Mise à jour le 01/06/2008
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San Finna N°466 du 02 au 08 Juin 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

EAUX USEES DE KOSSODO
LA MORT AU BOUT DU CANAL ?

« Que pouvons nous faire ! » dit une dame installée en contrebas du canal d’où les eaux usées de la tannerie Tan-Aliz sont évacuées : un canal à ciel ouvert qui propage des odeurs de sulfure d'hydrogène et de chrome. L’exclamation de cette dame traduit à elle seule le dépit et l’impuissance des populations face à cet empoisonnement continu, et des citoyens et de la faune aquatique, et de la flore tout au long du canal naturel qui draine les eaux usées vers les fleuves Bagré, Nakambé en passant par Massili. En plus de tous ces dommages, la nappe phréatique semble être atteinte par la pollution.

Le lundi 19 mai dernier aux environs de 13 heures et cela jusqu’à notre départ, nous avons assisté à la «sortie» comme aiment à le dire les riverains, des eaux usées de l’entreprise Tan-Aliz. Nous nous sommes approchés du creux fait à même le mur de l’entreprise pour voir et immortaliser l’évènement. Nous avions du mal à respirer tellement les odeurs étaient fortes, à la limite du supportable.

Le creux fait à même le mur de la société Tan Aliz pour l'évacuation des eaux usées vers le canal naturel
Une femme rencontrée à une centaine de mètres de là, explique : «L’odeur qui sort de l’usine rend malade. C’est aujourd’hui seulement que j’ai repris mon petit commerce. C’est à cause des eaux usées. L’odeur fait mal à la tête ». Comment se fait-il alors qu’elle continue à s’asseoir en ce lieu ?, avons-nous tenté de savoir. « Où voulez vous que j’aille ? Il faut bien que je fasse quelque chose. C’est à cause de ça que je continue de sortir malgré les maladies. Et puis avec ceux-ci, que pouvons-nous faire ? ».

POLLUTION A CIEL OUVERT A KOSSODO

Au fur et à mesure de l’évacuation des eaux les odeurs se faisaient intenses et nous nous sommes déplacés laissant sur place une quasi condamnée à mort d’un nouveau genre dans un Etat de droit à deux vitesses. Ayant peur des représailles de la police et autres forces de l’ordre, la population se résigne et attend. Quoi ? Personne ne semble le savoir.

Yacouba Ouédraogo est meccano au bord du bitume mais côté opposé de la sortie des eaux usées. Il y officie à plus de 200 mètres. Pour lui il faut reconnaître que les odeurs ont diminué, parce que dit-il «Avant on respirait difficilement, mais je pense que l’entreprise a dû avoir des machines pour traiter les eaux avant leurs sorties. Voyez vous-même, on respire assez bien maintenant et quelquefois on ne sent même plus les odeurs. » Cependant en dépit de ces efforts, nous apprendrons qu’à chaque fois que l’on évacue l’eau, les odeurs reviennent avec force. En longeant le canal pour prospecter et voir un peu les dégâts que font les produits chimiques des eaux usées de Tan-aliz sur la nature, nous avons découvert à un jet de pierres de la voie, une pompe à eau ; et des enfants en train de s’amuser avec les eaux usées en écoulement. Il n’y a ni garde-fou, ni panneau d’indication d’une interdiction quelconque. Seule une eau nauséabonde distille paisiblement et ses odeurs et ses poisons à travers les contrées visitées.

La pompe à eau bien qu’étant un peu en hauteur serait polluée. « Nous utilisons l’eau de la pompe uniquement pour le ménage et autre. Pour l’eau de boisson j’envoie mes enfants chercher l’eau du robinet. Le goût de l’eau a changé et j’ai peur que quelqu’un ne tombe malade en la consommant », nous a confié Bondaoné Tasséré riverain de la pompe et du canal naturel. Selon lui, ses parents s’y sont installés avant les indépendances et il se voit aujourd’hui comme un autochtone. Il aurait souhaité une approche plus humaine de la part de la société afin que des solutions soient trouvées.
Bondaoné Tasséré affirme qu’elle aurait au tout début des problèmes trouvé des ‘‘arrangements’’ avec des autochtones. Qu’à cela ne tienne, il pense que la

La pompe à l'eau qui se trouve à moins de 100 mètres du canal de Tan Aliz

Les enfants à coté des eaux usées de la société Tan Aliz au niveau du canal naturel
société pouvait « construire un canal fermé pour l’évacuation des eaux usées jusqu ‘à la sortie de la ville. Ce qui aurait eu pour avantage de ne pas polluer la nappe phréatique des alentours, et de tuer nos plantes, notamment nos manguiers ». Et d’ajouter : « Avant, beaucoup comme moi faisaient du maraîchage mais maintenant il n’y a plus rien à faire. C’est parce que je n’ai pas les moyens, sinon mon vœu le plus cher c’est de partir de là. J’envisage aller en Côte d’Ivoire, là-bas au moins il y aura quelque chose à faire ! » Une fatalité qui traduit le sentiment général de la population dans l’enclave empoissonnée de Kossodo.


