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San Finna N°456 du 24 au 30 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LA CRISE NATIONALE
LE PAYS RATTRAPE PAR SES IMPASSES DEMOCRATIQUES

Au lendemain du 15 octobre 1987, deux choix s’offraient au nouveau pouvoir : faire sincèrement l’ouverture, la réconciliation et aller vers la démocratisation pour atténuer les circonstances dramatiques du coup d’Etat, ou retourner à une pratique plus authentique de la révolution pour corriger les déviances du régime défunt et justifier le renversement sanglant du CNR. L’option n’a pas été facile. Elle a d’abord été marquée par les hésitations, la confusion, le «lib-lib » comme on dit. Et puis, le cap de la démocratie imposé sous les pressions intérieures et extérieures conjuguées, on s’est courbé dans le sens du vent mais avec à l’esprit, de jouer au plus malin en prêtant serment à la démocratie pour mieux la trahir de l’intérieur.

De fait, cette reconnexion avec la démocratie, on la voulait telle que les intérêts des nouveaux dirigeants ne soient pas compromis. Ils sont venus par la force des armes. Bien que cela date du CSP 1982, ils n’ont pas eu le temps nécessaire de se donner des bases politiques et électorales solides. Du reste, ils n’en avaient pas beaucoup besoin pour avoir la seule force argumentaire qui comptait : les armes. D’où des résistances pour fonder un Etat de droit et de démocratie
véritable où la seule force légitime serait celle de la volonté populaire exprimée par le bulletin de vote. A ce jeu-là, les anciennes forces politiques reconstituées : MDP (ancien UNDD), UDPB (ancien RDA), CNPP (ancien FPV) risqueraient de coiffer au poteau les groupuscules communistes faiseurs de la révolution et de se retrouver à moindre frais aux affaires. Retournement d’histoire inacceptable pour beaucoup !

Blaise Compaoré
(Photo Présidence du Faso)

L’idéal aurait été alors dès le départ de construire une démocratie maîtrisée mais les résistances étaient fortes. A défaut donc d’une constitution consacrant le suffrage censitaire et certaines dispositions donnant des situations acquises aux éléments civils ou militaires du régime, on a adopté de rallier le mouvement constitutionnaliste avec des arrière-pensées.

Celles-ci ont consisté tout d’abord à reconstruire les institutions en y reproduisant des scories de la période révolutionnaire, l’objectif étant de construire une démocratie bâtarde qui emprunterait au concept de la démocratie, tout en gardant les principes de l’Etat d’exception de la révolution. Voilà qui nous a gratifié d’une constitution hybride, véhiculant des références révolutionnaires avec des proclamations démocratiques ; une constitution empruntant, en les accusant, aux principes du régime anti-partis et consulaire de la 5ème république française : bref une démocratie « Canada dry » !

Mais ce n’est pas tout : le monolithisme, la sur centralisation et la surconcentration des pouvoirs politiques et économiques opérés au bénéfice du peuple sous la révolution seront reproduits mais méthodiquement transférés aux dirigeants et alliés, par la fraude, la corruption, les violences, les viols multiples du suffrage, du pluralisme, de la constitution…

Au fil du temps et des élections, on assistera à une véritable accumulation sans précédent de méthodes anti-démocratiques, entraînant ainsi des connexions avec des complicités internationales et des réseaux les plus douteux pour déposséder l’Etat de ses biens, les individus de leurs droits démocratiques. Ce choix a incontestablement permis l’accumulation de pouvoirs, de fortunes, de relations en faisant le vide, en réduisant tout contrôle, tout dialogue démocratique. Cela a duré le temps que ça a duré, donnant même lieu à des formes d’appropriations impérialistes manifestées par l’ingérence et la tentation monarchique. Mais la désillusion a fini par se faire sentir parce que tout cela n’était en définitive construit que sur du sable. De même qu’on ne triche pas avec les lois de la physique, on ne saurait tricher durablement avec celles de la démocratie. C’est cette démonstration qui se fait actuellement à travers la crise à multiples facettes dominée par le mécontentement explosif au sein de la collectivité nationale et par cette guerre déclarée au sein du régime, avec ses tentatives d’instrumentalisation du courroux populaire à des fins de leadership et de positionnement politique interne.

En effet, le pouvoir s’est gavé de pouvoirs ; il a vidé la constitution de tout sens, investi l’espace économique, partisan, et aujourd’hui, il a écopé une indigestion, une occlusion intestinale. Il marche vers l’apoplexie. C’est la rançon de l’usure du pouvoir, de la triste leçon qu’en tout l’excès est nuisible. Ce sont aussi les conséquence d’une gestion qui a encouragé l’enrichissement à vitesse exponentielle des tenants du régime qui en viennent à toiser l’autorité de Blaise Compaoré avec d’autant plus de défi qu’en plus de l’argent, ils ont des relations économiques, militaires, médiatiques, diplomatiques et surtout ces secrets qui vous achètent jusqu’à des silences d’Etat. Munis de ces armes de destruction politique massive, ils auraient délaissé les escarmouches d’une guerre des tranchées pour des affrontements plus ouverts et plus sanglants.

Voilà où nous sommes rendus, 20 ans après les évènements du 15 Octobre, tout simplement parce qu’on n’a pas eu les intuitions pour choisir la bonne direction et que le courage a manqué de savoir résister à la cohorte des thuriféraires et des CDR mal dégrossis.

Saura-t-on, maintenant que la gueule de bois a succédé à l’ivresse, rattraper le temps perdu, corriger les erreurs accumulées ? C’est toute la question qui se pose actuellement et qui suspend les plus responsables des Burkinabé dans une interrogation anxieuse.

La Rédaction






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