Mise à jour le 13/04/2008
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San Finna N°459 du 14 au 20 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

ENTRETIEN AVEC CLEMENT OUEDRAOGO
DE L’ALLIANCE DES MILITAIRES RETRAITES (AMIR)

Une semaine après sa libération de la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO), le 3 avril dernier, le sergent à la retraite Clément

Manifestation des militaires retraités en décembre 2007
OUEDRAOGO a bien voulu, en marge d’une conférence de presse qu’il a tenue au Centre de Presse Norbert Zongo le 10 avril 2008, répondre à quelques-unes de nos questions. Clément Ouédraogo, droit dans ses bottes, est resté fidèle à la ligne que lui et ses camarades se sont fixée : défendre jusqu’au bout leurs intérêts à travers l’Alliance des militaires retraités.

1) Dans quelles conditions avez-vous été arrêté ?

Les deux jeunes gendarmes qui m'ont arrêté à mon domicile ont brandi une convocation qui émanait d’un Capitaine de la gendarmerie. Alors, à notre arrivée à la gendarmerie, on a saisi le Commandant qui m’a informé qu’ils avaient reçu les instructions du commissaire du gouvernement. Il a donc appelé celui-ci pour savoir ce qu’il fallait faire de moi et il a dit au Commandant de me conduire à la MACO. En cours de route, et cela après un autre coup de fil, les gendarmes m’ont ramené au camp. Il semblait que le commissaire du gouvernement ait voulu l’ordre définitif du ministre de la Défense, ce qui fut fait, et j’ai été déposé à la MACO.

2) Comment s’est passée votre détention au niveau de la MACO ?

J’étais logé au « Condamné 21 » avec d’autres prisonniers. Mon séjour à la MACO s’est passé comme ça se passe en prison. Je commence maintenant à être habitué. Même avec la garde pénitentiaire, je n’ai pas rencontré de problèmes. C’est 4 jours après qu’on est venu me conduire chez le juge d’instruction.

3) Au fait, que vous reproche-t-on ?

C’est le ministre de la Défense qui aurait déposé une plainte contre moi. J’ai appris que je serais accusé d’avoir organisé dans l’illégalité un attroupement en 2007 sur la voie publique. En plus, je serai accusé d’avoir tenu des propos diffamatoires à l’égard des Colonels Gilbert et Dominique Diendéré. On dit que j’aurais affirmé que le chef de l’Etat voulait donner suite à nos revendications mais que ce sont les deux Colonels qui s’y opposeraient. Il paraît que ces propos qu’on m’attribue auraient fait que dans les casernes, règnerait un climat malsain et qu’on ne les respecterait plus. Quand ces derniers donnent des ordres, les soldats, parait-il, refuseraient d’obéir, les tenant pour responsables de l’enlisement de leur situation.

Pour ce point, j’ai été clair : je n’ai pas d’approches avec le chef de l’Etat ni avec le ministre de la Défense pour être au parfum de questions de cette nature. Je vais vous dire : c’est une rumeur qui circule dans les casernes et les gargotes mais qui ne vient pas de moi.

Vous savez, le ministre de la Défense a dû être induit en erreur ou bien alors c’est ma personne qui dérange, ou bien il y a quelque chose qu’on veut cacher.

4) Qu’est-ce qu’on voudrait vous cacher, par exemple ?

Le bruit a couru que certains de nos camarades (les soldats Bikienga Karim et Kaboré Rakiswendé) avaient des contacts nocturnes avec le Ministre. Nous en avons même parlé en réunion de bureau et on leur avait défendu d’aller voir le ministre de la Défense pour discuter de nos revendications mais ils en ont fait à leur tête et j’ai dû boycotter la rencontre du 16 décembre 2007 avec le comité ad hoc parce que les mêmes seraient allés la veille voir encore le ministre. Si les soldats ont pu véhiculer les propos qu’on m’attribue, c’est à eux qu’il faut demander de quelles sources ils les tiennent. Le ministre aurait mieux fait, pour moi, de continuer à discuter avec le comité ad hoc pour trouver des solutions qui tiennent.

5) Que pensez-vous de la mesure portant reconstitution de la carrière des militaires ?

C’est une bonne chose car, à un moment donné, on a causé des torts à des militaires qu’on a sanctionnés injustement pour des raisons politiques. Cela leur a créé des problèmes, à eux, à leurs femmes, à leurs enfants, à leurs carrières. Si aujourd’hui, on veut reconnaître qu’on a eu tort et réparer, je loue la chose. Mais je crois que d’autres injustices existent dans l’armée et si on a eu le courage de se pencher sur le cas des gradés, on peut aussi voir le cas des petits qui se battent depuis des années pour qu’on reconnaisse leurs droits. La logique veut qu’on voie même tous les problèmes qu’il y a dans l’armée pour recentrer les choses pour un nouveau départ. Si on a eu l’idée de reconstituer la carrière de certains, il faut qu’on résolve notre problème. Nous avons participé à un forum sur la refondation et cela a été traité là-bas. C’est un ensemble d’éléments qu’il faut prendre en compte dans cette dynamique.

6) Où en êtes-vous avec votre « Alliance » ?

Nous sommes en train de finaliser nos documents. Nous allons au congrès constitutif pour désigner les membres de notre bureau et enclencher de ce pas, le processus de reconnaissance officielle.

Aristide Ouédraogo





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