Mise à jour le 04/05/2008
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San Finna N°460 du 21 au 27 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

PDDEB
388 MILLIARDS FCFA POUR LA 1ERE PHASE
LA DEUXIEME ABSORBERA 616 MILLIARDS FCFA

Le Secrétaire permanent du Plan décennal de développement de l’éducation de base, nous avons fini par le rencontrer après une série d’articles que nous avons publiés autour de la gestion de la structure qu’il dirige depuis un an et demi. Plein de sérénité et de disponibilité, il s’est prêté sans tralala à nos questions. Qu’il ait ou non convaincu, c’est à vous d’en juger à la lecture de cet entretien chiffré. Lisez plutôt.


San Finna : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Mr Ibrahima Kaboré (I.K) :
Je suis Kaboré Ibrahima, économiste planificateur de formation, Secrétaire permanent du PDDEB depuis octobre 2006.

San Finna : Dites-nous si le PDDEB va bien.

Mr IK : Le PDDEB va bien. Pour votre gouverne, le PDDEB a été adopté en 1999 mais a connu un démarrage effectif en septembre 2003. Quand il a démarré, il a connu beaucoup de difficultés. La première phase du PDDEB n’a pas été très participative dans sa conception. Ce qui fait que les acteurs du système éducatif sont restés un peu attentistes par rapport à la mise en œuvre du PDDEB. C’est ce qui a expliqué un certain nombre de difficultés. Le PDDEB, je voudrais le rappeler, est un programme et non un projet. Cela veut dire qu’il n’y pas une unité qui coordonne ses activités comme dans certaines autres structures -PNGT…- dans la mesure où c’est un programme, c’est une responsabilisation des structures du MEBA pour sa mise en œuvre. C’est à dire

Kaboré Ibrahima, économiste planificateur,
Secrétaire permanent du PDDEB
que la DEP, la DAF, la DRH jouent leurs rôles, mais il n’y a pas un coordonnateur qui lance les marchés, bref qui gère comme dans un projet. En fait il n’y a pas un PDDEB à part et le MEBA à part. En vérité, on peut dire que le MEBA, c’est le PDDEB et le PDDEB, c’est le MEBA. Toutes les activités qu’on mène dans le domaine de l’éducation au niveau de l’enseignement de base sont fédérées au niveau du programme.

A ce jour, il faut dire que la phase 1 nous a permis d’enregistrer quelques résultats positifs. Il y a eu des difficultés. Le fait que nous sommes passé de l’approche projet à l’approche programme a créé quelques-unes de ces difficultés. La formation n’a pas suivi pour permettre aux gens d’être aptes et de s’approprier le programme. En matière de gestion financière, retenons que la gestion dans le cas d’un programme est bien différente de la gestion financière dans le cas d’un projet. Là aussi, en terme d’appropriation, les gens ont rencontré des difficultés. Au départ, quand il y a eu la suppression du bureau des projets pour affecter toutes ses attributions à la DEP et à la DAF, on s’est rendu compte qu’il y eu compte -suite à un audit- qu’il y avait dix milliards de déficit. Ces dix milliards représentaient des dépenses non justifiées, des dépenses non éligibles, des préfinancements non autorisés. Ensuite, nous avons procédé à une contre-expertise, à l’issue de laquelle nous avons observé un déficit de 1 milliard quatre vingt millions que l’Etat a été obligé de rembourser aux PTF.

Aujourd’hui, je vous le dis, le PDDEB se porte bien. Ses activités sont en cours, les principaux indicateurs de l’éducation évoluent normalement. Le taux brut de scolarisation est de 72,6%, le taux d’accès est à 83% et le taux d’achèvement -qui reste encore faible- est à 36%. Il y a beaucoup de travail à faire mais nous nous sommes fixés des objectifs pour que au moins en 2020, nous atteignions la scolarisation universelle. La date de 2015, nous ne pourrons pas la respecter pour la scolarisation universelle. Je ne pense qu’il y aura beaucoup de pays en Afrique qui respecteront ce rendez vous de 2015.

San Finna : Combien aura coûté la première phase du PDDEB ?

Mr I.K :
La première phase du PDDEB, il faut le noter, avait été sous évaluée. On l’avait évaluée à 69 milliards. Mais à la fin, elle a coûté 388 milliards. Pourquoi ? L’élaboration de la première phase a souffert de plusieurs manquements. On a évalué la phase 1 sans tenir compte des enseignants. On peut bien construire des écoles mais il faut obligatoirement un personnel enseignant. Au finish donc, la phase première a coûté comme je le disais 388 milliards.

San Finna : La phase 2 du PDDEB connaît un début de démarrage. Est-on en droit d’espérer que tout aille pour le mieux ?

Mr I.K :
On voudrait mettre l’accent dans la phase 2 sur la qualité de l’enseignement. On s’est rendu compte qu’au niveau de la phase 1, on a mis l’accent sur la construction des écoles, en un mot sur l’accès mais on a laissé un peu à côté la qualité. Ce qui va être revu, c’est la formation des enseignants, c’est le règlement des problèmes d’effectifs (nombre pléthorique d’élèves dans une classe). Nous allons nous occuper aussi du temps d’apprentissage parce que nous avons constaté que nous perdons annuellement plus de 400 heures de cours. Sur 960 heures normales, on n’en donne que 574. Cela est une conséquence des cérémonies régulièrement organisées où on convie les enfants, au fait aussi que les instituteurs vont vers les grands centres pour toucher leurs salaires, et parfois parce qu’ils sont obligés de suivre leurs carrières.

