San
Finna N°461 du
28 Avril au 04 Mai 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
Pour
des raisons indépendantes de notre volonté,
nous ne sommes pas en mesure de publier cette rubrique
dans sa facture habituelle, cette semaine. Toutes nos
excuses à notre lectorat. En lieu et place, nous
vous proposons un article sur la canicule.
LE
MOIS D’AVRIL ET LA CANICULE !
S’il y a
une partie du monde où le réchauffement
climatique est une réalité, ce se serait
sans conteste le Burkina Faso. Et en ce début du
mois d’Avril, la grande masse des Burkinabé
broie du noir. La canicule est lourde et pesante à
supporter et nombre de personnes restent dehors jusque
tard dans la nuit. Les nattes se vendent comme de petits
pains, même si cela ne change rien ou presque pas
à la situation du moment. Et pour lutter contre
la canicule, certains Ouagalais ont développé
des stratagèmes.
Il est 11 heures quand nous mettons pied au sein d’un
hôtel de la place du côté de l’avenue
Kwamé N’Nkrumah. Le Hall est presque rempli
de personnes. Certains sont assis sur les fauteuils luxueux,
d’autres regardent les bijoux exposés dans
un somptueux décor. Au bar, nous rencontrons Maïga
A. Karim qui dit être dans les affaires. Monsieur
Maïga avait devant lui deux portables haut de gamme
et un verre de limonade. ‘’Je me suis arrêté
ici pour me reposer et profiter de la climatisation. Il
fait très chaud et ça me fait très
mal à la tête’’. Nous lui demandons
si beaucoup sont dans sa situation. Il nous répond
: ‘’Sans doute et je parie que tous ceux qui
sont dans le Hall ne sont là que pour profiter
de la climatisation’’. Afin de vérifier
les propos de notre monsieur du bar, nous faisons trois
tentatives infructueuses. Alors nous allons voir un responsable
dont nous tairons le nom. ‘’Pendant les mois
de chaleur, nous sommes envahis par des gens qui ne viennent
ici que pour profiter de la climatisation. De prime abord
on ne peut pas savoir qu’ils viennent pour ça.
Mais quand l’attente dure, on n’est pas dupe.
Alors on appelle le service de sécurité
afin qu’il fasse la police’’. Mais ce
n’est pas l’avis de Idrissa SANA qui nous
a confié qu’il s’est fait jeter dehors
alors qu’il attendait un expatrié. ‘’
C’est vrai qu’on ne voit pas l’heure
passer à l’intérieur, mais les gens
de l’hôtel exagèrent. Quand tu attends
15 minutes et que ton contact ne descend pas, ils viennent
te vider. C’est quoi ça !’’,
se confesse-t-il au bas de l’entrée.
A 13 heures, nous sommes à la Maison du Peuple.
Là, pas de place et un brouhaha terrible qui s’élève
du maquis. On consomme et on mange en ce lieu. ‘’Je
préfère venir ici manger et boire un coup
en attendant 15 heures pour rejoindre mon service. Et
comme il fait chaud, circuler devient un enfer. Les fois
où je ne suis pas ici, je me repose au bureau au
frais’’, nous dit Ousmane O. qui était
en compagnie de ses amis. Un autre nous dira qu’à
la maison quand on finit de manger, il n’y a pas
de coin pour se reposer et que l’air brassé
par le ventilateur est aussi chaud, mais qu’au bar
avec la bière fraîche et la compagnie, on
supporte mieux la canicule. Donc tous les bars, maquis
ou cybercentre sont pris d’assaut à midi
afin de profiter, qui des boissons fraîches, qui
de la climatisation.
Il n’y en a par contre qui ont choisi de lutter
autrement contre la canicule. A la descente, ils vont
sous les manguiers aux alentours du barrage n°2 et
3 de Ouagadougou. Munis de nattes et de postes radios,
ils viennent profiter de la fraîcheur que dégage
le barrage en attendant le soir. Côté Est
du barrage n°3, c’est-à-dire derrière
l’Hôtel Silmandé où nous avons
fait un tour, il y avait foule. ‘’Je suis
élève et je viens ici pour bosser. Ce n’est
pas à cause de la chaleur que je viens ici, mais
c’est vrai que maintenant quand tu ne viens pas
tôt il est difficile d’avoir de la place.
Les gens viennent passer le temps ici de plus en plus’’,
nous a laissé entendre Madina TRAORE, élève
en terminale A. Nous avons en effet constaté que
sous certains arbres les gens se mettaient à deux
ou à trois. A Bangr Weogo, aussi c’était
le même scénario. Notre curiosité
nous a conduit à Bendogo au marché de dolo
(bière de mil traditionnel). Dans un cabaret pris
au hasard, nous avons constaté que tous les clients
avaient des éventails à la main. Nous n’avons
pas eu besoin de poser la question puisque c’était
le sujet qui était à l’ordre du jour.
‘’Il va pleuvoir vite cette année.
Vous avez vu la chaleur qu’il fait !’’,
laisse tomber un monsieur aux cheveux grisonnants. Et
malgré l’éventail qu’il tenait,
de la sueur continuait de perler sur son front. ‘’
Vous n’avez pas vu le froid qu’on a eu ? C’est
à cause de cela que nous subissons cette chaleur’’,
dit la vendeuse assez contente de nous voir nous intéresser
à son dolo. Le marché de dolo de Bendogo
grouillait aussi de monde et la poussière mêlée
à la sueur dégageait une odeur particulière.
Nous n’en saurons pas plus sauf que c’est
à cause de la canicule que tout ce beau monde était
au marché. Sinon le débat est vite tombé
dans des généralités et des banalités.
Alors, nous avons plié bagages.
Mais il n’est pas rare en ce moment de voir en contre
bas des routes nombre de personnes dormant sur des bancs
en face de la voie. Qui sont ceux qui dorment à
la belle étoile ? ‘’Presque tout le
monde », nous dira dit Pierre Raoul OUEDRAOGO habitant
le secteur 28. « J’ai une maison construite
en banco et c’est presque impossible de dormir dedans.
Alors je sors ma moustiquaire et je dors sur la terrasse
avec ma femme’’ avant d’ajouter que
‘’très tôt le matin on range
nos affaires et on rentre’’. Ce n’est
pas l’avis de Mathurin BADO qui dit ne pas vouloir
dormir dehors ‘’Il y a quelques temps un déséquilibré
assommait les gens chez eux et depuis là, j’ai
peur de me faire agresser par un fou ou un voleur’’.
Ce qu’on doit dire pour finir, c’est que pendant
cette période, il est important de s’hydrater
régulièrement, surtout au niveau des personnes
âgées, d’avoir une hygiène propre
et d’éviter de porter des habits ouverts
qui pourraient exposer votre peau au contact direct avec
les rayons du soleil. Sinon la canicule est un phénomène
naturel dans notre pays qui dure deux mois mais qui évidemment,
prend de nos jours une proportion plus ample du fait du
réchauffement climatique de la planète.