San
Finna N°557 du 08 au 14 Mars 2010 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
REVISION EXCEPTIONNELLE DES LISTES ELECTORALES CE N’EST PAS LA BOUSCULADE !
Les médias audiovisuels, à coups de publicités et de messages, sensibilisent à longueur de journée les citoyens pour les inciter à aller s’inscrire sur les listes électorales. La campagne sur la révision exceptionnelle des listes électorales a commencé effectivement le 1er mars dernier, mais à première vue, ce n’est point la bousculade.
Pour la première semaine, nous avons voulu nous intéresser aux quartiers périphériques pour la circonstance. Le secteur 28 de Ouagadougou, un des plus gros secteurs de la ville, était tout indiqué pour notre excursion. Au complexe scolaire Sainte Colette de la Zone 1 dudit secteur, c’était désert. Seulement des élèves de la classe de 6ème en compagnie de leur professeur de sport s’étaient regroupés autour du sautoir aux environ de 9 heures 30 minutes. Les agents recenseurs étaient assis à l’ombre d’un hangar qu’utilisent souvent les élèves pour réviser leurs leçons. Cette année, la CENI n’a pas lésiné sur les moyens humains pour le recensement. Il y avait trois équipes de 3 à 4 personnes avec des cahiers de recensement estampillés CENI. L’heure était à la causerie et à l’ennui dans cette équipe. Il n’y a pas d’affluence et les citoyens ne semblent pas être intéressés par cette révision exceptionnelle. Par jour, il n’y a pas plus de 4 à 5 personnes qui viennent s’inscrire. On ressentait déjà la lassitude sur les visages tellement la situation n’était pas à l’enthousiasme. ‘‘ Comme solution, nous demandons à ce que ceux-là qui établissent les cartes d’identité le fassent à côté des agents recenseurs qui pourront à leur tour inscrire directement les citoyens sur les listes électorales’’, dira Béré Edouard comme pour proposer sa solution miracle. Pour Rayaissé Alain, ‘‘les partis politiques ne jouent pas leur rôle. C’est à eux que profite la liste électorale ; alors ils devraient demander à leurs militants et sympathisants de sortir pour l’établissement des listes électorales. A cette allure, les gens vont attendre les derniers jours pour venir, si enfin ils se décidaient.’’
Les médias passent en boucle les messages et autres spots radio, mais il faudrait certainement faire plus pour que le citoyen lambda puisse aller se faire recenser : ‘‘ La publicité à la télé c’est bien ! Mais il faut que l’on demande aux crieurs publics de sortir et d’informer les gens dans les secteurs pour les pousser à venir s’inscrire’’, dira Martine Diarra, agent recenseur, toujours au centre de recensement du complexe scolaire Sainte Colette.
Dans la rue, les quelques personnes rencontrées, à l’image de Jean Marc Tapsoba, ne voient pas la nécessité de détenir une carte d’électeur. ‘‘Vous dites qu’il y a une révision exceptionnelle de la liste électorale ? Je ne le savais pas… mais je dis que je ne sais pas qui voter ; donc je ne vois pas pourquoi je vais aller m’inscrire. C’est toujours la même personne qui gagne donc que tu votes ou pas, il va gagner. Je dois aller travailler pour gagner mon pain : c’est ça que je vote.’’
Le ressentiment semble être général et tout de suite, les gros mots suivent avec le débat sur l’article 37 de notre constitution qui s’invite : ‘‘Je sais qu’il y a une révision de la liste électorale mais je n’irai pas m’inscrire. Tout le monde sait que c’est Blaise Compaoré qui va gagner les élections et qu’il va changer la constitution pour rester à vie. Même si je vote, ça change quoi ?’’ dira André Joseph Dakouré.
Du côté des autres centres visités, c’était la même rengaine comme à l’école de Sinyiri, à la Trame d’accueil de Goudrin, au lycée Saint Viateur etc. Pour l’heure, en tout cas, ce n’est vraiment pas la bousculade !