LA
QUESTION POSEE AU PAPE ET LA REPONSE EXACTE APPORTEE
PAR CE DERNIER
Question :
« La position de l'Eglise catholique sur la
façon de lutter contre la diffusion du Sida
est souvent considérée comme n'étant
pas réaliste et efficace. Affronterez-vous
ce thème au cours du voyage ?
Réponse
du Pape –
Je dirais le contraire. Il me semble que l'entité
la plus efficace, la plus présente sur le front
de la lutte contre le sida est vraiment l'Eglise catholique,
avec ses mouvements et ses diverses structures. Je
pense à la Communauté Saint Egidio qui
fait tant, de manière visible et aussi de manière
invisible pour lutter contre le sida, aux religieux
Camilliens, à toutes les religieuses qui sont
au service des malades...
Je dirais que l’on ne peut pas dépasser
ce problème du Sida avec seulement de l’argent,
qui est nécessaire, mais s’il n’y
a pas l’âme, si les Africains ne s’aident
pas, on ne peut pas dépasser le fléau
avec la distribution de préservatifs. Au contraire,
ils augmentent le problème.
La solution ne peut venir que d'un double engagement
: en premier, une humanisation de la sexualité,
c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain
qui permette une nouvelle manière de se comporter
les uns avec les autres, et deuxièmement une
vraie attention particulièrement à l'égard
des personnes qui souffrent, la disponibilité,
les sacrifices aussi, les renoncement personnels pour
être avec les personnes souffrantes. Ce sont
les moyens qui aident et permettent des progrès
visibles. C'est pourquoi, je dirais que c'est là
notre double force : renouveler l'homme intérieur,
donner une force spirituelle et morale pour un comportement
juste dans la manière de considérer
son propre corps et celui d'autrui, et d'autre part
cette capacité à souffrir avec ceux
qui souffrent, d'être présents aux cotés
de ceux qui traversent des épreuves. Je crois
que c'est là la juste réponse, que l'Eglise
la met en œuvre et offre ainsi une aide très
grande et importante. Nous remercions tous ceux qui
y participent ».
ENTRETIEN
AVEC BLAISE COMPAORE, PRESIDENT DU BURKINA FASO
"L'Eglise
n'a pas le monopole de l'abstinence"
Famille Chrétienne 12/02/2005
Pour le président Blaise Compaoré, la
lutte contre le sida est une priorité qui ne
souffre aucune réduction idéologique
: l'abstinence et la fidélité sont aussi
des moyens de prévention contre le sida.
Vous
présidez personnellement le Comité national
de lutte contre le sida. Pourquoi ?
C'est
un engagement moral quand on est responsable
d'une communauté de 12 millions de personnes.
En Afrique de l'Ouest, le sida menace la vie
|

Blaise Compaoré |
de
millions d'hommes et de femmes. Son impact
sur la société est considérable.
Le chef de l'Etat doit être à
l'avant-garde.
Le
Burkina a développé un cadre
stratégique classique avec les éléments
clés de la lutte contre le sida : la
prévention, le suivi épidémiologique,
et la prise en charge des malades. Nous commençons
à enregistrer des résultats
- le taux de prévalence est passé
de 7 % en 1997 à 4 % en 2003.
|
Les
malades peuvent-ils accéder aux antirétroviraux
(ARV) aussi facilement qu'en Europe ?
Nous
avons enregistré des efforts incontestables
de la part des laboratoires. Les traitements antirétroviraux
(ARV) sont vingt fois moins cher qu'au début.
Mais les prix restent élevés pour les
populations subsahariennes. Mettre les ARV à
la disposition des malades ne suffit pas, il faut
veiller à former le personnel de santé.
Quel
est votre degré d'indépendance face
à des organismes comme l'Onu-sida ou l'Organisation
mondiale de la santé ?
Notre
faiblesse, au Burkina, c'est le manque de moyens.
Mais les partenaires qui disposent du financement
ont compris que les programmes ne devaient pas tomber
du ciel. Si tel n'était pas le cas, nous serions
incapables de mettre en œuvre un programme stratégique
de lutte contre le sida.
Face
aux organismes internationaux, il faut savoir résister.
