San
Finna N°459 du
14 au 20 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
INSTANCES
DU FOOTBALL BURKINABE
QUAND FRANÇOIS COMPAORE JOUE CONTRE FRANÇOIS
COMPAORE
Instances
de la CAF, USSUBF, Fédération de football,
EFO… François COMPAORE, petit frère
du Président Blaise COMPAORE par lui-même
ou par personne interposée, se retrouve presque
partout dans le milieu du football. Une volonté
d’apparaître comme le deus ex machina, seul
à même de résoudre en un coup de baguette
magique les problèmes qui minent le sport-roi au
Burkina ? Mais à supposer même que les intentions
soient louables, ne faut-il pas craindre que par excès,
un tel engagement presque sans limite ne se révèle
contre-productif ?
François
COMPAORE est membre permanent de la Confédération
Africaine de Football (CAF). Nous ne saurions dire
sur la base de quels critères cette responsabilité
lui a échu au détriment de bien de
techniciens burkinabé
François
Compaoré
reconnus
en la matière. Le fait est qu’il est
aujourd’hui le représentant du Burkina
Faso au sein de cette instance. François
COMPAORE est aussi depuis quelque temps le parrain
de l’USSUBF ( Union des sports scolaires et
universitaires). On l’a vu présider
les dernières manifestations de cette organisation,
notamment les compétitions finales ayant
eu lieu au Stade du 4 Août. Ceux qui sont
introduits dans les milieux sportifs disent qu’il
en aurait financé la tenue. François
COMPAORE est conseiller technique dans le bureau
de l’Etoile filante de Ouagadougou (EFO),
le plus populaire et l’un des plus anciens
clubs de foot du Burkina.
Le
24 Février dernier au CBC, au cours d’une
Assemblée Générale, un remaniement
partiel des instances dirigeantes dudit club permit
de ‘’libérer’’ son
président sortant, Zambende Théodore
SAWADOGO, récemment élu à la
tête de la toute nouvelle Fédération
burkinabé de football. Un Zambende Théodore
que l’on dit très ami avec François
COMPAORE, lequel semble t-il n’aurait pas
ménagé sa peine pour lui permettre
de présider aux destinées du comité
exécutif de la F.B.F. On se souvient d’ailleurs
du duel acharné qui avait opposé Monsieur
SAWADOGO au lieutenant-colonel Yacouba OUEDRAOGO,
l’autre prétendant sérieux à
ce poste, et que d’aucuns estimaient mieux
outillé et plus consensuel pour la présidence
de la fédération. Mais il faut croire
que l’actuel Directeur Général
Zambendé
Théodore SAWADOGO,
DG de la LONAB, Président de la Fédération
burkinabé de football
(PHOTO CDP)
de la LONAB est habité par une veine que
lui envieraient même ses parieurs les plus
chanceux, car au jour de l’élection,
les jeux avaient été si bien faits
en sa faveur que le lieutenant-colonel OUEDRAOGO,
ne déposa paraît-il qu’une candidature
de principe, juste bonne à octroyer un supplément
de crédibilité au scrutin. Ce qui
lui permit de lâcher les commandes de la présidence
de l’EFO pour aussitôt empoigner celles
de la F.B.F.
Hubert
YAMEOGO
(DG de la SONABHY)
Mais
pour en revenir à l’Assemblée
Générale de l’EFO du 24 Février
dernier, voici un aspect de la nouvelle structuration
des instances de ce club mises en place à
l’issue du remaniement partiel : Président
du Conseil d’administration : Lazare BANCE,
Directeur Général de la CAMEG ; 1er
vice-président : Apollinaire COMPAORE, P.D.G
de Burkina Moto ; 2è vice-président
: Jean Hubert YAMEOGO, D.G de la SONABHY ; 3è
vice-président : Sambo Antoine KOMI, député
(CDP) 4è vice-président : Tasséré
SAWADOGO, député (CDP) ; Trésorier
Général : Boureima NANA, P.D.G des
Etablissements NANA Boureima et Frères ;
Trésorier Général Adjoint :
Frank Alain KABORE, P.D.G de Neerwaya ; Président
du Comité Exécutif :
Arthur
KAFANDO, Directeur Général de la SONAPOST
; Vice-président du Comité Exécutif
: Harouna OUIBGA, Directeur Général
de l’ONEA. A signaler parmi les conseillers
techniques, Salif KABORE, Directeur Général
de la SONABEL. Une énumération qui
se passe de commentaires. Comme l’a si bien
relevé notre confrère Justin DABONE
dans la rubrique ‘’Regard sur l’actualité’’
de l’Observateur Paalga n° 7080 du 27
Février 2008, et ce en évoquant la
situation précaire actuelle de l’EFO
: ‘’Où étaient à
ce moment les hommes puissants qu’on a vu
lors de l’Assemblée Générale
? Si vous l’avez remarqué, depuis le
début du championnat, aucun d’eux ne
vient au stade à l’exception de
Salif
KABORE
(Photo Petite Academie)
Salif
L. KABORE. […..] Si ce n’est pas un
paradoxe, comment faut-il appeler cela ?’’