La phase 2 a été évaluée à 616 milliards. Nous avons des financements acquis, sur les trois ans et il nous restera à rechercher autour de 200 milliards. Nous sommes d’ailleurs en train de travailler à combler ce manque-là notamment à travers le fonds catalytique qui est un fonds garanti par des pays développés pour soutenir les pays qui font des efforts dans l’éducation mais qui n’ont pas les moyens. Mais en attendant, la phase 2 a démarré et elle est en cours d’exécution.

San Finna : Des évènements ont émaillé la vie du PDDEB depuis votre arrivée en 2006 à sa tête. Des journaux sont revenus sur des rumeurs de licenciements abusifs, de recrutements illégaux, dépenses dispendieuses… Les reconnaissez vous ?

Mr I.K :
Merci de me permettre de m’exprimer sur ces rumeurs-là. En raison de son passé, tout le monde a le regard sur le PDDEB et c’est aussi pour ça qu’autant de rumeurs peuvent circuler. Je voudrais profiter de l’occasion pour dire que le SP ne gère pas des milliards. Le SP est considéré dans la structure comme une structure comme les autres. Elle apporte son appui pour que la mise en œuvre du PDDEB soit effective. On a également des subventions pour financer nos activités. Mais commençons tout d’abord par ce problème de licenciement. J’aimerais que tout le monde sache qu’il n’y a jamais eu des licenciements ici au PDDEB. Du point de vue du droit du travail, il n’y a pas eu licenciements. Les contrats signés par les travailleurs avant mon arrivée ici étaient des contrats à durée déterminée. Le PDDEB a eu un passé, et ce passé nous n’allons pas continuer à le gérer. Nous pensons que nous voulons améliorer. Un nouveau dispositif a été pris pour le SP PDDEB, avec de nouvelles ambitions. Pour y arriver, il fallait recruter mais avant, puisque ceux qui étaient là étaient au terme de leur contrat, il fallait y mettre fin. C’est ce que nous avons fait en prenant le soin de payer les droits légaux de ces travailleurs et mieux, nous avons recruté un bureau qui nous a calculé tous ces droits qui ont été payés en bonne et due forme. Chacun a signé pour récupérer ce qui lui était du. Une seule personne avait estimée qu’il y avait des erreurs dans le calcul de ses droits. Effectivement, nous nous sommes rendu compte de cela et la correction a eu lieu.

Lorsque nous avons fini ça, nous avons lancé les recrutements.

San Finna : Avec du test à l’appui ?

Mr I.K :
Un test de recrutement a bel et bien eu lieu et certains dont les contrats étaient à leurs termes se sont présentés. Il y en a qui ont échoué, d’autres par contre sont passés. Ces tests ont été supervisés par un jury composé d’agents du ministère des finances, de la direction générale de la coopération…Donc, tout ce qui se dit reste des rumeurs. C’est ceux-là qui étaient là et qui n’ont pas pu être reconduits qui sortent et racontent ce qu’ils veulent. Mais vous savez, dans ce pays, on ne peut pas empêcher les gens de parler ou de dire ce qu’ils pensent. Je n’ai pas de problème avec ça et je peux vous donner toutes les preuves, tous les documents que vous voulez autour de cette histoire.

Pour les investissements dont on parle, quand je suis arrivé ici (au siège du PDDEB) pour prendre service, j’ai appris d’abord que les bailleurs de fonds ne veulent pas venir ici pour tenir les réunions. La première réunion à laquelle j’ai assisté s’est tenue à l’ambassade des Pays Bas. J’étais choqué que ça se passe hors du cadre du SP PDDEB et j’avais fait la proposition que désormais les rencontres s’y tiennent. Mais en réalité, c’est parce que moi même je n’avais pas encore aménagé au PDDEB (notre interlocuteur était toujours dans le Département de l’agriculture comme SG), sinon je devrais me rendre compte que le cadre ne se prêtait pas à de telles rencontres. Le coin était « dégueulasse », les toilettes...(grimaces)… Or, il y a aussi une question d’image. Quand je suis arrivé j’ai effectivement lancé des réfections, j’ai fait paver la cour pour qu’elle soit propre parce que je pense aussi que l’image du Burkina n’a pas de prix. Je ne permettrai pas que dans mon propre pays je sois obligé d’aller tenir des réunions dans les ambassades. Ce que j’ai fait à mon avis, c’est pour la postérité et je ne vois pas qui est contre ça. Si demain l’occasion m’est donnée d’aller dans une autre structure et que je la trouve « dégueulasse » au point de ternir l’image de mon pays, je ferais de mon mieux pour que ça change.

Tous ceux qui font ces critiques-là ne savent pas ce que c’est qu’un Budget. L’argent d’une structure comme le PDDEB, c’est pas comme l’argent de la grand-mère qu’on subtilise de temps en temps pour acheter ce qu’on veut. Un Budget a des objectif et si le PDDEB a permis de faire ça, c’est parce qu’il y a une ligne budgétaire d’où pouvait partir cet investissement.

San Finna : Un dernier mot ?

Mr I.K :
Je voudrais vous remercier d’être venu pour qu’on parle du PDDEB parce que la communication est nécessaire à notre structure. Nous mettons sur pied un plan de communication pour permettre aux gens de connaître le PDDEB. On ne va pas se lasser d’informer, et c’est dans cette logique aussi que nous avons créé un site Web et tous ceux qui le visiteront auront des informations. Je voudrais rassurer les gens et leur dire que le PDDEB est un programme autour duquel nous devons nous mobiliser si nous voulons que les enfants du Burkina puissent bénéficier d’une éducation de qualité. Aucune œuvre n’est facile c’est vrai, mais l’éducation en tant que dette sociale oblige tout le monde à participer à sa mise en œuvre tout en apportant sa contribution.

Bala Sibiri





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