PDDEB
388 MILLIARDS FCFA POUR LA 1ERE PHASE
LA DEUXIEME ABSORBERA 616 MILLIARDS FCFA
Le Secrétaire permanent du Plan décennal
de développement de l’éducation
de base, nous avons fini par le rencontrer après
une série d’articles que nous avons publiés
autour de la gestion de la structure qu’il dirige
depuis un an et demi. Plein de sérénité
et de disponibilité, il s’est prêté
sans tralala à nos questions. Qu’il ait
ou non convaincu, c’est à vous d’en
juger à la lecture de cet entretien chiffré.
Lisez plutôt.
San Finna : Pouvez-vous vous présenter à
nos lecteurs ?
Mr Ibrahima Kaboré (I.K) : Je suis Kaboré
Ibrahima, économiste planificateur de formation,
Secrétaire permanent du PDDEB depuis octobre
2006.
San
Finna : Dites-nous si le PDDEB va bien.
Mr
IK : Le PDDEB va bien. Pour votre gouverne,
le PDDEB a été adopté en
1999 mais a connu un démarrage effectif
en septembre 2003. Quand il a démarré,
il a connu beaucoup de difficultés. La
première phase du PDDEB n’a pas été
très participative dans sa conception.
Ce qui fait que les acteurs du système
éducatif sont restés un peu attentistes
par rapport à la mise en œuvre du
PDDEB. C’est ce qui a expliqué un
certain nombre de difficultés. Le PDDEB,
je voudrais le rappeler, est un programme et non
un projet. Cela veut dire qu’il n’y
pas une unité qui coordonne ses activités
comme dans certaines autres structures -PNGT…-
dans la mesure où c’est un programme,
c’est une responsabilisation des structures
du MEBA pour sa mise en œuvre. C’est
à dire |
Kaboré
Ibrahima, économiste planificateur,
Secrétaire permanent du PDDEB |
que la DEP, la DAF, la DRH jouent leurs rôles,
mais il n’y a pas un coordonnateur qui lance
les marchés, bref qui gère comme
dans un projet. En fait il n’y a pas un
PDDEB à part et le MEBA à part.
En vérité, on peut dire que le MEBA,
c’est le PDDEB et le PDDEB, c’est
le MEBA. Toutes les activités qu’on
mène dans le domaine de l’éducation
au niveau de l’enseignement de base sont
fédérées au niveau du programme. |
A
ce jour, il faut dire que la phase 1 nous a permis d’enregistrer
quelques résultats positifs. Il y a eu des difficultés.
Le fait que nous sommes passé de l’approche
projet à l’approche programme a créé
quelques-unes de ces difficultés. La formation
n’a pas suivi pour permettre aux gens d’être
aptes et de s’approprier le programme. En matière
de gestion financière, retenons que la gestion
dans le cas d’un programme est bien différente
de la gestion financière dans le cas d’un
projet. Là aussi, en terme d’appropriation,
les gens ont rencontré des difficultés.
Au départ, quand il y a eu la suppression du
bureau des projets pour affecter toutes ses attributions
à la DEP et à la DAF, on s’est rendu
compte qu’il y eu compte -suite à un audit-
qu’il y avait dix milliards de déficit.
Ces dix milliards représentaient des dépenses
non justifiées, des dépenses non éligibles,
des préfinancements non autorisés. Ensuite,
nous avons procédé à une contre-expertise,
à l’issue de laquelle nous avons observé
un déficit de 1 milliard quatre vingt millions
que l’Etat a été obligé de
rembourser aux PTF.
Aujourd’hui, je vous le dis, le PDDEB se porte
bien. Ses activités sont en cours, les principaux
indicateurs de l’éducation évoluent
normalement. Le taux brut de scolarisation est de 72,6%,
le taux d’accès est à 83% et le
taux d’achèvement -qui reste encore faible-
est à 36%. Il y a beaucoup de travail à
faire mais nous nous sommes fixés des objectifs
pour que au moins en 2020, nous atteignions la scolarisation
universelle. La date de 2015, nous ne pourrons pas la
respecter pour la scolarisation universelle. Je ne pense
qu’il y aura beaucoup de pays en Afrique qui respecteront
ce rendez vous de 2015.
