San
Finna N°534 du 28 Septembre au 04 Octobre 2009 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
MAJOR DE PROMOTION ELLE REVAIT D’ETRE MILITAIRE
A toute reine tout honneur ! Et c’est juste, si l’on s’imagine comment peut être la vie d’un soldat ou d’un officier en formation dans la prestigieuse Académie Georges Namoino. Une académie militaire qui a pour mission de former des futurs officiers au profit des Forces Armées Nationales ou
Pélagie P. KABORE
étrangères à l’emploi de chef de section d’Infanterie. La formation militaire en ce lieu, vise donc en deux ans, à former des officiers aptes, physiquement, intellectuellement et moralement au métier des armes et au commandement d’une section d’infanterie dans un environnement de paix, de crise ou de guerre. Et c’est dans cet univers d’homme qu’évolue Pélagie Passowendé Kaboré qui s’est admirablement illustrée en finissant Major de sa promotion. Et l’on devient admiratif de ses performances si l’on se réfère à son état de femme faisant un métier dit d’homme. Pour vous permettre de découvrir ce militaire qui fait déjà la fierté du genre, San Finna n’a pas hésité à parcourir 147 kilomètres pour se rendre à l’Académie Militaire Georges Namoino de Pô.
San Finna : Y avait-il une raison particulière pour que vous vous engagiez dans l’armée ?
Pélagie Passowendé Kabooré (PPK) : Je voulais être une femme d’action. Surtout j’ai été séduite par le volontarisme, et le dynamisme de mon grand frère, lui-même militaire. Je voulais avoir les mêmes sensations, lui ressembler. Et puis je me dis que dans l’armée je pouvais avoir cette opportunité là pour pleinement m’épanouir.
San Finna : Comment une femme comme vous affronte t-elle les conditions de travail et d’entraînement dans l’armée ?
PPK : C’est seulement par la volonté qu’une femme comme moi comme vous le dites, a bien pu affronter les difficultés relatives à la formation, l’entraînement physique, la mise en valeur aussi du potentiel physique. Pour ce dernier point, ma situation d’athlète m’a beaucoup aidée. Les difficultés liées à la pratique du sport ne m’avaient jamais inquiétée.
San Finna : Un bref rappel de votre parcours avant l’Académie.
PPK : J’ai fait mon école primaire à Koudougou ainsi que le secondaire. J’ai obtenu le BEPC en 2001 ; par la suite, je me suis retrouvée au Lycée Technique de Ouagadougou où j’ai obtenu le BAC G2 en 2004. Je suis titulaire d’une Licence en Economie et Gestion de l’Université de Ouagadougou. C’est suite à cela que j’ai passé le test pour rentrer à l’Académie Militaire Georges Namoino.
San Finna : Les femmes sont-elles privilégiées dans le traitement ?
PPK : Le privilège que les femmes ont, si on peut appeler ça un privilège, c’est au niveau du barème en sport. Le barème féminin est différent du barème masculin. Personnellement, cela ne m’a pas posé de problèmes. Je reste aussi convaincue que même avec le barème masculin, les femmes vont s’en sortir.
San Finna : Combien êtes-vous de femmes à être formées ici à l’Académie Georges Namoino ?
PPK : Je sui rentrée seule à l’Académie avec un effectif de trente quatre (34) garçons. Actuellement je suis seule.
San Finna : Vous avez été major de votre promotion. Quel est l’effet que cela vous fait de coiffer les hommes au poteau ?
PPK : Au début, ça m’a un peu surpris parce que quand je venais, je ne savais pas que j’allais réussir la formation. A mon premier test, je me suis retrouvée major et au fil du temps, ça m’a donné confiance. Alors je me suis appliquée pour réussir et voilà le résultat aujourd’hui.
San Finna : Que pensez-vous de l’instauration d’un quota pour les femmes dans le recrutement de l’armée ?
PPK : Le quota (silence) c’est bien. Je me dis aussi que c’est mieux de laisser la décision finale aux femmes. Qu’elles puissent le vouloir et s’imposer sans ce coup de pouce pour être à la hauteur. Ce serait plus valorisant pour elles et elles seront mieux considérées dans l’armée que si on imposait un quota. Ça sera, je le pense, mal vu et ça peut créer des polémiques. Mais on peut travailler dans l’aspect Genre à inciter les femmes à s’y intéresser sans forcement instaurer un quota.
San Finna : Comment les hommes vous regardent à présent que vous êtes militaire ?
PPK : Pour l’instant, je ne peux pas répondre véritablement à cette question et pour cause, la formation dure deux (2) ans et depuis qu’on est là on s’y consacre entièrement. Alors, je n’ai pas encore pris la mesure de la chose, peut-être à Ouagadougou. A Pô ici, mes camarades se sont habitués à ma présence. Sinon au tout début, beaucoup se posaient des questions mais avec le temps tout s’arrange.
San Finna : Cette situation nouvelle à dû chambouler le dispositif de Georges Namoino ?
PPK : Pour moi, je n’ai pas constaté un changement particulier. Pour l’aménagement au niveau du commandement, je ne suis pas apte à répondre à ça. La seule différence, c’est au niveau des dortoirs, que rien n’a changé. A la limite on me traite comme un garçon. Je n’ai pas eu de problèmes particuliers.
San Finna : Un appel à lancer pour terminer cet entretien ?
PPK : Ce que je veux dire de très important, est qu’il ne faut pas venir dans l’armée par complaisance ou par effet de mode. On se forme pour servir notre pays par patriotisme et par amour pour ce que l’on fait. Pour se lancer dans l’armée, il faut toujours rechercher l’excellence au lieu de faire dans la complaisance ou de s’apitoyer sur sa condition.