San
Finna N°463 du
12 au 18 Mai 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
LE
MOGHO NAABA BAONGHO
ET L’ARCHEVEQUE JEAN-MARIE UNTAANI COMPAORE
EN BOUCHENT UN COIN AUX REFONDATEURS
Un
petit tour chez quelques-uns des refondateurs (en partance
pour Bobo-Dioulasso où des contacts sont prévus)
pour avoir la température de leurs activités,
et nous sommes repartis en nous disant que le déplacement
en valait le détour. Refaisant le point de leurs
dernières visites, il nous a été
donné de nous rendre compte que la Refondation
ne suscitait pas que de la curiosité ; elle provoque
aussi la compréhension et des adhésions
souvent des plus inattendues.
Chez
le Mogho Naaba Baongho par exemple, rien n’indiquait
que l’entretien se passerait dans le fond
comme dans la forme, dans les conditions vécues
par les visiteurs qui en sont encore tout ébaubis.
Le Mogho Naaba, qu’une certaine rumeur disait
si inféodé à Blaise Compaoré
qu’il pouvait même lui céder
ses titres de noblesse, a d’abord mis les
petits plats dans les grands pour recevoir la délégation.
Il était entouré de ses ministres,
et c’est dans la solennité que les
entretiens ont eu lieu. Il a saisi l’occasion
pour exprimer ses sentiments par
rapport
à la situation nationale et dire combien
il a été quelque peu dépité,
après avoir reçu la délégation
gouvernementale à la suite des dernières
émeutes, de ne pas voir relatées par
la presse certaines de ses critiques et en particulier
celle qu’il a adressé à ces
nouveaux riches, gonflés de fatuité
au point de cultiver l’arrogance et le mépris
vis-à-vis de ceux qui n’ont pas le
minimum vital. Il a félicité l’initiative
originale des refondateurs et encouragé les
membres d’avoir su montrer l’exemple
du surpassement des intérêts particuliers
au profit de l’intérêt général.
Les bonnes dispositions de l’Empereur des
Mosse à l’égard du dialogue
préconisé ont fortement impressionné
les
Zoubga
Alain, Touré Soumane, Dabo Amado et Christian
Koné, qui étaient loin de s’attendre
à un aussi bon accueil et à tant de
compréhension par rapport à la Refondation.
Au sortir de l’entretien, pour que tous dans
la cour impériale et ailleurs en soient bien
informés, le Ouidi Naaba a fait, au grand
contentement de l’attroupement, un bref compte-rendu
des échanges. Bref, une cerise sur le gâteau,
qui a ravi la délégation.
Un
autre compte-rendu nous a particulièrement
accroché, c’est celui relatif à
l’entretien accordé par le patron de
la Métropole ecclésiastique, l’Archevêque
Jean-Marie Untaani Compaoré, aux refondateurs.
Les choses, nous dit-on, se sont passées
dans une atmosphère quasi bon enfant. En
raison de ses relations anciennes avec l’Archevêque,
Touré Soumane l’a appelé «
Mon frère en Christ » à l’étonnement
de beaucoup qui se demandaient comment le fervent
musulman qu’il était pouvait être
frère en Christ de Monseigneur Compaoré.
Il faudra que là-dessus, un jour, il nous
éclaire sur le code secret de cette singulière
fraternité.
Mais pour en revenir à l’entretien, il nous
sera rapporté qu’il n’a rien eu à
envier à celui qu’ils ont vécu avec
l’Empereur des Mosse. L’Archevêque,
qui a également été étiqueté
par l’opinion comme quasiment un complice de Blaise
Compaoré et un défenseur impénitent
de son régime, quoi qu’il advienne, s’est
révélé un esprit critique, libre
et soucieux de bonne gouvernance. Il y est allé
aussi de ses remarques par rapport à la situation
nationale. Certains ont failli en avaler leur langue !
Et puis, il a avoué qu’il a pris son temps
pour observer l’évolution des refondateurs.
Il n’a pas caché le sentiment de méfiance
qu’il a eu au début, pensant qu’il
avait affaire à une autre ruse des opposants pour
essayer de se rattraper. Mais il a fini par être
convaincu que c’est une entreprise qui méritait
qu’on la considère et qu’on y adhère.
Il a relevé pour ses hôtes le bien-fondé
de l’idée, de la démarche et exprimé
en latin avant de le reprendre en français que
« l’Eglise est toujours à réformer
» à l’image de toute œuvre humaine.
Il leur dira que si on peut rassembler tout le monde dans
la paix et le calme, c’est bien mais qu’il
ne faut pas se déchirer au risque après
de devoir recoller les morceaux. Il faut arriver, a-t-il
convenu, à s’asseoir ensemble, s’arrêter
pour réfléchir et se redonner les moyens
de repartir sur de meilleures bases. Il a souhaité
par la suite que le cercle des adhésions à
l’initiative s’élargisse et demandé
aux Alain Zoubga et autres de ne pas ménager les
efforts pour porter l’information au plus profond
du Burkina Faso.
Les refondateurs diront
qu’en sortant de l’audience, ils avaient le
cœur léger, gonflé de ce sentiment
d’être compris mais surtout de faire œuvre
utile. Pour eux, si le Métropolitain est si compréhensif,
il y a des chances que ses évêques emboîtent
le pas.