San
Finna N°463 du
12 au 18 Mai 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté
sans capacité de refus"
ELECTION
ZIMBABWEENNE
LA PIROUETTE DE TSVANGIRAI
POUR ECHAPPER AU PIEGE DE MUGABE
Il
avait transporté ses pénates en Afrique du
Sud et pendant ce temps, Mugabe qui avait le champ libre,
la caution tacite de ses pairs africains, taillait des croupières
dans son électorat en violentant ses militants et
en manoeuvrant de 1000 manières pour mettre la Commission
électorale et la justice à ses bottes. L’objectif,
c’était de foutre une telle trouille du diable
aux électeurs de l’opposition qu’ils
iraient se faire voir ailleurs en se cachant au
Morgan
TSVANGIRAI
(Photo Le Figaro, AFP et AP)
pays
ou mieux à l’étranger plutôt que
de participer à un second tour où ils pouvaient
perdre jusqu’à leurs vies. Alors, comme il
fallait s’y attendre, le bruit a commencé à
courir que Tsvangirai a pris la poudre d’escampette,
qu’il s’est mis au vert, abandonnant ses militants
à la fureur de Mugabe, gonflé à bloc,
et décidant de croquer jusqu’au dernier des
opposants. Un général qui fuit ses troupes,
les
abandonnant en rase campagne, c’est pas joli, joli
! Ca mérite plus que le peloton. On n’a pas
pensé que l’absence du leader de l’opposition
avait une motivation stratégique. C’est bien
connu en Afrique : les élections se décident
de plus en plus à l’étranger et Tsvangirai
est bien placé pour savoir que sans l’appui
de la communauté internationale, de la SADEC et de
l’Afrique du Sud, il lui sera difficile d’obtenir
la reconnaissance de ses droits ou même d’amener
Mugabe à amiable composition. Son séjour en
Afrique du Sud n’avait certainement pour motif que
d’avoir des garanties à cet égard sinon,
il ne manque pas de courage, lui dont la photo révélant
le visage martyrisé, a circulé à travers
le monde parce qu’il a osé s’opposer
à Mugabe. Sinon, il n’avait pas que mépris
pour le sort qui était fait à ses militants
et sur les manœuvres entreprises par le dictateur zimbabwéen
pour lui savonner la planche si jamais, il lui prenait l’envie
de s’inscrire à la course au second tour.
En décidant, après avoir laissé passer tout
ce temps, mettant ainsi à rude épreuve la patience
des uns et des autres, de compétir pour le second tour,
il a effacé toutes les critiques, toutes les suspicions
mais plus encore, il a repris l’avantage car aujourd’hui,
c’est lui qui a la donne, ce n’est plus Mugabe. Si
l’on avait escompté qu’il jetterait l’éponge,
effrayé par les micmacs du vieux dictateur, par ses violences
et par la valse hésitation du syndicat des chefs d’Etat,
eh bien, on a eu tout faux : Tsvangirai n’est pas une chiffe
molle, il veut aller aux élections mais pas bêtement,
pas comme quelqu’un qui va à l’abattoir. Il
a annoncé qu’il rentrerait dans deux jours, soit
le 13 mai 2008 ! S’il doit y avoir un combat, il le veut
à la régulière, et c’est ainsi qu’il
a posé ses conditions. Oh, l’homme a pris soin de
ne pas mettre la barre haut placée pour donner raison à
Mugabe de faire comme bon lui semble : il va aux élections,
dit-on, mais aux conditions suivantes : - arrêt des violences
; - élection au plus tard le 24 mai ; - accès sans
restriction pour tous les observateurs internationaux ; - rétablissement
d'une commission électorale en bonne et due forme ; - accès
des médias sans entrave y compris pour les médias
internationaux ; - envoi des hommes de maintien de la paix au
Zimbabwe afin que l'opinion puisse avoir confiance dans l'organisation
du scrutin par la Communauté de développement d'Afrique
australe (SADC). C’est pas si extraordinaire que ça
et ça semble parfaitement compréhensible, vu la
situation dans le pays !
Si Mugabe refuse, il se retrouve alors dans la position de celui
qui refuse les règles du jeu, qui veut vaincre sans défi,
mais s’il accepte, il se retrouve dans la situation qui
risque de lui enlever les meilleures cartes qui lui ont toujours
permis de garder le pouvoir : la non immixtion des observateurs,
des médias internationaux dans le suivi des élections
électorales. Et là, l’homme, tel qu’on
le connaît, qui a toujours cru que la seule accusation de
l’impérialiste, du colonisateur, du Blanc, pour rallier
à sa cause les foules éperdues de reconnaissance
pour son combat libérateur, n’hésitera pas
à balayer d’un revers de la main les conditions de
Tsvangirai. Il le fera d’autant plus le cœur léger,
sans scrupules, que ce sera l’occasion pour lui de se présenter
président élu par défaut.
Il n’y a là rien d’infâmant pour un Robert
Mugabe. Ce qui importe le plus pour l’homme, c’est
de finir dans la plus pure tradition africaine sa vie au pouvoir
et d’obtenir qu’il ne soit pas dit de lui, comme aimait
à le proclamer Sékou Touré : «Voilà,
celui qui marche-là, c’est l’ancien Président
». Mais dans le même temps, Tsvangirai n’aura
pas perdu au change car il aura démontré aux yeux
du monde entier que non seulement il n’est pas un «
couillard » comme on dit mais que celui qui a bien refusé
le combat dans les normes, c’est Mugabe. Il gardera alors,
dans un monde où le futur est plus que jamais incertain,
toutes ses chances !