San
Finna N°506 du
16 au 22 Mars 2009 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
AHOUA
YAMEOGO OU LA PASSIONNEE DE PEINTURE
On
a envie de dire qu’elle est née avec
un pinceau à la main tellement son ascension
dans le domaine de la peinture a été
fulgurante. Pour les critiques, c’est sans
doute la valeur montante des artistes plasticiennes
de notre pays. Elle a tout laissé tomber
pour faire de la peinture son métier et
elle y réussit admirablement bien. Ahoua
Yaméogo n’est pas une inconnue de
votre canard San Finna, puisqu’à
ses débuts en 2002, nous l’avions
rencontrée pour vous. Quelques années
plus tard, elle a acquis une notoriété,
une renommée sous régionale et même
internationale puisque ses
Ahoua YAMEOGO épouse NOMBRE
œuvres s’exposent partout à
travers le monde. Pour cette édition
du FESPACO, notamment la 23ème du genre,
elle a réussi à rassembler à
Ouagadougou, et cela sous le parrainage de la
biennale du Cinéma Africain, 9 artistes
plasticiennes de la sous région. En marge
des deux vernissages qui se sont tenus, le 1er
et le 8 mars sur le site du SIAO, nous l’avons
rencontrée.
Pourquoi
avoir initié une exposition de peinture en marge
du FESPACO à Ouagadougou avec 9 autres plasticiennes
?
Ahoua
Yaméogo (A.Y) :
Je voudrais d’abord remercier le journal San Finna.
Je ne peux pas répondre à vos questions
sans le faire parce qu’en 2002, alors que je tenais
un restaurant et je faisais des transformations pour
en faire un restaurant galerie parce que j’avais
à l’idée d’y exposer mes œuvres,
il a été le premier journal à m’approcher.
En ce moment, j’étais purement dans l’anonymat
et le journal s’était intéressé
à ma modeste personne. Je remercie San Finna
pour cela.
En fait, nous avons eu deux vernissages : le 1er mars
et ce 8 mars (NDLR : interview réalisé
le 8 mars 2009). Celui-ci a eu lieu juste pour célébrer
à notre manière le 8 mars. Nous avons
exposé sous le parrainage du FESPACO dont la
clôture est intervenue le 7 mars. On ne pouvait
quand même pas clôturer le 7 mars vu que
le 8 mars était là. Le FESPACO constitue
une opportunité pour nous plasticiennes et peintres
de nous faire connaître. Il draine tous les deux
ans, des milliers de festivaliers à Ouagadougou
et c’est une occasion en or de montrer la richesse
des autres facettes de l’art. Nous avons voulu
donner une certaine visibilité de la peinture
et le FESPACO a accepté de nous parrainer. Il
y a aussi l’UEMOA qui nous a donné un coup
de main important. Nous les en remercions.
Pour
ceux qui ne s’auraient qui vous êtes, pouvez-vous
vous présenter à nos lecteurs ?
AY
:
Je m’appelle Ahoua Yaméogo épouse
Nombré, je suis artiste plasticienne. J’ai
décidé en 2003 de faire de la peinture,
mon métier. Alors, depuis je ne fais que ça.
Est-ce
aisé de faire de la peinture un métier
?
AY
:
C’est assez complexe, mais je pense que c’est
partout ailleurs comme ça. Dans toute activité
humaine, il y a des complications mais il suffit de
tenir et d’y croire.
Comment
vivez-vous votre métier ?
AY
:
C’est une passion pour moi. Je ne vois pas ma
vie sans la peinture et c’est ça qui me
tient. Il y a deux choses qui me tiennent dans la vie
: ma foi et la peinture.
Est-ce
facile pour une femme de faire de la peinture son métier
au Burkina ?
AY
:
C’est assez compliqué, mais aujourd’hui
ce n’est plus d’actualité. Partout
ailleurs c’est compliqué pour les femmes,
mais c’est par le travail qu’on arrive à
s’imposer. Sinon effectivement il y a quelques
années, la peinture pour une femme ce n’était
pas facile. Ce n’est pas ici seulement, même
en Europe ce n’était pas évident.
A un moment donné on nous regardait comme des
extra-terrestres ou des bêtes de foire. Mais je
pense que les gens commencent à nous accepter.
Avez-vous
déjà exposé ailleurs qu’au
Burkina ?
AY
:
Bien sûr ! En 2007, j’ai exposé à
Bruxelles, en 2008 j’ai exposé au Mali,
au Niger et au Sénégal. Cela s’est
très bien passé. J’ai eu droit à
une couverture médiatique des chaînes de
télévision et des autres organes de presse.
Je ne m’en plains pas du tout.
Est-ce
que votre métier nourrit son homme, oserais-je
dire sa femme ?
AY
:
Quand on me pose cette question, je m’offusque
un peu. Est-ce que vous demandez au menuisier ou au
meccano s’il peut vivre de son métier ?
Tout métier à ses débuts demande
sacrifice, abnégation et persévérance.
C’est la même chose pour la peinture. Sinon
le métier nourrit son ‘‘homme’’
comme vous le dites et je ne m’en plains pas.
C’est
le 8 mars, quel message fort avez-vous pour vos sœurs
?
AY
:
Il faut être courageuse et croire en ses potentialités.
Il ne faut jamais renoncer parce que seul le travail
paye. Il faut toujours se battre pour réaliser
ses rêves. C’est tout ce que je peux dire
en ce jour du 8 mars.