San
Finna N°460 du
21 au 27 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
IMMERSION
AU CŒUR DU « SECRET»
DES FEMMES AU BURKINA FASO !
De
tout temps, la préoccupation de la gente féminine
par rapport à la fidélité des
hommes a toujours été animé par
les conversations dans les lieux de travail et de
détente comme dans les foyers. En Afrique un
phénomène s’est développé
autour de cela. C’est celle qui, par des astuces
et des manières détournées, arrivera
à garder son homme ou son « mec »
qui aurait gagné la bataille. Si par le passé
ce phénomène s’observait en pays
mandingue, dans le bassin du Sénégal
et en pays Haoussa, celui-ci a vite gagné notre
pays. La pratique du « Bgoass » ou du
«secret », puisque c’est de cela
qu’il s’agit, s’est vulgarisée
et les femmes de tout âge s’y adonnent
à cœur joie mais, hélas, non sans
des conséquences.
Les
aphrodisiaques féminins sont utilisés
par plusieurs femmes et filles dans notre pays. Ce
sont des produits fabriqués soit à base
de plantes ou encore à base produits chimiques.
On rencontre plusieurs sortes de « secret »
: les « maggi » qui sont généralement
fait à base de miel sous formes d’ovules
que l’on place dans l’appareil génital
et qui procure semble t-il une sensation extraordinaire
de bien-être chez les hommes; ils y a ce qu’on
appelle les « serrés » qui sont
faits aussi à base de plantes ou les produits
chimiques. Ils sont généralement en
poudre ou en savon que l’on utilise pour les
toilettes intimes et qui permettent selon certaines
femmes de rétrécir l’appareil
génital. On trouve dans la panoplie des herbes,
plantes et autres décoctions des racines que
l’on appelle généralement «
cure-dent ». Ce sont de petites racines généralement
très sucrés que l’on mâche
et qui permettent de rendre agréables les moments
d’intimités chez l’homme. A ce
titre, nous avons posé la question à
Traoré Mamie. Pour elle, cela lui permet non
seulement de fidéliser son homme mais aussi
de l’avoir « dans sa main ». «
Tout ce que je veux, il accède à ma
demande ».
Si
dans d’autres civilisations comme celle
du Soudan, certaines pratiques séculaires
ont toujours pignon sur rue (en témoigne
l’utilisation du « dukhan »
pendant les préparatifs de mariage de
jeunes filles), la prise de ces substances au
Burkina Faso est assez récente. Sachez
donc que les jeunes femmes soudanaises s'adonnent
au rituel du bain de fumée appelé
dukhan. Un mélange de copeaux de bois
d'acacia, appelés shaf et talha, est
placé et brûlé dans un trou
creusé dans le sol de la cuisine. La
femme, nue sous une épaisse couverture
de laine (shemla), s'installe au bord du trou
(ofa), et immerge son corps dans ce bain de
fumée épaisse pendant une demi-heure.
La chaleur étouffante ouvre les pores
de la peau, nettoyés par la transpiration.
Il y a aussi le « delkah » qui est
appliqué après la séance
de
Des
cure dents à l'image de ceux-ci sont
vendus dans les marchés
dukhan,
une fois la peau bien propre. Le delkah est
une pâte fabriquée à base
de bois de santal, de fleur de sorgho, de musc
et de parfum local. On l'applique sur tout le
corps en massant la peau afin de la rendre plus
douce et délicate. Après le mariage,
le delkah devient routinier et la femme l'applique
quotidiennement. On lui confère également
des qualités aphrodisiaques. Afin de
parfaire le soin, après chaque massage,
on
applique
sur la peau de l'huile de santal. Le delkah
est conservé dans un pot approprié
qui peut lui aussi avoir un rôle dans
les jeux érotiques d'un couple. Si une
femme souhaite faire l'amour avec son mari,
elle place le pot dans un endroit discret de
la chambre conjugale ; elle ouvre légèrement
le couvercle afin de laisser s'échapper
l'odeur du delkah. En entrant dans la pièce,
l'homme doit ainsi comprendre l'invitation qui
lui est faite.
Sous nos cieux, les femmes l’appellent plutôt
les « collants ». C’est une sorte
d’encens que l’on applique soit sur la
peau soit comme parfum que l’on brûle
dans la maison en faisant des vœux et le partenaire
devient dépendant ou comme dans le jargon populaire
« collant ». Il semble que celui-ci sera
toujours attaché à sa partenaire et
aucune femme ne pourrait plus l’intéressait.
On souligne que tous les encens ne sont pas des «
secrets ». Il y a un en poudre qui est très
sucré et aussi glacé qu’on appelle
« la poudre de glace » qui aromatise et
glace extraordinairement l’appareil génital
de la femme.
A la suite des informations collectées nous
avons voulu connaître l’avis d’un
spécialiste sur le sujet. « En réalité
je ne me suis jamais penchée sur le sujet.
Mais il y a quelques temps, j’ai eu une patiente
qui avait introduit une décoction dans son
appareil génital. Elle nous avait confié
que c’était dans le but faire rétrécir
son sexe. Elle s’est tirée avec une lésion
de la muqueuse vaginale », nous a confié
Bertrand Kaboré gynécologue à
Ouagadougou. Est-il au courant de telles pratiques
en tant que médecin praticien ? « Je
sais qu’il y a quelques temps certaines patientes
prenaient un produit du nom de négatol dans
le but aussi de rétrécir leur sexe,
mais s’agissant des pratiques dont vous me parlez
je n’en ai pas encore rencontré ».
Bertrand Kaboré nous dira aussi que cela comporte
beaucoup de risque surtout que celles qui s’adonnent
à ces pratiques en général ne
se protègent pas pendant les rapports sexuels.
Toute chose qui concourt à rendre vulnérables
ces femmes et filles face à l’infection
de Sida et des maladies sexuellement transmissibles.
Mais Traoré Mamie qui a accepté de nous
parler du phénomène sans accepter cependant
que nous publions sa photo, pense autrement : «Comme
c’est mon seul homme, je ne vois pas comment
je pourrais tomber malade. Je fais ça pour
qu’il ne sorte pas voir ailleurs et pour qu’il
m’aime, c’est tout. » Avant d’ajouter
que c’est ce qui marche maintenant au sein de
la gente féminine dans les grands centres urbains.
De nos investigations, il ressort que tous ces produits
sont vendus dans les marchés importants de
la capitale et au grand marché de Bobo-Dioulasso.
Nous avons aussi appris que pendant les grandes manifestations
comme le FESPACO et le SIAO et tout récemment
la foire de la CEDEAO, des Maliennes, des Guinéennes,
Nigérienne et des Sénégalaises
seraient venues proposer ces potions magiques à
leurs sœurs du Burkina.
Il est certes légitime de vouloir garder son
homme à la maison mais si l’on pense
que les femmes utilisent ces produits sans savoir
réellement avec quoi ils sont fabriqués,
on ne peut que s’inquiéter. Le phénomène
qui était semble t-il entre les mains des femmes
mariées sont aujourd’hui prisés
par les jeunes filles. Il serait donc important que
les services de santé et même le Comité
national de lutte conte les IST/MST et le Sida se
penchent sur le phénomène pour une sensibilisation
à grande échelle. Il est plus que jamais
nécessaire de faire quelque chose sinon les
efforts du Burkina dans la lutte contre les IST/MST
et le Sida seront en partie annihilés.