ATTENTION, DANGER
SITUATION SOCIALE EN DEGRADATION CONTINUE !
A Ouagadougou comme dans les autres villes du pays, la célébration du 1er mai, fête du Travail, a sonné chez les travailleurs burkinabé, la mobilisation des grands jours. Mais il ne s’agissait pas seulement de sacrifier à un rituel bien rôdé, consistant généralement à des laïus bien sentis, à un battage du pavé et à une remise à un représentant du gouvernement, du traditionnel cahier de doléances. Non, cette année, rien que par les mines préoccupées mais déterminées des manifestants, par les slogans beaucoup plus incisifs, on pouvait sentir comme de l’orage dans l’air. Il ne pouvait en être autrement tant au Burkina, les nuages s’amoncellent sur le front social.
Dans tous les secteurs structurés de la vie nationale, les poches de mécontentement se multiplient. Dans l’Education, dans le Commerce et même au sein de la Grande Muette, la grogne se fait de plus en plus entendre, même si en dépit de ces signaux d’alerte, les premiers responsables du pays ainsi que les quelques individus qui profitent du système de prédation en place s’échinent à faire croire que même la tempête de la crise mondiale actuelle, ne perturbe aucunement la vogue tranquille du navire Burkina Faso.
Pourtant depuis quelques mois, l’Université de Ouagadougou vit l’une de ses crises les plus longues en raison de la grève du SYNADEC, le Syndicat National des Enseignants Chercheurs. Le SYNTER, bien que de manière ponctuelle pour l’instant, s’apprête à son tour à entrer dans la mêlée. Si les négociations sont dans l’impasse, cela est beaucoup plus dû aux roueries dont les organisations syndicales ont souvent été l’objet dans les pourparlers avec les gouvernements successifs de la 4ème République. On en veut pour preuve les négociations proprement sabotées par le gouvernement lui-même lors de la précédente grève du SYNADEC en décembre dernier. En effet, tandis que les 2 parties devaient à l’entame des négociations engager les discussions autour de leurs propositions respectives, la partie gouvernementale a voulu d’emblée imposer les siennes comme la base d’un accord. De plus, tandis que le contenu des propositions devait rester secret le temps des pourparlers, le gouvernement a jugé bon de dévoiler celles du SYNADEC au cours d’une conférence de presse, violant ainsi les closes préalables des négociations entamées. Pourtant, les revendications du SYNADEC et des autres syndicats du monde de l’éducation ne sont pas la mer à boire. Engager des pourparlers sérieux et objectifs sur la revalorisation du statut de l’enseignant reste dans les possibilités d’un Exécutif dont le chef s’est découvert une vocation de négociateur hors pair. Le chef de l’Etat, plus soucieux de son image de faiseur de paix, de facilitateur attitré des sorties de crise dans les pays étrangers, montre peu d’ardeur sinon d’intérêt à rechercher les solutions aux problèmes qui assaillent ses concitoyens. Or, malgré quelques relatifs succès (au Togo et en Côte d’Ivoire), sa réputation de pyromane lui colle encore à la peau comme une tunique de Thésée. C’est ainsi que le journal guinéen AMINATA s’est interrogé, lors du récent séjour du président Compaoré, sur les conseils qu’un militaire putschiste qui s’est fait élire, pouvait bien donner à un autre militaire putschiste ! Le journal, parlant du ‘‘jeu trouble’’ que joue le président Compaoré dans son rôle de facilitateur en Côte d’Ivoire, a conclu en disant qu’ils observeraient les actes du Capitaine Moussa Dadis Camara pour comprendre le genre de conseils que lui avait donné son illustre hôte ! Malheureusement, dès le lendemain, le CNDD - le régime guinéen – a opéré des arrestations dans l’Armée.