San
Finna : Combien aura coûté la première
phase du PDDEB ?
Mr I.K : La première phase du PDDEB,
il faut le noter, avait été sous évaluée.
On l’avait évaluée à 69 milliards.
Mais à la fin, elle a coûté 388
milliards. Pourquoi ? L’élaboration de
la première phase a souffert de plusieurs manquements.
On a évalué la phase 1 sans tenir compte
des enseignants. On peut bien construire des écoles
mais il faut obligatoirement un personnel enseignant.
Au finish donc, la phase première a coûté
comme je le disais 388 milliards.
San
Finna : La phase 2 du PDDEB connaît un début
de démarrage. Est-on en droit d’espérer
que tout aille pour le mieux ?
Mr I.K : On voudrait mettre l’accent
dans la phase 2 sur la qualité de l’enseignement.
On s’est rendu compte qu’au niveau de la
phase 1, on a mis l’accent sur la construction
des écoles, en un mot sur l’accès
mais on a laissé un peu à côté
la qualité. Ce qui va être revu, c’est
la formation des enseignants, c’est le règlement
des problèmes d’effectifs (nombre pléthorique
d’élèves dans une classe). Nous
allons nous occuper aussi du temps d’apprentissage
parce que nous avons constaté que nous perdons
annuellement plus de 400 heures de cours. Sur 960 heures
normales, on n’en donne que 574. Cela est une
conséquence des cérémonies régulièrement
organisées où on convie les enfants, au
fait aussi que les instituteurs vont vers les grands
centres pour toucher leurs salaires, et parfois parce
qu’ils sont obligés de suivre leurs carrières.
La phase 2 a été évaluée
à 616 milliards. Nous avons des financements
acquis, sur les trois ans et il nous restera à
rechercher autour de 200 milliards. Nous sommes d’ailleurs
en train de travailler à combler ce manque-là
notamment à travers le fonds catalytique qui
est un fonds garanti par des pays développés
pour soutenir les pays qui font des efforts dans l’éducation
mais qui n’ont pas les moyens. Mais en attendant,
la phase 2 a démarré et elle est en cours
d’exécution.
San
Finna : Des évènements ont émaillé
la vie du PDDEB depuis votre arrivée en 2006
à sa tête. Des journaux sont revenus sur
des rumeurs de licenciements abusifs, de recrutements
illégaux, dépenses dispendieuses…
Les reconnaissez vous ?
Mr I.K : Merci de me permettre de m’exprimer
sur ces rumeurs-là. En raison de son passé,
tout le monde a le regard sur le PDDEB et c’est
aussi pour ça qu’autant de rumeurs peuvent
circuler. Je voudrais profiter de l’occasion pour
dire que le SP ne gère pas des milliards. Le
SP est considéré dans la structure comme
une structure comme les autres. Elle apporte son appui
pour que la mise en œuvre du PDDEB soit effective.
On a également des subventions pour financer
nos activités. Mais commençons tout d’abord
par ce problème de licenciement. J’aimerais
que tout le monde sache qu’il n’y a jamais
eu des licenciements ici au PDDEB. Du point de vue du
droit du travail, il n’y a pas eu licenciements.
Les contrats signés par les travailleurs avant
mon arrivée ici étaient des contrats à
durée déterminée. Le PDDEB a eu
un passé, et ce passé nous n’allons
pas continuer à le gérer. Nous pensons
que nous voulons améliorer. Un nouveau dispositif
a été pris pour le SP PDDEB, avec de nouvelles
ambitions. Pour y arriver, il fallait recruter mais
avant, puisque ceux qui étaient là étaient
au terme de leur contrat, il fallait y mettre fin. C’est
ce que nous avons fait en prenant le soin de payer les
droits légaux de ces travailleurs et mieux, nous
avons recruté un bureau qui nous a calculé
tous ces droits qui ont été payés
en bonne et due forme. Chacun a signé pour récupérer
ce qui lui était du. Une seule personne avait
estimée qu’il y avait des erreurs dans
le calcul de ses droits. Effectivement, nous nous sommes
rendu compte de cela et la correction a eu lieu.
