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San Finna N°521 du 29 Juin au 05 Juillet 2009
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

  

Au courant de la plume

ETUDE DU CSC SUR SA MISSION DE REGULATION DE L’ESPACE MEDIATIQUE LORS DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE DE NOVEMBRE 2005
LES OMISSIONS COUPABLES DE L’INSTITUTION

Le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) vient d’enrichir l’espace littéraire burkinabé avec la publication d’une étude dénommée : ‘‘L’élection Présidentielle de Novembre 2005 au Burkina Faso : Impact de l’Organisation Médiatique du Scrutin et rôle des Médias dans l’ancrage du débat démocratique.’’ Sa lecture, de notre point de vue, suscite plus d’interrogations que de réponses, et ne semble pas faire du C.S.C, contrairement aux affirmations dithyrambiques de l’auteur, une ‘‘garantie du pluralisme médiatique,’’ encore moins une ‘‘composante fondamentale des institutions démocratiques’’ au Burkina Faso.

La première interrogation majeure que suscite la publication de l’étude est : Pourquoi maintenant ? En dépit du temps nécessaire à

l’élaboration d’une bonne étude (assemblage, analyse contradictoire des données, etc.) et en dépit des contraintes diverses pouvant la ralentir, il faut admettre que quatre (4) ans pour cette étude, c’est un peu long. Dans notre démocratie en construction, tous les professionnels des médias -dans le souci de rectifier le tir- ainsi que les acteurs directs de la vie politique, ont nécessairement besoin des
conclusions objectives de l’institution C.S.C à condition que celles-ci leur parviennent à temps et leur permettent d’en tirer tous les enseignements. Mais, quatre (4) ans après la dernière élection présidentielle et à seulement une année de la prochaine échéance, toute la pertinence de l’étude s’en trouve compromise.


Mais venons-en au contenu proprement dit de l’étude et aux lacunes qu’elle révèle après lecture. L’avant-propos du document, signé par madame Béatrice Damiba elle-même, avance ceci : ‘‘Le scrutin présidentiel du 13 novembre 2005, qui a vu la participation exceptionnelle de treize (13) candidats, a constitué un moment intense de la vie politique nationale.’’ L’évocation de ces 13 candidatures inclut celle de Me Hermann Yaméogo, président de l’UNDD, dont le retrait de la candidature avait fait grand bruit à l’époque, et c’est le moins que l’on puisse dire. Ce retrait de candidature fut un acte politique majeur, de haute portée politique et de signification intellectuelle indéniable. Bien plus que le nombre de candidatures, ce retrait, surtout avec le recul, confère à la présidentielle de 2005 une importance historique certaine. On ne comprend alors pas pourquoi, l’étude du Conseil Supérieur de la Communication qui a par ailleurs été partie prenante (nous allons le rappeler plus loin) des évènements rocambolesques liés au maintien malgré lui de la candidature de Me Hermann Yaméogo, n’évoque aucunement les circonstances de cette candidature forcée et du refus du Conseil Supérieur de la Communication d’accorder au candidat Yaméogo le temps de parole auquel il avait droit en tant que candidat, même forcé.
           
Mais pour rappeler les faits et en comprendre leurs différentes conséquences, il faut remonter au débat consécutif à la candidature annoncée de Blaise Compaoré pour l’élection présidentielle de 2005 et au grand débat qui a agité toute la classe politique entière. Ce furent des débats forts nourris à travers l’animation de conférences, à travers des interventions aussi bien dans la presse écrite qu’audio-visuelle. Tous les moyens de communication autorisés furent mis en œuvre par les partisans et adversaires de la énième candidature de Blaise Compaoré pour faire entendre leur message. Le groupe Alternance 2005, dont les principaux leaders n’ont pas été en reste dans ce combat crucial, avait fondé ses actions sur un objectif de non-acceptation de la candidature de Blaise Compaoré. C’est pourquoi l’engagement commun pris au sein de ce regroupement de partis politiques d’opposition consistait, en cas de maintien de la candidature de Blaise Compaoré, en un retrait pur et simple de toutes les candidatures issues d’Alternance 2005. C’est dans la logique de cet engagement que le candidat Hermann Yaméogo, après la validation de la candidature de Blaise Compaoré, décida du retrait de la sienne, soutenu en cela par son parti l’UNDD. La suite, tout le peuple burkinabé la connaît, lui qui fut témoin de l’absurde maintien contre son gré de la candidature du président de l’UNDD par le Conseil Constitutionnel ; maintenu contre son gré mais cependant interdit de temps d’antenne et donc de possibilité de s’expliquer par le Conseil Supérieur de la Communication, gestionnaire de l’espace médiatique en période de campagne électorale. C’est pourquoi la non-évocation de péripéties politiques ayant précédé et même jalonné la période de la campagne présidentielle par l’étude initiée par le C.S.C nous semble tout simplement inconcevable.
           
En fait, le véritable péché commis par le C.S.C, et qui conduit l’institution à la publication d’études aussi biaisées, réside dans le fait d’avoir sciemment compromis son impartialité en violant certaines de ses propres règles et en manquant d’imagination pour s’adapter à une situation aussi inédite que la présidentielle de 2005. Le maintien malgré lui de sa candidature donnait le droit au candidat Hermann Yaméogo d’user des espaces médiatiques que le C.S.C avait le devoir de lui octroyer au même titre que les douze (12) autres candidats. Comme le rappelle l’étude, la base légale du C.S.C en matière de régulation est donnée par l’article 17 de la loi n°028/AN du 14 juin 2005 portant création, composition, attributions et fonctionnement du C.S.C. Cette loi lui donne compétence pour ‘‘fixer les règles concernant les conditions de production, de programmation, de diffusion des émissions et des articles relatifs aux campagnes électorales par les sociétés et entreprises de presse écrite et de radiodiffusions sonores et télévisuelles appartenant à l’Etat, en conformité avec les dispositions du code électorale.’’
           
Cette disposition légale est confortée par les règles de base en matière de régulation, évoquées en page 33 de l’étude.
Il s’agit de :

- La règle de l’égal accès aux médias de services publics, qui impose qu’aucune discrimination ne soit faite entre les partis politiques ou les candidats dans l’accès aux médias publics. Ils doivent bénéficier d’une stricte égalité de traitement.

- La règle du pluralisme et de l’équilibre de l’information, qui veut que l’information porte sur les activités du plus grand nombre de partis ou de candidats, sans discrimination entre eux.

En sus de ces règles, le document rappelle comme de juste que ‘‘le bon régulateur, c’est d’abord celui qui connaît son environnement immédiat et qui s’efforce d’assurer et d’équilibrer les différentes opinions qui rythment la vie sociopolitique nationale.’’
           
Le C.S.C, qui n’a guère fait la preuve d’une maîtrise de son environnement immédiat, et qui n’a pu être le reflet exact des différentes opinions traversant la vie politique du Burkina Faso de 2005, devrait, à défaut de mieux, s’inviter à plus de modestie dans la conception de ses ‘‘études’’.

 

La Rédaction





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