On peut nous conseiller, mais pas faire à notre
place. En matière de santé, je pense
que le prêt-à-porter ne marche pas. Les
Etats aussi exercent sur nous des pressions. Récemment,
un journaliste américain m'interrogeait : "Qu'allez-vous
faire pour aider les Etats-Unis à lutter contre
le terrorisme ?" J'ai répondu : "Que
vont faire les Etats-Unis pour soutenir notre lutte
contre le sida ?" Le sida est aussi dangereux
que le terrorisme !
Comment
percevez-vous le récent débat sur le
préservatif en Espagne ?
Les
Européens n'éprouvent pas le danger
du sida de la même manière que nous.
Pour les Burkinabés, le danger est immédiat.
La pandémie est une réalité visible,
elle frappe votre famille, vos amis les plus proches.
En Europe, vous avez peut-être le loisir de
faire des thèses pour ou contre la morale.
Au Burkina, nous n'avons pas le temps.
Vous
agissez dans l'urgence ?
Je
dirais plutôt que nous n'avons pas de tabous.
Nous venons d'expérimenter des OGM dans le
pays. Quand un aveugle a perdu un grain de sel, il
le cherche partout, quitte à avaler quelques
cailloux. Si les OGM nous permettent de multiplier
par six notre production, cela vaut la peine de faire
un essai. Lorsque les gens vivent dans l'abondance,
ils peuvent faire la fine bouche. Pas nous.
Mais
les partisans du préservatif estiment rendre
un service à l'Afrique...
Il
y a souvent un gouffre entre ce que disent les médias
et ce qui se passe sur le terrain. En Afrique, nous
vivons avec le sida au quotidien. Le débat
sur le préservatif, tel que vous le présentez,
ne nous concerne pas. Les Français aiment la
polémique, c'est leur côté gaulois
! Certains critiquent la position de l'Eglise en prétendant
défendre les Africains. Soit. Mais la plupart
n'ont jamais mis les pieds chez nous !
Je
leur conseille de venir faire un séjour au
Burkina. Chez nous, l'imam, le prêtre et le
chef coutumier travaillent de concert : tous ont l'ambition
d'affronter le même mal. Se focaliser sur le
préservatif, c'est passer à côté
du problème du sida. En tant que chef de l'Etat,
je ne peux pas préconiser un moyen de prévention
exclusif aux dépens des autres.
Dans
la lutte contre la pandémie, l'Eglise est-elle
un partenaire crédible ?
Beaucoup
de gens ignorent le travail de l'Eglise en Afrique.
En France, l'intelligentsia ne comprend pas cette
proximité avec les responsables catholiques.
Chez nous, l'Eglise est d'abord synonyme d'écoles
et de dispensaires. Le débat sur le sida n'est
pas théorique, il est pratique. L'Eglise apporte
sa contribution. Si l'abstinence est un moyen de prévention,
nous n'allons pas nous en priver ! Le Burkina est
une société plurielle. Plusieurs modes
de prévention peuvent cohabiter : l'abstinence,
la fidélité, et le préservatif.
L'abstinence,
est-ce un moyen de prévention vraiment réaliste
?
L'Eglise
n'a pas le monopole de l'abstinence ! En tant que
chef de l'Etat, j'ai pris des engagements dans ce
sens depuis 2002 dans le cadre de la campagne "C'est
ma vie". L'objectif était de mettre les
gens devant leurs responsabilités. Parmi les
engagements proposés, certains faisaient directement
appel à l'abstinence : "J'ai décidé
de m'abstenir de tout rapport sexuel quand mon mari
(ma femme) est absent(e)", et "J'ai décidé
de m'abstenir de toute relation sexuelle jusqu'au
mariage".
Votre
politique tout en nuances peut-elle être comprise
par un Français ?
Je
répondrais "oui" par une boutade.
Un document trouvé en Afghanistan explique
que seuls l'arabe et l'anglais conviennent à
la formation des terroristes. Le français est
à bannir, car c'est une langue de réflexion
! Un homme passé par l'école française
ne sera jamais capable de devenir kamikaze. On ne
pose pas de bombes quand on a lu Pascal ou Descartes
».