San
Finna N°460 du
21 au 27 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
ELECTIONS
ZIMBABWEENNES
MUGABE VEUT JOUER A « QUI PERD, GAGNE »
Au
train où vont les choses, il faut craindre un retournement
de situation qui fasse que, de vaincu, Robert Mugabe devienne
vainqueur.
On
ne sait vraiment pas sur quelles ficelles il a tiré
pour amener Morgan Tsvangirai à envisager, à
un moment donné, la possibilité d’aller
à un second tour de l’élection présidentielle
mais ce faisant, le vieux briscard a pris une option pour
refaire son lourd handicap. Le jeu a pu consister d’une
façon ou d’une autre, à donner le
sentiment qu’il accepterait bien de plier bagages
après un second tour défavorable pour peu
qu’on lui aménage des conditions honorables
pour sa reddition. Morgan Tsvangira a mordu à l’hameçon
et mal lui en prend actuellement car il se rend compte
qu’il n’a jamais été dans l’intention
du vieux dictateur d’abandonner le pouvoir, que
plus grave, il a (sous prétexte de recomptage)
usé de subterfuges pour faire patte de velours
en lâchant le Parlement à l’opposition
par un recomptage confirmatif mais en imposant le second
tour pour la présidentielle.
Harare
au Zimbabwe
(photo http://www.interet-general.info)
Quand
on sait que cela s’est fait dans un contexte
marqué par le déchaînement
de la violence contre les opposants, la systématisation
de la peur et l’expatriation de nombre de
militants du MDC, on voit bien dans quel piège
le chef de l’opposition est tombé.
Aujourd’hui,
le 2ème tour est en passe de s’imposer
comme une échéance inéluctable,
en dépit des résultats affichés
sur l’ensemble du territoire et au vu desquels,
la majorité absolue était acquise
à Morgan Tsvangirai.
Celui-ci semble coincé car s’il refuse de
participer, Robert Mugabe est proclamé automatiquement
vainqueur. S’il participe, alors que nombre de ses
électeurs sont terrés chez eux, gagnés
par la peur, il risque de perdre sans compter que rien
ne dit jusqu’à preuve du contraire, que le
3ème candidat, Simba Makoni (qui a obtenu 8,3 %
des suffrages) résistera à toutes les pressions
et au bout du compte, confirmera en pratique le report
de ses voix sur le leader de l’opposition. Il vient
d’ailleurs de dire ceci qui peut laisser perplexe
: "Pour que le pays puisse avancer, il faut que les
leaders politiques travaillent ensemble. Le pays ne peut
pas se permettre une nouvelle élection. (....)
Ce serait beaucoup, beaucoup trop cher".
Quelles
sont les parades possibles ? On peut en voir au moins
trois.
-Celle de la bataille juridique qui peut durer des années
et bloquer le pays à moins que Mugabe qui contrôle
jusqu’à preuve du contraire la justice, n’y
mette le holà ;
-Celle de la constitution d’un gouvernement parallèle
par Tsvangirai en escomptant, à défaut du
soutien de la SADEC et de l’UA, l’appui de
l’Union européenne, des Nations Unies et
de grandes puissances. Le risque est que la guerre civile
peut démarrer à tout instant ;
-Enfin, celle de la participation au second tour sous
supervision internationale efficace. Mais il est fort
à parier que cette option risque d’être
rejetée par Mugabe ou alors acceptée dans
des conditions telles que la supervision faite à
la carte ne fera que confirmer sa victoire annoncée.
En
définitive, le problème reste dans la capacité
de mobilisation, de pression, de la communauté
internationale ! S’il ne fallait que s’en
tenir à la SADEC et à l’Union africaine,
Mugabe pourrait dormir sur ses deux oreilles car le syndicat
des chefs d’Etat ne montre aucun signe qu’il
pourrait le lâcher en faveur de Tsvangirai.