Lorsque nous avons fini ça, nous avons lancé
les recrutements.
San
Finna : Avec du test à l’appui ?
Mr I.K : Un test de recrutement a bel et bien
eu lieu et certains dont les contrats étaient
à leurs termes se sont présentés.
Il y en a qui ont échoué, d’autres
par contre sont passés. Ces tests ont été
supervisés par un jury composé d’agents
du ministère des finances, de la direction générale
de la coopération…Donc, tout ce qui se
dit reste des rumeurs. C’est ceux-là qui
étaient là et qui n’ont pas pu être
reconduits qui sortent et racontent ce qu’ils
veulent. Mais vous savez, dans ce pays, on ne peut pas
empêcher les gens de parler ou de dire ce qu’ils
pensent. Je n’ai pas de problème avec ça
et je peux vous donner toutes les preuves, tous les
documents que vous voulez autour de cette histoire.
Pour les investissements dont on parle, quand je suis
arrivé ici (au siège du PDDEB) pour prendre
service, j’ai appris d’abord que les bailleurs
de fonds ne veulent pas venir ici pour tenir les réunions.
La première réunion à laquelle
j’ai assisté s’est tenue à
l’ambassade des Pays Bas. J’étais
choqué que ça se passe hors du cadre du
SP PDDEB et j’avais fait la proposition que désormais
les rencontres s’y tiennent. Mais en réalité,
c’est parce que moi même je n’avais
pas encore aménagé au PDDEB (notre interlocuteur
était toujours dans le Département de
l’agriculture comme SG), sinon je devrais me rendre
compte que le cadre ne se prêtait pas à
de telles rencontres. Le coin était « dégueulasse
», les toilettes...(grimaces)… Or, il y
a aussi une question d’image. Quand je suis arrivé
j’ai effectivement lancé des réfections,
j’ai fait paver la cour pour qu’elle soit
propre parce que je pense aussi que l’image du
Burkina n’a pas de prix. Je ne permettrai pas
que dans mon propre pays je sois obligé d’aller
tenir des réunions dans les ambassades. Ce que
j’ai fait à mon avis, c’est pour
la postérité et je ne vois pas qui est
contre ça. Si demain l’occasion m’est
donnée d’aller dans une autre structure
et que je la trouve « dégueulasse »
au point de ternir l’image de mon pays, je ferais
de mon mieux pour que ça change.
Tous ceux qui font ces critiques-là ne savent
pas ce que c’est qu’un Budget. L’argent
d’une structure comme le PDDEB, c’est pas
comme l’argent de la grand-mère qu’on
subtilise de temps en temps pour acheter ce qu’on
veut. Un Budget a des objectif et si le PDDEB a permis
de faire ça, c’est parce qu’il y
a une ligne budgétaire d’où pouvait
partir cet investissement.
San
Finna : Un dernier mot ?
Mr I.K : Je voudrais vous remercier d’être
venu pour qu’on parle du PDDEB parce que la communication
est nécessaire à notre structure. Nous
mettons sur pied un plan de communication pour permettre
aux gens de connaître le PDDEB. On ne va pas se
lasser d’informer, et c’est dans cette logique
aussi que nous avons créé un site Web
et tous ceux qui le visiteront auront des informations.
Je voudrais rassurer les gens et leur dire que le PDDEB
est un programme autour duquel nous devons nous mobiliser
si nous voulons que les enfants du Burkina puissent
bénéficier d’une éducation
de qualité. Aucune œuvre n’est facile
c’est vrai, mais l’éducation en tant
que dette sociale oblige tout le monde à participer
à sa mise en œuvre tout en apportant sa
contribution.
Bala
Sibiri