux, donc contraintes à consommer le mariage avant 15 ans.

Une étude publiée en 2006 révèle que 52,1 % des filles yéménites sont mariées avant d’atteindre la majorité, la proportion étant de 6,7 % pour les garçons, et les filles continuent d’être toujours mariées dans bien de localités, dès l’âge de 8 ans.
Il est à relever qu’en dépit des critiques émanant d’associations et d’ONG spécialisées dans la protection et la défense des enfants, les choses ne sont pas prêtes de changer puisque le Parlement yéménite refuse toujours de reculer l’âge minimal du mariage.


C’est dans ces conditions que Noyoud a été promise par contrat, par son père Mohamed Muhammed Nasser, à Faez Ani Thamer, âgé de 30 ans. Mais si la fillette était restée chez ses parents, il n’ y aurait pas eu de problème. Or, tel ne fut pas le cas puisque dès le contrat signé, alors qu’elle devait y rester jusqu’à l’âge de 18 ans, elle a été forcée d’aller vivre chez son mari. Et là, le cauchemar a commencé pour Noyoud.

Chez son mari, on lui interdisait la chose qu’on aime le plus à cet âge : jouer avec les enfants de son âge. A chaque fois qu’elle voulait s’adonner à ces jeux préférés d’enfant, son mari la frappait, la forçant à aller jouer au jeu de la « galipette » qu’elle détestait plus que tout au monde, le temps n’ayant pas anticipé pour lui permettre de goûter les plaisirs de ce jeu. Alors, la pauvrette courait de pièce en pièce pour échapper au satrape en chaleur mais elle finissait toujours par succomber aux assauts virils qu’elle subissait, la mort dans l’âme et dans son frêle corps. Elle finit, malgré la peur, les interdits, les menaces, à s’enfuir un jour de cet enfer pour se réfugier au tribunal. Là, le juge qui écouta son histoire fut tellement bouleversé qu’il fit arrêter le père et le mari.

Alors, en marge de la bataille juridique, s’engagea une bataille de l’honneur. Il y avait d’un côté la loi, qui n’avait pas été respectée et qu’il fallait rétablir ; mais de l’autre, Faez Ali Thamer, qui mettait son honneur au-dessus de tout, n’entendait pas se séparer de son épouse. Mais qu’on se comprenne bien : ce n’est pas parce qu’il l’aimait, qu’il y tenait plus qu’à la prunelle de ses yeux, plus qu’au respect de la loi. Non, c’est parce qu’il estimait que son honneur était bafoué pour avoir été traîné devant le tribunal et pour cela, il osait défier la justice de son pays, hurlant qu’il n’était pas question pour lui de rendre la fillette à ses parents.

La détermination du mari était si forte que seul, un don anonyme de 100.000 riyals (317 euros) en provenance d’un pays arabe des environs, l’a convaincu de laisser la force être du côté de la loi. Noyoud gagne ainsi sa liberté mais là-bas, on dit que la fillette ne se doute pas qu’elle risque de ne pas avoir le temps de retourner à ses jeux favoris. Il y a en effet l’honneur de sa propre famille qui a été bafoué puisqu’elle a osé déposer plainte contre son père. Comment avec ça, les siens vont-ils pouvoir garder le port altier, le regard haut quant ils ont été traînés en justice par leur fillette ? Quand on sait que dans ces cas-là, les crimes d’honneur sont considérés comme des réparations d’honneur exigibles pour les membres de la famille, on comprend que beaucoup s’inquiètent que la petite Noyoud ne puisse pas voir beaucoup de printemps.

Pour autant, qu’on ne cesse pas d’en parler. Les pays, même les plus passéistes, n’ont peur que d’une chose : c’est qu’on montre leurs dessous sales au grand jour. L’Autriche en sait un brin qui, sans être rétrograde, vit dans l’anxiété nationale la publicité qui est faite autour de cet homme qui a violé sa propre fille pendant plus de 20 ans et qui lui a fait 7 enfants. Alors, sait-on jamais : à force de parler, de faire connaître l’affaire de Noyoud et de bien d’autres, peut-être que cela aidera à empêcher ce sort fatal que beaucoup prédisent à la petite Yéménite.

VT





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