Mise à jour le 17/05/2009
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San Finna N°515 du 18 au 24 Mai 2009
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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REPARATION DU CLITORIS
UN TAUX DE REUSSITE DE 95%

 

Le Burkina Faso œuvre depuis des années dans la lutte contre l’excision

Docteur Charlemagne OUEDRAOGO
et se positionne aux avant-postes au niveau africain dans cette lutte. En témoignent les différentes dispositions de loi pour réprimer la pratique de l’excision. Aujourd’hui, le Burkina une fois encore, à travers des médecins, serait à la pointe de la technologie réparatrice des ravages de l’excision chez la femme. Nous avons rencontré le Docteur Charlemagne Ouédraogo, un de meilleurs praticiens dans le domaine et exerçant au CMA du secteur 30, pour qu’il nous en touche un mot. Lisez plutôt.

1) Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs

Je suis Dr Charlemagne  OUEDRAOGO, gynécologue obstétricien, spécialiste en santé de la reproduction.

2) En quoi consiste la technique de reconstruction du clitoris ?

Cette technique consiste à repositionner le moignon du clitoris à sa place initiale. Le clitoris a une longueur qui atteint souvent 10 cm. Au cours de l’excision, c’est le gland qui est en général sectionné. Il reste le corps du clitoris enfoui dans un trajet anatomique passant sous la symphyse pubienne. Après avoir reséqué la fibrose occasionnée par l’excision, on va chercher le corps du clitoris que l’on sépare du pubis et on le ramène à l’endroit où était positionné le gland du clitoris avant l’excision.

3) Combien de temps dure l’opération et l’hospitalisation qui s’en suit ?

Cette intervention dure 30 min s’il n’y a pas d’intervention complémentaire telle que la réfection du périnée qui est souvent demandée par les femmes après leur accouchement. Trois heures en moyenne après l’intervention, l’opérée peut rentrer chez elle.

4) Cette technique existe depuis combien de temps au Burkina et comment est-t-elle parvenue jusqu’ici ?

Cette technique existe depuis 2006. Nous avons été formés par le Dr MADZOU Sébastien du CHU d’ANGERS qui a effectué plusieurs déplacements à Ouagadougou pour la formation initiale et pour le suivi.

5) Comment avez-vous décidé de réparer les clitoris qui ont subi une ablation à la suite de l’excision ?

Nous avons fait savoir aux femmes victimes d’excision qu’il y avait une possibilité de reconstruire le clitoris à partir du moignon restant. En plus, beaucoup de femmes vivant une frustration ou autres difficultés sexuelles en rapport avec l’excision nous ont sollicités pour une reconstruction.

 6) Y a-t-il des cas difficiles à réparer 

Oui il y a des cas difficiles, mais ces cas ne sont pas fréquents.

7) Etes-vous le seul à pratiquer cette intervention ?

Non je ne suis pas le seul, il y a environ 20 gynécologues qui ont été formés à cette technique et qui savent  faire cette intervention.

8) Combien de femmes excisées avez-vous opéré au Burkina Faso ?

Je ne peux pas donner un chiffre exact vu que je n’ai pas le bilan des interventions des collègues. Pour ma part, avec le Dr Sébastien, nous avons opéré environ une centaine.

9) Est-ce que les femmes adhèrent de plus en plus à l’opération ?

Oui, les femmes adhèrent. A chaque fois que nous organisons une campagne de reconstruction, il y a toujours beaucoup de femmes qui viennent. Il y a des femmes qui ont peur après avoir reçu les explications, mais en général, il y a plus de femmes qui adhèrent que de femmes réticentes.

10) Quel est le taux de réussite de l’opération ?

Le taux de réussite est d’au moins 95% !

11) La réparation est elle possible à tout âge et quel est le coût de l’opération ?

Oui, la réparation est possible à tout âge, mais nous la réservons aux femmes en activité sexuelle à partir de 18 ans. Mais sachez qu’il n’y a pas de normes en la matière. Le coût est variable selon qu’on le fait en structure publique ou en clinique privée. C’est moins coûteux en structure publique. De la consultation à l’ordonnance en passant par la réparation,  en structure publique, il faut compter dans les 50.000 fcfa ; dans le privé, c’est variable, en fonction du standing de la clinique : ça démarre autour des 130.000 fcfa.   

12) Etes-vous confronté à des difficultés particulières ?

Oui, malgré le fait que ce soit moins coûteux, il y a des femmes qui veulent la reconstruction mais n’ont pas de moyens financiers pour faire face aux ordonnances.

Aristide Ouédraogo





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