EAUX
USEES DE KOSSODO
LA MORT AU BOUT DU CANAL ?
«
Que pouvons nous faire ! »
dit une dame installée en contrebas du canal
d’où les eaux usées de la tannerie
Tan-Aliz sont évacuées : un canal
à ciel ouvert qui propage des odeurs de sulfure
d'hydrogène et de chrome. L’exclamation
de cette dame traduit à elle seule le dépit
et l’impuissance des populations face à
cet empoisonnement continu, et des citoyens et de
la faune aquatique, et de la flore tout au long
du canal naturel qui draine les eaux usées
vers les fleuves Bagré, Nakambé en
passant par Massili. En plus de tous ces dommages,
la nappe phréatique semble être atteinte
par la pollution.
Le
lundi 19 mai dernier aux environs de 13 heures
et cela jusqu’à notre départ,
nous avons assisté à la «sortie»
comme aiment à le dire les riverains,
des eaux usées de l’entreprise
Tan-Aliz. Nous nous sommes approchés
du creux fait à même le mur de
l’entreprise pour voir et immortaliser
l’évènement. Nous avions
du mal à respirer tellement les odeurs
étaient fortes, à la limite
du supportable. |
Le
creux fait à même le mur de la
société Tan Aliz pour l'évacuation
des eaux usées vers le canal naturel
|
Une femme rencontrée à une centaine
de mètres de là, explique :
«L’odeur qui sort de l’usine
rend malade. C’est aujourd’hui
seulement que j’ai repris mon petit
commerce. C’est à cause des eaux
usées. L’odeur fait mal à
la tête ». Comment se fait-il
alors qu’elle continue à s’asseoir
en ce lieu ?, avons-nous tenté de savoir.
« Où voulez vous que j’aille
? Il faut bien que je fasse quelque chose.
C’est à cause de ça que
je continue de sortir malgré les maladies.
Et puis avec ceux-ci, que pouvons-nous faire
? ». |
POLLUTION
A CIEL OUVERT A KOSSODO
Au fur et à mesure de l’évacuation
des eaux les odeurs se faisaient intenses et nous
nous sommes déplacés laissant sur
place une quasi condamnée à mort d’un
nouveau genre dans un Etat de droit à deux
vitesses. Ayant peur des représailles de
la police et autres forces de l’ordre, la
population se résigne et attend. Quoi ? Personne
ne semble le savoir.
Yacouba Ouédraogo est meccano au bord du
bitume mais côté opposé de la
sortie des eaux usées. Il y officie à
plus de 200 mètres. Pour lui il faut reconnaître
que les odeurs ont diminué, parce que dit-il
«Avant on respirait difficilement, mais je
pense que l’entreprise a dû avoir des
machines pour traiter les eaux avant leurs sorties.
Voyez vous-même, on respire assez bien maintenant
et quelquefois on ne sent même plus les odeurs.
» Cependant en dépit de ces efforts,
nous apprendrons qu’à chaque fois que
l’on évacue l’eau, les odeurs
reviennent avec force. En longeant le canal pour
prospecter et voir un peu les dégâts
que font les produits chimiques des eaux usées
de Tan-aliz sur la nature, nous avons découvert
à un jet de pierres de la voie, une pompe
à eau ; et des enfants en train de s’amuser
avec les eaux usées en écoulement.
Il n’y a ni garde-fou, ni panneau d’indication
d’une interdiction quelconque. Seule une eau
nauséabonde distille paisiblement et ses
odeurs et ses poisons à travers les contrées
visitées.
La
pompe à eau bien qu’étant
un peu en hauteur serait polluée. «
Nous utilisons l’eau de la pompe uniquement
pour le ménage et autre. Pour l’eau
de boisson j’envoie mes enfants chercher
l’eau du robinet. Le goût de l’eau
a changé et j’ai peur que quelqu’un
ne tombe malade en la consommant »,
nous a confié Bondaoné Tasséré
riverain de la pompe et du canal naturel.
Selon lui, ses parents s’y sont installés
avant les indépendances et il se voit
aujourd’hui comme un autochtone. Il
aurait souhaité une approche plus humaine
de la part de la société afin
que des solutions soient trouvées. |
|
Bondaoné Tasséré affirme
qu’elle aurait au tout début
des problèmes trouvé des ‘‘arrangements’’
avec des autochtones. Qu’à cela
ne tienne, il pense que la |
La
pompe à l'eau qui se trouve à
moins de 100 mètres du canal de Tan
Aliz
|
Les
enfants à coté des eaux usées
de la société Tan Aliz au niveau
du canal naturel
|
société
pouvait « construire un canal fermé
pour l’évacuation des eaux usées
jusqu ‘à la sortie de la ville.
Ce qui aurait eu pour avantage de ne pas polluer
la nappe phréatique des alentours,
et de tuer nos plantes, notamment nos manguiers
». Et d’ajouter : « Avant,
beaucoup comme moi faisaient du maraîchage
mais maintenant il n’y a plus rien à
faire. C’est parce que je n’ai
pas les moyens, sinon mon vœu le plus
cher c’est de partir de là. J’envisage
aller en Côte d’Ivoire, là-bas
au moins il y aura quelque chose à
faire ! » Une fatalité qui traduit
le sentiment général de la population
dans l’enclave empoissonnée de
Kossodo. |
Et par les soins de son fils Drissa Bondaoné
nous avons pu faire le tour de quelques vergers
pour voir l’étendue des dégâts
et les différents états de dessèchement
des manguiers occasionnés par les produits
chimiques. Avant de prendre congé de lui,
il nous confia qu’il y aurait de l’espoir
parce qu’ « avec la construction prochaine
de l’autoroute et en raison de son trajet
il se pourrait que les choses changent ».
