ENTRETIEN
AVEC CLEMENT OUEDRAOGO
DE L’ALLIANCE DES MILITAIRES RETRAITES (AMIR)
Une
semaine après sa libération de la
Maison d’Arrêt et de Correction de
Ouagadougou (MACO), le 3 avril dernier, le sergent
à la retraite Clément |
Manifestation
des militaires retraités en décembre
2007
|
OUEDRAOGO
a bien voulu, en marge d’une conférence
de presse qu’il a tenue au Centre de Presse
Norbert Zongo le 10 avril 2008, répondre
à quelques-unes de nos questions. Clément
Ouédraogo, droit dans ses bottes, est resté
fidèle à la ligne que lui et ses
camarades se sont fixée : défendre
jusqu’au bout leurs intérêts
à travers l’Alliance des militaires
retraités. |
1)
Dans quelles conditions avez-vous été
arrêté ?
Les
deux jeunes gendarmes qui m'ont arrêté
à mon domicile ont brandi une convocation qui
émanait d’un Capitaine de la gendarmerie.
Alors, à notre arrivée à la gendarmerie,
on a saisi le Commandant qui m’a informé
qu’ils avaient reçu les instructions du
commissaire du gouvernement. Il a donc appelé
celui-ci pour savoir ce qu’il fallait faire de
moi et il a dit au Commandant de me conduire à
la MACO. En cours de route, et cela après un
autre coup de fil, les gendarmes m’ont ramené
au camp. Il semblait que le commissaire du gouvernement
ait voulu l’ordre définitif du ministre
de la Défense, ce qui fut fait, et j’ai
été déposé à la MACO.
2)
Comment s’est passée votre détention
au niveau de la MACO ?
J’étais
logé au « Condamné 21 » avec
d’autres prisonniers. Mon séjour à
la MACO s’est passé comme ça se
passe en prison. Je commence maintenant à être
habitué. Même avec la garde pénitentiaire,
je n’ai pas rencontré de problèmes.
C’est 4 jours après qu’on est venu
me conduire chez le juge d’instruction.
3)
Au fait, que vous reproche-t-on ?
C’est
le ministre de la Défense qui aurait déposé
une plainte contre moi. J’ai appris que je serais
accusé d’avoir organisé dans l’illégalité
un attroupement en 2007 sur la voie publique. En plus,
je serai accusé d’avoir tenu des propos
diffamatoires à l’égard des Colonels
Gilbert et Dominique Diendéré. On dit
que j’aurais affirmé que le chef de l’Etat
voulait donner suite à nos revendications mais
que ce sont les deux Colonels qui s’y opposeraient.
Il paraît que ces propos qu’on m’attribue
auraient fait que dans les casernes, règnerait
un climat malsain et qu’on ne les respecterait
plus. Quand ces derniers donnent des ordres, les soldats,
parait-il, refuseraient d’obéir, les tenant
pour responsables de l’enlisement de leur situation.
Pour ce point, j’ai été clair :
je n’ai pas d’approches avec le chef de
l’Etat ni avec le ministre de la Défense
pour être au parfum de questions de cette nature.
Je vais vous dire : c’est une rumeur qui circule
dans les casernes et les gargotes mais qui ne vient
pas de moi.
Vous savez, le ministre de la Défense a dû
être induit en erreur ou bien alors c’est
ma personne qui dérange, ou bien il y a quelque
chose qu’on veut cacher.
4)
Qu’est-ce qu’on voudrait vous cacher, par
exemple ?
Le
bruit a couru que certains de nos camarades (les soldats
Bikienga Karim et Kaboré Rakiswendé) avaient
des contacts nocturnes avec le Ministre. Nous en avons
même parlé en réunion de bureau
et on leur avait défendu d’aller voir le
ministre de la Défense pour discuter de nos revendications
mais ils en ont fait à leur tête et j’ai
dû boycotter la rencontre du 16 décembre
2007 avec le comité ad hoc parce que les mêmes
seraient allés la veille voir encore le ministre.
Si les soldats ont pu véhiculer les propos qu’on
m’attribue, c’est à eux qu’il
faut demander de quelles sources ils les tiennent. Le
ministre aurait mieux fait, pour moi, de continuer à
discuter avec le comité ad hoc pour trouver des
solutions qui tiennent.
5)
Que pensez-vous de la mesure portant reconstitution
de la carrière des militaires ?
C’est
une bonne chose car, à un moment donné,
on a causé des torts à des militaires
qu’on a sanctionnés injustement pour des
raisons politiques. Cela leur a créé des
problèmes, à eux, à leurs femmes,
à leurs enfants, à leurs carrières.
Si aujourd’hui, on veut reconnaître qu’on
a eu tort et réparer, je loue la chose. Mais
je crois que d’autres injustices existent dans
l’armée et si on a eu le courage de se
pencher sur le cas des gradés, on peut aussi
voir le cas des petits qui se battent depuis des années
pour qu’on reconnaisse leurs droits. La logique
veut qu’on voie même tous les problèmes
qu’il y a dans l’armée pour recentrer
les choses pour un nouveau départ. Si on a eu
l’idée de reconstituer la carrière
de certains, il faut qu’on résolve notre
problème. Nous avons participé à
un forum sur la refondation et cela a été
traité là-bas. C’est un ensemble
d’éléments qu’il faut prendre
en compte dans cette dynamique.
6)
Où en êtes-vous avec votre « Alliance
» ?
Nous
sommes en train de finaliser nos documents. Nous allons
au congrès constitutif pour désigner les
membres de notre bureau et enclencher de ce pas, le
processus de reconnaissance officielle.
Aristide
Ouédraogo