Mise à jour le 20/04/2008
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San Finna N°460 du 21 au 27 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES
CE DISCOURS PAPAL QUI RELANCE LE DEBAT SUR L’INGERENCE

A l’Assemblée générale des Nations Unies, le pape Benoît XVI a parlé de façon frontale de l’ingérence, remettant au goût du jour un concept qui après avoir enflammé les esprits ces dernières années, était quasiment tombé en quenouille. Parlons-en mais auparavant, rafraîchissons les mémoires sur cette notion.

L’ingérence est une idée aussi vieille que le monde mais on doit surtout à Hugo Grotius de l’avoir caractérisée en la présentant dans son « De Jure Belli Ac Pacis » (1625) comme un « droit accordé à la société humaine » pour intervenir dans le cas où un tyran « ferait subir à ses sujets, un traitement que nul n’est

Le Pape Benoît XVI et Georges W. Bush
(Photo Nouvel Observateur)
autorisé à faire ». La notion sera bien plus tard évoquée pour fustiger l’immobilisme au nom de la non-ingérence, des chefs d’Etat et de gouvernement devant la famine provoquée par le conflit biafrais. De là, sont issues bon nombre d’ONG, comme Médecins sans Frontières (MSF), qui soutiennent le principe qu’une atteinte fondamentale aux droits de la personne doit entraîner la remise en question de la sacro-sainte règle de la souveraineté des Etats et autoriser qu’interviennent des acteurs extérieurs et en particulier humanitaires.

Théorisée par le philosophe Jean-François Revel qui évoquera le tout premier le droit d’ingérence en 1979 comme un moyen de combattre les dictatures centrafricaine de Jean Bedel Bokassa et ougandaise d’Idi Amin Dadda., l’ingérence sera demandée par le philosophe Bernard Henri Lévy, l’année suivante, pour demander de mettre fin au drame cambodgien. L’idée sera reformulée en droit d’ingérence en 1988 par Mario Bettati, professeur de droit international public et Bernard Kouchner. Ce dernier, membre fondateur de MSF, sera par la suite, le principal activiste du droit d’ingérence. Mais comme on le sait, la coalition des puissants qui gouvernent ce monde et celle des multiples lobbys, feront échec à l’intégration de l’ingérence dans le droit international public. Il faut dire que les quelques cas où ce concept a trouvé à s’appliquer montreront qu’il y toujours eu à la base, des considérations géopolitiques, stratégiques, économiques : intervention au Kurdistan irakien en avril 1991, Opération « Restore Hope » en Somalie en fin 1992, Opération Turquoise au Rwanda en 1994, interventions armées en Bosnie-Herzégovine en 1994/1995, au Kosovo en 1999... Il y a aussi que l’organisation des relations internationales, avec cette emprise de quelques pays, ne pouvait que favoriser la mauvaise presse de l’ingérence, facilement suspectée comme voulant perpétuer un certain ordre inégalitaire sinon colonial, du monde. Et quand on pense à certaines interventions qui heureusement n’ont pas eu lieu comme en Côte d’Ivoire, on voit bien que l’ingérence peut parfois se parer des vertus les moins nobles !

Mais voilà donc, pour y revenir, que le Pape Benoît XVI relance le débat avec force et conviction au lieu le plus indiqué, la tribune des nations Unies, et au moment le plus favorable, la célébration du 60 ème anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme. Il faut dire aussi que le contexte s’y prêtait d’autant plus que le monde, en maints endroits, est actuellement secoué par des crises qui appellent à un devoir de solidarité internationale devant la détresse des peuples qui en font les frais. Il y a, du Soudan en passant par le Zimbabwe, la Somalie… jusqu’à la Birmanie, pour ne citer que ces pays, de dramatiques situations de non-assistance à peuples en danger qui exigent réaction internationale. Benoît XVI, homme d’Etat et l’homme de Dieu, on le comprend, ne peut pas croire que l’être humain ait tant perdu de son humanité et de sa religiosité qu’il puisse rester impassible devant le sort de ces peuples que des dictatures aveugles acculent à la mort lente et parfois même, violente.

Sera-t-il entendu par les citoyens du monde et par les fidèles du monde ? Rien n’est moins sûr car la vertu n’a pas avancé au même rythme que les progrès scientifiques et technologiques, et l’égoïsme, la raison d’Etat impriment toujours leur primat dans les relations internationales. Le Pape lui-même ne dénonce pas pour rien ce qu’il qualifie de « relativisme » des Nations Unies qui conduit l’institution mondiale à toujours préférer le consensus à la vérité. Que le Pape fasse sien, à la suite du religieux dominicain Francisco D. Victoria, le principe de la responsabilité de protéger, comme on comprend ses propos : «Tout État a le devoir primordial de protéger sa population contre les violations graves et répétées des droits de l’homme, de même que des conséquences de crises humanitaires liées à des causes naturelles ou provoquées par l’action de l’homme. S’il arrive que les États ne soient pas en mesure d’assurer une telle protection, il revient à la communauté internationale d’intervenir avec les moyens juridiques prévus par la Charte des Nations unies et par d’autres instruments internationaux ». Comme a déclaré Benoît XVI, «L’action de la communauté internationale … ne devrait jamais être interprétée comme une coercition injustifiée … À l’inverse, c’est l’indifférence ou la non-intervention qui causent de réels dommages ».

Mais la gouvernance du monde, sans laquelle la mise en œuvre des recommandations du Pape serait vaine, reste encore très largement au stade des balbutiements et par-dessus tout tributaire des égolâtries. Bien que de multiples facteurs commandent une organisation politique et économique du monde, avec des prérogatives supra étatiques pour le gérer dans l’optique du bien de l’humanité et même de sa survie, nous sommes en retard de réalisation, un retard qui est interprété par beaucoup comme ayant déjà dépassé tous les gaps et exposant le monde à la catastrophe finale.

La Rédaction






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