San
Finna N°457 du
31 Mars au 06 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LA
DEPIGMENTATION
UNE DETRESSE A VISAGE HUMAIN
Le
phénomène de la dépigmentation
se vit depuis plusieurs années dans notre pays
et prend de nos jours des proportions alarmantes et
inquiétantes. Ce phénomène dont
les débuts remonte dans notre pays dans les années
1985/1990. Les études sur le sujet existent bel
et bien. Mais même s’il n’y avait
pas eu d’études, la simple observation
dans les rues des grandes villes et même dans
le Burkina profond, aurait convaincu plus d’un
de la réalité du phénomène.
Femme utilisant des produits éclaircissants
(Photo http://www.soninkara.org/inc/
images/news/khessal.jpg)
Selon
les études, et cela n’étonnera
personne, la dépigmentation au Burkina
Faso concerne bien plus les femmes que les hommes.
Une étude conduite sous la direction du
professeur Adama TRAORE, chef de service de dermatologie
du Centre Hospitalier National Yalgado Ouédraogo
en 2003 a montré que les produits éclaircissants
sont fortement utilisés par les femmes
de nos grandes villes, en particulier à
Bobo-Dioulasso où une utilisation partielle
ou généralisée de ces produits
concernerait un pourcentage très important
de femmes. La même étude indique
qu’environ 10 à 15 % de demande de
soins en dermatologie concernent des problèmes
liés à l’utilisation de ces
substances, tels l’acné, l’atrophie
ou mort de la peau.
Face
à cette menace de santé publique, peu
de voix s’élèvent pour dire non.
Est-ce parce que les grands de ce pays aiment eux aussi
les ‘’femmes peintures’’ ou
est-ce parce que le commerce de ces produits leur permettent
de se remplir les poches ? Il y a bien sûr de
cela mais nous, ce qui nous préoccupe, c’est
la santé de nos sœurs.
Après la décision applaudie du Conseil
Supérieur de la Communication (CSC) suite à
l’interdiction de la publicité des produits
éclaircissants sur les écrans télé,
les ondes et les affiches en juillet 2006, on s’attendait
à une nette amélioration de la situation.
Malheureusement rien n’est encore fait et les
produits éclaircissants sont toujours vendus
officiellement sur nos marchés et la publicité
toujours faite sur des télévisions africaines
que le Burkina reçoit au vu et au su des autorités
burkinabé. Pire, nous assistons de plus en plus
à l’utilisation fréquente d’injections
faites à base de substances qui permettent de
détruire le pigment de la peau. Comme l’utilisation
des pommades demande beaucoup d’assiduité,
certaines femmes préfèrent se faire faire
des injections. Et il n’est pas donné à
n’importe qui de le faire : le coût est
aussi important que les conséquences. Dans le
temps, les adeptes se déplaçaient dans
les pays voisins pour se faire injecter mais aujourd’hui
dans les grandes villes de chez nous, c’est une
pratique qui permet à certains agents de la santé,
qui sont pourtant censés connaître toutes
les nuisances de ces produits, de se remplir les poches.
Mlle
SANOU est « Commerciale » dans une entreprise
et elle se dépigmente depuis la classe de 6è.
Elle nous a avoué qu’elle est consciente
des dangers qu’elle court en utilisant ces produits
mais qu’il est très difficile de se départir
de cette pratique. Selon elle, pour venir à bout
du phénomène de la dépigmentation,
il est nécessaire de l’étudier sous
un autre angle. La sensibilisation certes peut faire
grand-chose mais elle ne suffit pas. Elle identifie
une femme qui se dépigmente à celle qui
consomme la drogue parce que c’est une sorte de
dépendance. Pour elle, ces deux choses sont identiques
et elle pense qu’en plus de mettre l’accent
sur la sensibilisation, il faudrait trouver un cadre
pour le suivi psychosocial de ces femmes qui, pour elle
sont malades et ont besoin de soutien. Elle continue
en disant qu’elle est obsédée par
ces produits et qu’elle est sûre et certaine
qu’elle n’est pas seule à se retrouver
dans cette situation.
« Ces produits me vont parfaitement bien à
vu d’œil. Si je ne le dis pas, personne ne
peut savoir que ce n’est pas mon teint naturel.
Mais j’ai de sérieux problème. Il
ne se passe pas une semaine sans que j’ai des
égratignures que je dois de cicatriser et pendant
la chaleur, c’est pire. J’ai essayé
plusieurs fois de laisser cette pratique qui me tue
à petit feu mais je vous jure que ce n’est
pas facile. A chaque fois que j’essaie d’arrêter,
je trouve que je suis devenue une autre personne et
ça m’empêche de dormir. Quand je
veux sortir, je passe au moins une heure de temps devant
la glace, et une fois dehors j’ai l’impression
que tous les regards sont sur moi parce que je suis
devenue désagréable. Je vous assure que
ça me donne une sensation insupportable »,
finit-elle par nous confier entre deux larmes.
Elle termine en lançant un appel aux autorités
pour qu’elles prennent des mesures pour extraire
ces produits sur nos marchés ou augmenter les
taxes douanières pour leur importation. Elle
leur demande aussi de soutenir les associations de lutte
contre la dépigmentation afin qu’elles
puissent travailler correctement.