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Mise à jour le 30/03/2008
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San Finna N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

LE ROI DU BOUTHAN DEMOCRATISE SON PAYS
ET POUR PEU, ON LE JUGERAIT POUR FORFAITURE !

Le Roi du Bouthan, vous connaissez ? Très peu auraient répondu oui il y a quelques mois mais depuis, le monarque a gagné la notoriété en rentrant de façon bien singulière dans l’histoire. Après avoir fait ses humanités à Oxford où il a certainement cogité entre autres maximes sur celle de John Emerich Dalberg Lord Acton qui a fait si flores (« le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument ») il a décidé, maître incontesté de ce petit pays du fond de l’Himalaya, d’offrir à son peuple la démocratie représentative, de partager avec lui le pouvoir pour éviter les affres de la corruption absolue. ! C’est du jamais vu ! Lord Acton doit se retourner d’aise dans sa tombe. Mais si le roi croule sous les éloges de ceux qui ne tarissent pas de qualificatifs pour cet acte de renoncement sans égal, dans certains cercles notamment de nos monarques africains et de leurs courtisans, on n’a pas assez de mots durs et de dérision assez désopilante pour qualifier cet acte de prodigalité incomparable. Et pour cause !

Mon Dieu, disent-ils, quelle mouche a donc piqué le 5ème monarque Jigme Khesar Namgyel Wangchuck qui, après avoir reçu dans le berceau tout ce pouvoir absolu sans coup d’Etat, sans assassinats, sans fraudes, sans souffrances ni sacrifices d’aucune sorte, se permet -comme seuls savent le faire les enfants gâtés- de brader de la sorte un tel capital en jetant la souveraineté au peuple qui n’y pipe mot, comme on jetterait des perles aux pourceaux ? Pour les autocrates africains qui ont accompli le chemin inverse –démocratie

Le jour du vote
(Photo Reuters Desmond Boylan)

trahie, tailladée à force de sueurs, de larmes et de sang pour arriver à la monarchie élective-, c’est tout simplement un exemple dément qu’il faut absolument dénigrer pour éviter qu’il fructifie. Quelle idée déraisonnable, reprennent en chœur les courtisans qui loin de décerner le Prix Nobel à ce jouvenceau, le livreraient au bûcher, lui qui pousse le mépris du peuple jusqu’à lui imposer contre son gré la démocratie !

Des pourceaux, a-t-on dit ? Pourtant, selon notre confrère du quotidien français Le Point, même si ces derniers se sont « dits tristes de constater la fin de la monarchie absolue », ils « se réjouissaient de l'arrivée de l'idéal démocratique au pays du Dragon-Tonnerre ». Et le quotidien d’étayer son propos par des appréciations d’électeurs, recueillies sur place : "’Je suis heureux, excité et inquiet à la fois’, a avoué Chimi Lam, un employé de bureau âgé de 24 ans, portant l'habit traditionnel, jupe longue et veste de soie verte, devant un bureau de vote installé dans l'école primaire de Batesa, qui surplombe la vallée de Thimpu. Tandin Wangmo, une enseignante de 28 ans arrivée avec ses amies à 07h30 du matin, une heure et demie avant l'ouverture du scrutin, a estimé quant à elle que ce vote allait ‘créer une grande différence pour le pays’ ‘C'est véritablement extraordinaire’, a pour sa part commenté Palden Tshering, porte-parole du DPT : ‘Le peuple a vraiment fait un choix’".

Euronews fait à peu près le même constat : « Si une partie des Boutanais sont intrigués par ce vote, d'autres comme cette femme sont enthousiastes. ‘Nous avons le droit de choisir la personne qu'il faut. Je pense que la démocratie est une bonne idée’. ‘Les Bouthanais sont prêts’, estimait de son côté Luis Martinez-Betanzos, le chef adjoint de la mission d'observation de l'Union européenne avant le vote ».

Mais si ici et là en Afrique et notamment chez nous au Faso, insidieusement, on tend à brocarder cette lubie du Roi de Bouthan, ce n’est pas pour rien. Beaucoup ont aidé à construire cette démocratie de façade en contrepartie de rétributions multiples. Ce ne serait pas seulement un revers de l’histoire mais aussi de fortune si les demandes pressantes et convergentes vers le rétablissement des vrais termes de la démocratie, triomphaient ! Pour barrer la route à cette funeste éventualité et notamment à l’imitation du mauvais exemple qui vient du Bouthan, il faut en rire pour en faire rire afin de ne pas avoir à en pleurer !

Mais le mal n’est-il pas déjà fait dans ce monde connecté où tout se sait dans l’instantané par la puissance des technologies de communication d’un bout à l’autre de la planète ?

Alors, qu’on ne s’étonne pas que l’exemple du Roi bouthanais étant maintenant connu, l’on voit un jour lors d’une marche à Tin Akoff, une pancarte demandant à Blaise Compaoré de rendre au peuple son pouvoir comme le monarque vient de le faire en faveur du peuple bouthanais !

VT





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