San
Finna N°580 du 30 Août au 05 Septembre 2010
"Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
LE GENERAL EMMANUEL BETH, AMBASSADEUR A OUAGA BRAS D’HONNEUR DE SARKOZY A AQMI OU A GBAGBO VIA COMPAORE ?
Nous avions émis plusieurs interrogations voire inquiétudes par rapport à la nomination du Général Emmanuel Beth comme ambassadeur dans notre pays. Dans
Général Emmanuel BETH
un Billet pertinent, notre confrère L’Evènement vient de prolonger ces questionnements. Que l’on ne s’étonne pas de leurs répercussions dans l’opinion publique puisque le loisir est rarement donné aux Burkinabé d’avoir un éclairage sur les options diplomatiques du pouvoir. En attendant d’être plus informé sur la nomination de ce haut gradé, on ne peut pas empêcher les supputations et autres extrapolations. Ce n’est pas sans précédents, il est vrai. Les USA en ont l’habitude, la France elle-même vient de nommer un militaire haut gradé comme ambassadeur, en Afghanistan.
Pourquoi cependant nommer au Faso précisément un Général qui a commandé la Force Licorne en Côte d’Ivoire aux moments les plus chauds de la crise ivoirienne (bombardement du camp de Bouaké, destruction des aéronefs ivoiriens, attaques à l’Hôtel Ivoire…) ? N’y a-t-il pas risque de heurter les autorités ivoiriennes qui sont engagées dans un contentieux dans lequel est fortement impliqué ledit Général autour des faits sus évoqués ? A partir de là, on peut laisser libre cours aux conséquences qui pourraient en découler en termes de crispations accrues des relations entre Abidjan et Paris mais aussi entre Abidjan et Ouagadougou. Tout cela à la veille d’une élection problématique en raison d’un désarmement dont on craint qu’il ne débouche sur la solution du face à face final.
D’un autre côté, on pense à la percée d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) dans la sous région et aux dénonciations faisant état de ce que l’émanation d’Al Qaeda ait déjà pris pied au Faso. La gifle prise par la France après l’exécution de Michel Germaneau, suivie des menaces explicites d’AQMI contre ses intérêts et ses ressortissants dans le Sahel, peut justifier ce choix de Nicolas Sarkozy. D’ailleurs, au cours de la dernière conférence des Ambassadeurs, il n’a pas été elliptique à ce sujet en dévoilant les nouveaux habits de la diplomatie française par rapport aux prises d’otages. C’est le virage à 180 °, l’adoption de la solution anglaise, de celle algérienne : plus de négociation. C’est le combat sans merci ! Dans ces conditions, qui mieux qu’un Général peut ici avoir le profil de l’emploi ?
Mais là aussi, on n’est pas au bout de nos frayeurs car le défi est également lancé à AQMI avec pour terrain de confrontation, le Burkina Faso. Ce que l’on constate, c’est qu’on a décidé de tout cela sans en avoir aucunement informé ni sollicité le point de vue des Burkinabé, soit directement, soit par l’entremise des structures dans lesquelles ils sont organisés. Quand on calcule les risques encourus, on aurait pu au moins penser à ce minimum d’égards !
Espérons au moins que l’intendance suivra et que cette nomination ne se résumera pas en un simple jeu de muscles à la veille d’une présidentielle française déjà engagée et qui s’annonce très ouverte voire même très risquée pour Nicolas Sarkozy.