Faut-il donc attendre l’éventuelle
construction d’une autoroute pour espérer
voir la zone assainie ?
Pourtant, le Code de l’Environnement adopté
depuis 1997 dispose en son Article 100 : "A
la date de promulgation de la loi, objet du présent
Code, il est accordé un délai de deux
(2) ans à tout promoteur ou exploitant de
grands travaux, ouvrages et aménagements
déjà exécutés et ceux
en cours de réalisation ou d'exploitation
sans Étude ou Notice d'Impact sur l'Environnement
de faire un audit environnemental à ses frais."
A-t-il été fait ? Nous n’en
saurons rien puisque la société, relancée
à plusieurs reprises, a refusé poliment
de donner suite à notre requête. Mais
tout aussi important, le Code de l'Environnement
considère comme pollution atmosphérique
: "La présence dans l'air ambiant de
substances ou particules qui, de par leurs aspects,
leurs concentrations, leurs odeurs ou leurs effets
physiologiques, portent préjudice à
la santé et à la sécurité
publique ou à l'environnement ", article
5, alinéa 12. A ce niveau, nous avons en
revanche appris, lors de nos recherches, que la
société Tan-Aliz a essayé de
se raccorder au système d’épurement
des eaux usées mis à la disposition
des autres unités de production de la zone
par l’ONEA. Seulement celle-ci refuserait
à cause de la teneur élevée
en chrome, une substance chimique très dangereuse
présente dans les eaux usées évacuées
par Tan-Aliz, et qui pourrait ronger les parois
des tuyaux d’évacuation. Une composante
qui semble-t-il attaquerait leurs infrastructures,
bâties à coup de milliards de nos francs.
TAN
ALIZ N’EST PAS SEULE A POLLUER
Mais
force est de constater que Tan-Aliz n’est
pas la seule société à
polluer dans la zone même si c’est
à des degrés moindres. Il en
va ainsi de l’Abattoir Frigorifique
de Ouagadougou (A.F.O) Nous avons pu voir
sur place le 27 mai 2008, les bassins de recueillement
des eaux usées. Une odeur nauséabonde
et suffocante s’y dégageait.
Il y a aussi le bassin ou les excréments
et le purin des animaux sont recueillis :
tout cela colle à la peau et aux habits.
Le Directeur, Monsieur Banhoro Zama, que nous
avons contacté n’est pas passé
par quatre chemins pour nous envoyer à
la figure : ‘’Pour qui faites-vous
ce papier ? Est-ce une entreprise personnelle
à San Finna ?’’. Après
un bref échange autour du sujet des
eaux usées, il nous promettait cependant
de nous rappeler pour nous donner plus d’informations
mais cela restera sans suite. |
Le
bassin qui recueille les eaux usées
de l'Abattoir
pour le prétraitement
|
Nous attendons encore son appel. Toujours
est-il que l’Abattoir Frigorifique et
la Société des Brasseries du
Burkina (Brakina) sont raccordés au
système de traitement de l’ONEA.
Si les autres sites que nous avons visités
semblent prendre à cœur le retranchement
des eaux usées de la zone industrielle,
cela se fait avec la lenteur d’un escargot.
|
A Brakina, les choses se font de façon plus
rigoureuse et plus professionnelle. La société
a fait appel à une technologie de pointe
que la presse nationale a eu le privilège
de visiter récemment. Des investissements
à hauteur de plus de cinq cent (500) millions
fcfa ont été nécessaires pour
réaliser les installations. « Des partenaires
comme Guinness et Coca Cola sont très pointilleux
en matière de protection de l’environnement
», nous a affirmé Monsieur Souleymane
Ouattara, chef du département qualité
de Brakina. Toutefois, nous avons vu que de la drèche
(résidus du malt) qui jonche la rue attenante
est l’objet de spéculations commerciales.
Un véritable petit marché entre vendeurs
et acheteurs de cette nourriture dont se régalent
les porcs. Seulement, un liquide jaunâtre
s’écoule dans des caniveaux sans qu’on
ne sache réellement ce qu’il peut causer
comme dommages à l’environnement. A
ce qu’on dit, ce serait sans conséquences.
Il faudrait en avoir la certitude. Sinon, des questions
posées, il ressort que le reste des matériaux
utilisés sont entièrement recyclables
et recyclés à la Brakina.
Bref ! Il est plus que jamais urgent d’agir
contre toutes les formes de pollution, que ce soit
à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou,
où nous avons l’information que certaines
usines se conduisent en véritables bandits
de l’environnement. Si on veut vraiment faire
quelque chose pour lutter contre cette pollution
à grande échelle, il faudrait peut-être
créer un régime spécial qui
va clarifier et mieux encadrer les pollueurs. Depuis
Kossodo, la zone industrielle de Bobo-Dioulasso
et de Koudougou, toute la chaîne alimentaire
est atteinte par cette pollution. Du bétail
en passant par les poissons et les plantes, rien
n’est épargné. Il ne serait
pas étonnant qu’un poisson empoisonné
de Bagré ou de Sya atterrisse dans un plat
à Kossyam ou bien soit dégusté
dans un hôtel huppé de la place avec
tout ce qu’il y aura comme conséquence
pour l’image de marque de notre pays. Nous
ne parlons même pas des milliers de personnes
qui raffolent de carpes et autres capitaines bien
braisés qu’elles consomment à
longueur de soirées à Ouagadougou
!
Aristide
Ouédraogo