Nous ne lui donnons pas tort, car ce déluge
de ‘’moogo puissants’’ qui
s’est abattu sur le club Stelliste, s’ils
ne sont pas là pour satisfaire leur passion
débridée pour le football, ne figurent
pas non plus par hasard dans les structures. La
plupart d’entre eux sont bien connus, non
pas seulement pour leur poids économique
et financier, mais aussi pour leur appartenance
ou leur sympathie pour le parti au pouvoir, et par-dessus
tout, pour leur proximité avec François
COMPAORE. Il ne serait donc pas injuste de croire
que tels
des
soldats loyaux, ils auraient obéi à
des injonctions, et ce afin de servir de bras tentaculaires
à une volonté d’accaparement,
de contrôle absolu et sans nuance de François
COMPAORE sur le milieu du football burkinabé.
Membre de la C.A.F., ses amis contrôlant la
fédération, d’autres contrôlant
l’EFO, il faut se demander si François
COMPAORE, à force de volonté de puissance,
de désir de reconnaissance, à force
d’étalage de pouvoir et de moyens d’influence,
ne va pas en arriver, contrairement à ses
espérances, à susciter du dégoût,
des réactions de rejet, toutes choses pouvant
l’une dans l’autre générer
des conséquences négatives pour l’ensemble
du milieu footballistique et même sportif
d’une manière générale.
En
effet, il est aisé d’imaginer la réaction
de ces dizaines d’autres clubs ne bénéficiant
pas de tels soutiens massifs, et qui sont presque tous
logés à l’enseigne de la galère.
On connaît en général leur situation.
Certains, en début de championnat, éprouvent
toutes les peines du monde à réunir l’équipement
sportif de base pour leurs joueurs : chaussures, bas,
maillots, trousseau médical, etc… Par manque
de moyens personnels de transports, leur déplacement
dans d’autres localités pour les compétitions
relèvent d’une véritable gageure ;
leurs joueurs sont payés au lance-pierre et souvent,
une quelconque blessure peut signaler une fin de carrière,
alors qu’il aurait suffi de peu de choses pour les
rétablir. Il est donc évident que la détermination
de François COMPAORE à s’offrir un
club et à mobiliser autant de mécènes
pour le soutenir constitue un facteur d’aggravation
du déséquilibre entre les clubs. Le Burkina
ne pourrait par conséquent ne disposer que d’un
championnat boîteux, et l’E.F.O., dont on
dit que son président de frère serait un
fervent supporter, se hisserait difficilement au niveau
des meilleurs club africains en dépit d’une
débauche de moyens financiers pour le soutenir.
Il n’y a pas de grand club sans un championnat relevé
à la base.
Au
niveau de la fédération de football, si
la proximité de son tout nouveau président
avec François COMPAORE est avérée,
il sera difficile de faire admettre à l’opinion
et aux passionnés du ballon rond, que la F.B.F.
n’agirait pas sous influence. En cas de litiges
entre club appelant un arbitrage impartial de la fédération,
dans ce milieu caractérisé par la passion,
comment persuader les supporters, que ses décisions
sont dénuées de tout favoritisme ? Assurément,
cela ne peut être que source de conflits et de dissensions.
Sur le plan plus personnel, on peut comprendre que François
COMPAORE veuille marquer de son empreinte l’évolution
du football burkinabé et recueillir par ce fait
la reconnaissance de ses concitoyens. Après tout,
cela est humain. Dans ce cas, il pourrait se demander
si cette intrusion si fracassante dans le milieu du football,
si ostensiblement tapageuse et frisant le mauvais goût,
ne dessert pas plutôt qu’elle ne sert ses
intérêts. François COMPAORE pourrait
jouer contre lui-même. En cherchant à marquer
des buts, il pourrait marquer contre son propre camp et
se retrouver battu sans d’autre adversaire que lui-même.