San
Finna N°460 du
21 au 27 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté
sans capacité de refus"
LE
COURANT RENOVATEUR ANNONCE AU CDP
ALERTE SERIEUSE OU PIPI D’CHAT ?
Depuis
l’annonce par voie de média de la constitution
en cours d’un courant attaché au recadrage du CDP,
des commentaires, il y en a, en veux-tu, en voilà, tantôt
comiques, railleurs à l’excès, tantôt
sérieux et même un tantinet dramatiques parfois.
Il y a d’abord ceux qui n’en finissent pas d’ironiser
autour de cette sortie désespérée de quelques
éléments, disent-ils, « HS » (NDLR
: hors service) du CDP pour lesquels le jugement est sentencieux,
définitif : c’est une tempête dans un verre
d’eau. D’autres gratifient cette correspondance
interpellative d’un méprisant « pouah »,
estimant que l’acte de courage aurait dû se manifester
plus tôt, au moment où, après moult faits
de déconsidération, ils ont été
traités comme des moins que rien, classés au rabais
sur les listes des dernières élections législatives.
Ils disent même : « Bien fait ! » car ils
n’auraient ainsi récolté que ce qu’ils
ont semé, eux qui sont allés se vendre bien moins
cher dans un marché où leur acquéreur ne
pouvait que sucer leur jus au plus près et les jeter
après coup comme de vulgaires peaux d’orange !
Pardi,
il faut que de tels avis existent aussi, sinon nous ne
serions pas au Burkina Faso !
Blaise
Compaoré
Mais
grâce à Dieu, pour faire bonne balance, il
y en a qui voient les choses autrement. Parmi ces derniers,
il y a ceux qui estiment que ce coup de gueule vient confirmer
le sentiment de malaise voire de crise dont on n’a
jamais voulu dire le nom au sein du CDP et encore moins
dans le pays. Une crise que cependant, on a fini par voir
comme le nez au milieu du visage avec la création
de ce regroupement hybride, fait de tontons, tanties,
cousins et autres vieilles branches, soutenant Blaise
Compaoré (et qui avance cagoulée), l’éviction
de Salif Diallo et bien d’autres petites fumées
qui annoncent sinon un « feu », le dégraissage
du mammouth.
Pour d’autres aussi, la gueulante est comme un chant du
cygne. Elle vient de personnalités du parti (Oubkiri
Marc Yao, 2e vice-président du CDP chargé des
relations extérieures, membre du Bureau exécutif
national, Pierre Joseph Tapsoba, ancien ministre, secrétaire
à la formation politique et civique du CDP, membre du
Bureau exécutif national, Emile Kaboré, ancien
ministre, membre du Bureau politique national…), bref,
d’hommes qui n’ont pas été façonnés
comme bien de politiques du CDP, à la CDR ou par Blaise
Compaoré. Ceux-là avaient une personnalité
avant de co-fonder le parti, disons même un solide «
background » pour être passé à bonne
école. S’ils osent (dans cette maison où,
de l’avis des habitants, la suspicion, la délation,
les intrigues règnent en maîtresses absolues et
où le courage n’est pas la chose la mieux partagée)
hausser ainsi le ton, c’est que les carottes sont bel
et bien cuites, que la bataille pour le dépeçage
a commencé.
Qui va avec tout ça, nous situer réellement sur
l’étendue du problème ?
Apparemment,
le président du CDP, destinataire d’une lettre
dont la réponse était tant attendue, apporte,
quoique de façon mi-figue mi-raisin, une indication
de taille dans l’Observateur Paalga du 2 mai 2008.
Malgré les critiques faites aux protestataires
d’être passé par le canal des médias
(ce qu’il a considéré comme «
inacceptable »), il a emprunté la même
voie pour y donner suite ! Réponse du berger à
la bergère qui vaut en même temps droit de
réponse ? Peut-être ! En tout cas, si des
avis généralement bien autorisés
avaient prédit que ça allait cailler pour
les impertinents « courantistes », qu’ils
Roch
Marc Christian Kaboré (Photo ZEDCOM)
allaient se faire jeter, lourder Comme du poisson pourri,
du CDP, ils ont apparemment eu faux puisque les «
rats » n’ont pas été jetés
par-dessus bord, l’ultime sanction n’étant
pas tombée. Roch Marc Christian Kaboré a
eu une réponse qui est un chef-d’œuvre
dont Ponce Pilate ou Salomon ne rejetterait pas la paternité.
Il s’est tenu à équidistance des uns
et des autres, faisant le service minimum. Il n’a
pas abondé dans le sens de la lettre mais il n’a
pas pour autant réagi à la hauteur annoncée.
L’homme a laissé le temps au temps ; le piment,
on ne le mangera pas dans sa bouche ! En d’autres
temps, des camarades pète-sec auraient obtenu la
« fatwa » de rigueur !
D’une certaine façon, il y a là à
bien y regarder, la reconnaissance que dans le navire CDP, tout
ne va pas pour le mieux, le message que le parti traverse une
zone de tempête et que ce n’est pas le moment d’en
rajouter à des tourments qui viendront bien tout seuls,
en surplus. Pour être maintenant depuis plus longtemps
que ses prédécesseurs, mandataire en chef à
la tête du parti présidentiel, le fils de Charles
Bila Kaboré a appris à maîtriser la «
météo » dans la grande maison ! Il sait
que si le temps est à l’orage, ce n’est pas
à cause des « courantistes », dont du reste
semble-t-il, les correspondances d’alerte (transmises
au nez et à la barbe des médias) commencent à
s’empiler sur son bureau. Non, la pluie qui vient est
portée par les nuages que sont la FEDAP/BC, le départ
de Salif Diallo et bien d’autres peaux de banane jetées
par ci par là en tapinois par les uns et les autres,
souvent même contre le grand patron et sur lesquelles
on commence à glisser.
Alors, Roch Marc Christian Kaboré confie le sort des
rénovateurs comme du reste le sien propre et celui du
parti, au destin, au prochain congrès, au dessein caché
de la FEDAP/BC, somme toute à la volonté du grand
oracle Blaise Compaoré. C’est de lui que tout part
et c’est vers lui que tout revient, quoique par les temps
qui courent, il y en ait qui trouvent à y redire.