Et par les soins de son fils Drissa Bondaoné nous avons pu faire le tour de quelques vergers pour voir l’étendue des dégâts et les différents états de dessèchement des manguiers occasionnés par les produits chimiques. Avant de prendre congé de lui, il nous confia qu’il y aurait de l’espoir parce qu’ « avec la construction prochaine de l’autoroute et en raison de son trajet il se pourrait que les choses changent ». Faut-il donc attendre l’éventuelle construction d’une autoroute pour espérer voir la zone assainie ?

Pourtant, le Code de l’Environnement adopté depuis 1997 dispose en son Article 100 : "A la date de promulgation de la loi, objet du présent Code, il est accordé un délai de deux (2) ans à tout promoteur ou exploitant de grands travaux, ouvrages et aménagements déjà exécutés et ceux en cours de réalisation ou d'exploitation sans Étude ou Notice d'Impact sur l'Environnement de faire un audit environnemental à ses frais." A-t-il été fait ? Nous n’en saurons rien puisque la société, relancée à plusieurs reprises, a refusé poliment de donner suite à notre requête. Mais tout aussi important, le Code de l'Environnement considère comme pollution atmosphérique : "La présence dans l'air ambiant de substances ou particules qui, de par leurs aspects, leurs concentrations, leurs odeurs ou leurs effets physiologiques, portent préjudice à la santé et à la sécurité publique ou à l'environnement ", article 5, alinéa 12. A ce niveau, nous avons en revanche appris, lors de nos recherches, que la société Tan-Aliz a essayé de se raccorder au système d’épurement des eaux usées mis à la disposition des autres unités de production de la zone par l’ONEA. Seulement celle-ci refuserait à cause de la teneur élevée en chrome, une substance chimique très dangereuse présente dans les eaux usées évacuées par Tan-Aliz, et qui pourrait ronger les parois des tuyaux d’évacuation. Une composante qui semble-t-il attaquerait leurs infrastructures, bâties à coup de milliards de nos francs.

TAN ALIZ N’EST PAS SEULE A POLLUER

Mais force est de constater que Tan-Aliz n’est pas la seule société à polluer dans la zone même si c’est à des degrés moindres. Il en va ainsi de l’Abattoir Frigorifique de Ouagadougou (A.F.O) Nous avons pu voir sur place le 27 mai 2008, les bassins de recueillement des eaux usées. Une odeur nauséabonde et suffocante s’y dégageait. Il y a aussi le bassin ou les excréments et le purin des animaux sont recueillis : tout cela colle à la peau et aux habits. Le Directeur, Monsieur Banhoro Zama, que nous avons contacté n’est pas passé par quatre chemins pour nous envoyer à la figure : ‘’Pour qui faites-vous ce papier ? Est-ce une entreprise personnelle à San Finna ?’’. Après un bref échange autour du sujet des eaux usées, il nous promettait cependant de nous rappeler pour nous donner plus d’informations mais cela restera sans suite.

Le bassin qui recueille les eaux usées de l'Abattoir
pour le prétraitement
Nous attendons encore son appel. Toujours est-il que l’Abattoir Frigorifique et la Société des Brasseries du Burkina (Brakina) sont raccordés au système de traitement de l’ONEA. Si les autres sites que nous avons visités semblent prendre à cœur le retranchement des eaux usées de la zone industrielle, cela se fait avec la lenteur d’un escargot.

A Brakina, les choses se font de façon plus rigoureuse et plus professionnelle. La société a fait appel à une technologie de pointe que la presse nationale a eu le privilège de visiter récemment. Des investissements à hauteur de plus de cinq cent (500) millions fcfa ont été nécessaires pour réaliser les installations. « Des partenaires comme Guinness et Coca Cola sont très pointilleux en matière de protection de l’environnement », nous a affirmé Monsieur Souleymane Ouattara, chef du département qualité de Brakina. Toutefois, nous avons vu que de la drèche (résidus du malt) qui jonche la rue attenante est l’objet de spéculations commerciales. Un véritable petit marché entre vendeurs et acheteurs de cette nourriture dont se régalent les porcs. Seulement, un liquide jaunâtre s’écoule dans des caniveaux sans qu’on ne sache réellement ce qu’il peut causer comme dommages à l’environnement. A ce qu’on dit, ce serait sans conséquences. Il faudrait en avoir la certitude. Sinon, des questions posées, il ressort que le reste des matériaux utilisés sont entièrement recyclables et recyclés à la Brakina.

Bref ! Il est plus que jamais urgent d’agir contre toutes les formes de pollution, que ce soit à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou, où nous avons l’information que certaines usines se conduisent en véritables bandits de l’environnement. Si on veut vraiment faire quelque chose pour lutter contre cette pollution à grande échelle, il faudrait peut-être créer un régime spécial qui va clarifier et mieux encadrer les pollueurs. Depuis Kossodo, la zone industrielle de Bobo-Dioulasso et de Koudougou, toute la chaîne alimentaire est atteinte par cette pollution. Du bétail en passant par les poissons et les plantes, rien n’est épargné. Il ne serait pas étonnant qu’un poisson empoisonné de Bagré ou de Sya atterrisse dans un plat à Kossyam ou bien soit dégusté dans un hôtel huppé de la place avec tout ce qu’il y aura comme conséquence pour l’image de marque de notre pays. Nous ne parlons même pas des milliers de personnes qui raffolent de carpes et autres capitaines bien braisés qu’elles consomment à longueur de soirées à Ouagadougou !

Aristide Ouédraogo






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