Au sein de la Grande Muette, on a du mal à imposer le silence depuis des années, car les plaies béantes ouvertes par les vétérans du Libéria ne se sont pas encore cicatrisées. Des soldats ont été envoyés en toute illégalité et à l’insu de toute une république, à des milliers de kilomètres de nos frontières, pour une guerre qui n’était pas la nôtre. Après bien de pleurs et de grincements de dents, l’Etat s’est résolu à indemniser les intéressés suite à une condamnation du Conseil d’Etat. Et comme pour accentuer le désamour, depuis un certain temps, le gouvernement gère de façon kafkaïenne le cas des militaires retraités. Pour avoir osé revendiquer des droits dont tous les Burkinabé reconnaissaient d’ailleurs la justesse, Clément Ouédraogo et ses compagnons, du statut de victimes, sont passés à celui d’accusés aux yeux du gouvernement qui ne trouva rien d’autre en guise de réponse, que l’incarcération de Monsieur Clément Ouédraogo. A cette question non résolue, est venue s’ajouter la revendication des gendarmes retraités qui eux, réclament la réhabilitation de leurs indemnités amputées de 17% depuis 1986. A ce propos, la dernière mise au point du ministre de la Défense, publiée dans le journal Le Pays, n’a pas manqué de surprendre. Celui-ci en arrive à dire que le problème est politique et que sa solution réside ailleurs ! La question de cette indemnité est juridique et non politique. Elle concerne à la fois les gendarmes retraités et ceux encore en activité, sourcilleux sur le respect des principes républicains.
A Ouagadougou, les commerçants du marché central Rood-Wooko n’ont pas regagné ce sanctuaire des affaires avec un enthousiasme débordant. Et pour cause ! Ils ont connu la croix et la bannière depuis l’incendie mémorable sans que la municipalité de Ouagadougou, a fortiori l’Etat burkinabé, leur tende une main secourable. Beaucoup n’ont pas survécu à la détresse, et ceux qui y retournent ont le cœur serré en raison des nouvelles obligations financières dont ils devront s’acquitter. C’est dire que si les autorités, qui perçoivent parfois la manipulation politicienne, n’ôtent pas leurs lunettes embuées pour s’intéresser à la situation, on n’est pas à l’abri d’une contestation bruyante, un de ces jours.
Dans le secteur des hydrocarbures, on assiste à une crise au niveau de la maison TOTAL. Il faut craindre que le dénouement ne se fasse au détriment des employés (et en particulier du délégué du Personnel) qui sont dans leur bon droit, au nom d’une certaine logique qui veut que « la connivence remplace trop souvent la loi », pour reprendre les mots du juge espagnol Baltazar Garzon.
On ne peut que se sentir solidaires des travailleurs et exhorter le chef de l’Etat et le gouvernement à la lucidité dans le traitement des problèmes qui leur sont soumis, sans désinvolture ou mépris à l’endroit des partenaires au dialogue. Il n’est pas inutile de rappeler que les évènements vécus l’année dernière ne doivent pas être rangés dans le lointain souvenir alors que la faim demeure une réalité quotidienne dans la plupart des ménages. Les solutions concoctées en son temps n’ont pas résorbé les difficultés et ont profité à quelques margoulins dont les accointances avec certains caciques du pouvoir sont connues de notoriété.
En aucun cas, on ne saurait résoudre les problèmes en les occultant.
La situation actuelle de notre pays est suffisamment trouble pour requérir la mobilisation de toutes les forces vives de la nation. Si la proposition de la Refondation a été interprétée comme la recherche d’une courte échelle pour accéder au pouvoir, elle reste une initiative patriotique par excellence. L’Histoire en jugera d’autant que les réformettes entreprises à l’Assemblée nationale ne sont rien d’autre qu’un ravalement de surface, comparativement à la gravité de la solution. Le Pays, dans son édition du 11 mai 2009, déplorant que pour la plupart, « les acteurs politiques semblent bien plus préoccupés par les prochaines élections » a aussi appelé au « rétablissement du dialogue républicain » qui apparaît pour lui «encore avec plus d’évidence aujourd’hui ».
Aux Burkinabé, il faut souligner que rien de grand ne peut se réaliser sans sacrifice. C’est pourquoi, la mobilisation doit être individuelle et collective si l’on veut obtenir du pouvoir les solutions véritables aux problèmes que nous vivons tous.
La Rédaction