Mise à jour le 23/03/2008
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San Finna N°456 du 24 au 30 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

LA CIRCULATION A OUAGA, C’EST CHACUN POUR SOI
ET DIEU POUR TOUS

Le cauchemar de l’étranger à Ouaga, c’est la route. A tel point que le « Gaou » (NDLR : broussard, plouc), ignorant son fonctionnement sauvage, n’ose pas même s’aventurer à traverser une voie. Eviter charrettes, vélos, P50, motos Ninja, taxis ou 4X4 Cherokee relève du suicide pour qui n’en a pas l’habitude. Bienvenue en enfer, dans les artères de Ouaga.

Il est 9 heures du matin. Le taxi traverse la circulaire dépassant le SIAO pour se rendre du côté de la Patte d’Oie. Agitation dans la voiture, les femmes indiquent un carrefour dangereux : « Ce matin, un boucher est mort ici, explique l’une d’elle. Il était parti acheter des intestins de bœuf, un camion l’a renversé et a roulé sur sa tête. » Une histoire glauque comme on en entend souvent à Ouaga.
Le pauvre homme va gonfler la liste de ces victimes anonymes de la route, ces gens qui ont embrassé le goudron avant de pousser leur dernier souffle. Le sort s’acharne. Quelques mètres plus loin, des branches sont couchées sur la voie annonçant un nouvel accident. Une foule s’est agglutinée tout autour. Le taxi traverse la cohue. C’est un petit garçon, un mendiant d’une dizaine d’années qui est allongé, sa boîte de tomate Salsa mal découpée à quelques centimètres de sa tête. Il perd son sang sur la chaussée et pleure. Une dame l’aurait renversée avec sa moto. Le taxi file, rapidement, mais nous laissant assez de temps pour en avoir la nausée. Un de plus qui viendra remplir les bancs de l’hôpital Yalgado, et la générosité de ses proches déterminera le temps qu’il y restera.

Le taxi continue, doublant sans hésitation un poids lourd tout droit venu du Ghana sur la voie de droite. Reste à prier qu’aucune moto ne s’engage à ce moment là ou ne se trouve quelques mètres devant. Il se rabat rapidement évitant de justesse un vélo.

Le taximan de Ouaga demeure un maître en matière de mauvaise conduite. Peu lui importe le code pourvu qu’il ait la route, et ce à n’importe quel prix. Il peut doubler rapidement alors même que le feu est rouge, n’hésite pas à s’engager à la droite de n’importe quel véhicule, quelle que soit sa taille, pour le dépasser, klaxonne à tout rompre (s’il a la chance que son klaxon marche), et ne s’épargnera pas une bagarre si un autre usager trouve ses méthodes déplacées. Une domination par la force dans un monde où code de la route rime avec anarchie, où les motos n’aiment pas patienter aux feux, et où les 4X4 roulent à tombeau ouvert au risque de ramasser dix personnes sur leur pare buffle étincelant, n’épargnant pas non plus le pauvre cycliste d’une vague de poussière sur les pistes non goudronnées. La sélection naturelle règle leur compte aux usagers un peu trop timides ou à ceux qui, au contraire, se sentaient un peu trop à leur aise, oubliant que le danger peut surgir n’importe où. A voir le nombre d’accidentés qui s’entassent aux urgences à Yalgado, couchés à même le sol, débordant souvent jusqu’à l’extérieur des bâtiments, on se dit qu’il n’y a pas lieu même de plaisanter avec ça. Personne n’est à l’abri et pourtant, tout le monde semble oublier que la seule manière d’en sortir serait d’exiger les mêmes règles de conduite à tous. Un peu moins d’égoïsme et plus de civilité quand on est sur la chaussée où chacun doit être le gardien de l’autre ; un peu d’anticipation sur les actions du véhicule nous précédant pour éviter au maximum les accidents. Car si certains vous répondent que «C’était son heure », qu’«Il faut bien mourir de quelque chose », ou que «C’est Dieu qui l’a voulu ainsi », on épargnera bien à n’importe quel Être suprême de cette planète le fait de rappeler son fils auprès de lui, faute à un inconscient d’avoir omis de jeter un œil dans son rétroviseur avant de changer de voie. Au pire de nous tous, Dieu ne peut pas souhaiter une mort aussi bête !

Fatoumata Touré





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