LES ŒUVRES SOCIALES CAMILLIENES (OSCAM) SERAIENT-ELLES DANS LA TOURMENTE ?
Il est connu que nombreuses sont les congrégations religieuses qui s’adonnent aux œuvres sociales dans les paroisses, les temples et autres lieux de cultes monothéistes dans notre pays afin de venir en aide aux plus démunies. A l’image de la paroisse St Camille où les œuvres sociales vont des activités de l’OCADES (Organisation Catholique pour le Développement et la Solidarité) aux écoles de ménagères en passant pas OSCAM (Œuvres Sociales Camilliens) et la MACO, d’autres aussi comme les Luthériens et les Calvinistes (communément appelé Protestants) viennent en aide aux plus défavorisés. Mais force est de reconnaître qu’en tout temps, le personnel commis à la tâche aux côtés des religieux est souvent pris à partie parce qu’il y a déficit de langage. Nous avons été témoin d’une chaude discussion sur le sujet et nous nous sommes intéressés à la chose. Alors nous sommes allés à la rencontre des ouvres sociales des Camilliens (OSCAM) pour comprendre.
Le 12 mai dernier, nous sommes allés à la rencontre du Père André Amendola et de Madame Christine Kam au sein de l’OSCAM (Œuvres Sociales Camilliens) sis à l’intérieur de la paroisse St Camille. Mais quelques heures auparavant, quelques femmes veuves ou seules vivantes avec des enfants et bénéficiant de l’aide des œuvres sociales pour la scolarisation de ceux-ci, manifestaient leur mécontentement à quelques encablures des locaux d’ OSCAM. Par peur de représailles, toutes les femmes ont refusé de nous parler à visage découvert. Alors, nous allons leur attribuer des noms fictifs pour les besoins de la cause. Salamata Sawadogo, veuve avec quatre enfants sous la main, dit ne pas comprendre la dame de l’OSCAM. ‘‘Elle se comporte comme si tout lui appartenait. La dernière fois, je suis allée là-bas pour récupérer l’argent de mon enfant et elle s’est mise à me donner des leçons d’éducation. Si vous savez ce que j’ai été choquée ! Et ce n’est pas tout, pour une question |
de procédure dans la rédaction d’une lettre, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres. Mais quand tu arrives et tu trouves le père Blanc, il règle ton problème sans débat’, confiera Salama Sawadogo tout en cherchant la caution de ses copines des yeux. C’est Catherine Ouédraogo qui viendra à son secours : ‘‘On sait comment chacun est venu à l’OSCAM et je suis presque certaine que la dame se sucre avec l’argent de nos enfants.’’ Et une partie de mots déplacés, d’injures et de toutes sortes d’insanités commença. Pendant prêt de 15 minutes, c’était une cacophonie digne des singes hurleurs de Bornéo. |
Madame Christine KAM |
Qu’en est-il exactement ? Et qu’est-ce qu’on fait à l’OSCAM ? À cette question, Marie Dabiré répond : ‘‘OSCAM est une structure qui s’occupe de trouver des parrains en Italie pour nos enfants. Ces parrains payent la scolarité de nos enfants jusqu’à terme. Ce sont les amis de nos enfants. A l’approche de la rentrée scolaire, nous allons à OSCAM prendre la scolarité et ensuite pour des questions de santé de l’enfant ou pour ses fournitures scolaires, on revient voir les gens d’OSCAM. Ce n’est pas tout ! On envoie les bulletins accompagnés d’une lettre aux parrains qui suivent l’évolution scolaire de leurs filleuls. Mais quand on vient, c’est à peine si on nous considère comme des personnes. Surtout la Madame Kam là ! Il aurait suffi que l’on prononce ce nom-là pour qu’un tohu-bohu monstre recommence dans le groupe de femmes. Nous avons voulu comprendre pourquoi les dames se contentent de rouspéter dans la rue et dans les marchés au lieu de se plaindre clairement au sein de la structure. Et c’est Salamata Sawadogo qui conclura et allait clore du même coup le débat que nous menions avec ces dames : ‘‘Si tu parles beaucoup, on efface le nom de ton enfant et il n’aura plus de parrain. Vaut mieux se taire et parler de ça assez loin d’ OSCAM.’’
Réalité biaisée
Il était 8 heures 25 minutes ce 12 mai 2009 quand le père André, Aumônier de la MACO (Maison d’Arrêt et de Correction) nous recevait. Un sexagénaire disponible, très courtois et vraiment engagé à fond dans les œuvres sociales. De lui, nous apprendrons qu’OSCAM a à sa charge près de 950 enfants qui ont des parrains en Italie. En France, il n’y a que deux familles seulement qui parrainent des enfants. Chaque parrain envoie de l’argent en fonction de sa bourse. Chose importante, OSCAM tient pour chaque enfant un compte que les parrains alimentent. Et chaque enfant, pour qu’il y ait vraiment une transparence, a un numéro au lieu de son nom. Le père André, pour ce qui est des difficultés, dira : ‘‘Quelquefois, certains parrains arrêtent d’envoyer de l’argent sans nous signaler. Nous avons deux types de parrains : les collectifs et les individuels. Si c’est dans un groupe, ça peut aller parce que les responsables du groupe vont réagir pour que les autres participent, mais quand il s’agit d’une personne esseulée, quand elle arrête, il nous faut trouver de l’argent ailleurs pour payer la scolarité des enfants. L’an passé, nous étions obligés d’explorer d’autres voies pour faire face à un problème du genre qui s’élevait à plus de 2 millions de nos francs.’’
Autre difficulté qu’il nous expliquera : ce n’est ni plus ni moins que le déficit de langage. Les lettres qui viennent en italien sont traduites pour les familles et vice-versa par le Père André. Avant de rejoindre la MACO, le père André nous a conduit auprès de madame Kam Christine, d’un certain âge mais vraiment très dévouée à la tâche, nous dira le père. Comme ce n’était pas un jour où les parents et enfants devaient être là, c’était calme. D’entrée, elle nous dira : ‘‘On était obligé de prendre un gardien tellement je suis victime d’agressions verbales et de menaces. Dieu seul m’est témoin parce que je ne veux du mal de personne.’’ Pour elle, il y a certes des différends mais les parents veulent le plus souvent que l’on vide les comptes des enfants pour eux. Et quelquefois, les problèmes surviennent quand on demande aux parents des photos des enfants. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi on rejette les photos non conformes à la réalité que vivent ces enfants. Ils prennent ça mal le plus souvent. Certains enfants refusent même d’écrire à leur parrain, alors madame Kam donne comme condition le plus souvent : rédiger la lettre et prendre l’argent. Sinon le mécanisme mis en place à l’OSCAM serait tel que personne ne peut toucher à l’argent des enfants. Mais certaines mères vraiment inconscientes mentent et prennent l’argent pour aller faire du commerce, nous confiera madame Kam.
Déficit de communication
A la lumière de ce que nous avons entendu et vu, il est vraiment urgent que les deux parties se parlent. Que ce soit du côté du Père André ou du côté de madame Kam, ils sont formels : mis à part Août-septembre et quelquefois quand les enfants sont malades ou bien ceux-ci ont besoin de quelque chose, il n’y a pas d’échanges. Pour une bonne collaboration et pour que les enfants réussissent (parce que certains malgré la crise qui frappe de plein fouet l’Italie continuent d’envoyer de l’argent), il faut instituer au moins une fois par an, une Assemblée Générale pour que chacun puisse prendre la parole et comprendre le mécanisme : on devrait comprendre alors, selon les responsables d’OSCAM, qu’il n’y a rien à cacher.
Aristide Ouédraogo