San
Finna N° du
16 au 22 Juillet 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
EVA
JOLY
NE MERITE -T-ELLE PAS LE PRIX NOBEL ?
S’il
est des Prix Nobel qui -par les temps qui courent- pourraient
quelque peu ravaler l’image de la communauté
internationale rongée par les forces mafieuses,
ce serait ceux à accorder à des juges
comme Eva Joly. Celle-ci
en particulier apparaît comme une Croisée
de la moralisation de la vie publique, de la restauration
de la primauté du droit dans la collectivité
étatique comme dans la communauté internationale.
La
vie périlleuse tumultueuse autant que fameuse
qui est la sienne a été préparée
par une bonne naissance en Norvège où
elle a vu le jour le 05 -12-1943. Dès sa prime
enfance, elle sera pétrie par des valeurs sociales
positives. L’humilité, la franchise, le
respect du bien d’autrui, le souci de justice
seront en effet les ferments de son adolescence. Lorsqu’elle
quitte à 18 ans son pays natal pour l’étranger
et notamment pour la France, on peut dire qu’elle
est moralement parée. Elle n’a pas de complexes
devant la vie qu’elle saisit à pleine main,
en s’exerçant à des menus métiers
: fille au pair, secrétaire, styliste ; elle
ne crache sur rien car pour elle, il n’y a pas
de sots métiers. Qui dans ces conditions pourrait
s’étonner qu’elle en vienne à
se découvrir des atomes crochus avec le droit
? Elle s’y exerce à un âge avancé
et devient conseillère juridique de l’hôpital
Psychiatrique des Etampes. Mais elle n’oublie
pas de joindre l’utile à l’agréable
: le mariage lui sourit et elle devient une heureuse
Eva Joly, même si sa belle famille où elle
a travaillé comme fille au pair ne lui avait
pas fait bon accueil .
Au
grés de ses nominations, Eva Joly. qui -entre
temps- a embrassé la magistrature, rentre en
contact avec la corruption des grands hommes d’Etat
comme des grands hommes de la Finance internationale.
Elle se fait nationalement et internationalement connaître
par des affaires très médiatiques (dossier
Tapis ; Bidermann). Mais elle décrochera le gros
lot avec l’incroyable incarcération de
ce grand baobab : Loïc le Floch-Pringent, ancien
P.D.G de ELF et président en exercice de la SNCF.
Après ce haut fait, elle s’attaque au méga
dossier des Frégates de Taiwan que le secret
Défense plombe mais qui continue à faire
trembler bien de politiques comme d’hommes de
la haute finance en France aussi bien qu'à l’Etranger.
N’ayant peur de rien ni de personne, elle fait
tomber un chêne du barreau de la politique : Roland
Dumas, ancien président du Conseil constitutionnel
en 2001. Il est vrai qu’il sera relaxé
en 2003 mais cette affaire Dumas -Deviers-Joncour aura
révélé les dessous incroyablement
sales de la politique française.
Cependant,
il faut dire que si Eva Joly. n’est pas venue
tard dans un monde déjà vieux, ce qui
lui a surtout manqué, c’est le soutien
en grand nombre et déterminé de ses pairs.
Les seuls, Van Ruymbeke, Jean de Maillard, Bernard Bertossa
et Benoît Dejemeppe, qui sont à ses côtés
ne peuvent rien contre la machine judiciaire infestée
de vigiles défendant les intérêts
du pouvoir ; ils ne peuvent rien contre la classe politique
toutes tendance confondues qui emble avoir intégré
la corruption dans son action. Ils ne peuvent rien quand
un juge, un brave parmi les braves comme le juge Renaud
est exécuté en pleine rue par un groupe
de 3 tueurs. Les menaces deviennent le lot quotidien
de la magistrate ; et comme Voltaire dans la cour du
roi de Prusse sentant la mort venir une fois qu’il
eut prodigué ses lumières au souverain,
décide de s’enfuir au petit matin, elle
prend le parti de rejoindre son pays natal. L’orange
pressée, elle préserve l’écorce
mais ce qu’elle a déjà fait est
colossal : elle a ouvert bien des yeux, alerté
l’opinion et plus encore fait des émules.
Si aujourd’hui Dominique de Villepin connaît
des problèmes, si Jacques Chirac ne peut pas
vivre tranquille sa seconde vie, si des enquêtes
sont lancées contre des chefs d’Etats africains
comme Omar Bongo Denis Sassou N’guesso , on le
doit un peu à Eva Joly.