Mise à jour le 16/03/2008
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San Finna N°455 du 17 au 23 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

POINT DE VUE
SI LA REFONDATION EST NATIONALE
ELLE CONCERNE AUSSI L’ARMEE

La refondation que nous appelons de tous nos vœux serait inachevée, voire vaine, si elle ne s’étendait pas à une institution aussi importante que l’armée qui, de surcroît, a fortement marqué l’histoire de ce pays par ses intrusions itératives dans l’arène politique.

Prétexter du « Secret défense » pour ne pas examiner la question militaire, c’est faire le choix de la pérennisation d’une gouvernance abjecte qui mine les bases fondamentales de toute armée qui se veut véritablement républicaine, à savoir la discipline et la cohésion. Or, cela fait des années que l’Etat-major militaire s’évertue vainement à rétablir ces deux valeurs cardinales dans l’armée burkinabé en organisant des séminaires, des manifestations sportives sur ces thèmes. De tels efforts sont beaux mais inopérants parce qu’ils n’attaquent pas la racine du mal. Une thérapie conséquente n’est envisageable sans diagnostic rigoureux.

DE QUOI SOUFFRE L’ ARMEE BURKINABE ?

Depuis belle lurette, notre armée n’est plus la grande Muette comme on a coutume de le dire. Les soldats n’hésitent pas à battre le macadam quand ils ne font pas savoir leurs revendications par le crépitement des armes. Les transgressions aux astreintes statutaires comme l’obligation de réserve ne sont rien d’autre que des symptômes du malaise qui sévit actuellement dans les forces armées quand on sait que l’expression est un moyen de soulagement des souffrances infligées par l’injustice humaine.

A l’analyse, les maux les plus graves qui minent l’institution militaire tiennent sur les doigts d’une main. Il s’agit notamment de la politisation de l’armée, du clientélisme, de la corruption et de la complaisance.

- Politisation de l’armée

Elle s’observe surtout au niveau de sa haute hiérarchie où les cadres sont convaincus que l’allégeance au parti présidentiel est désormais un critère déterminant dans l’acquisition des promotions et récompenses diverses. C’est ainsi que les officiers sont de plus en plus nombreux à se rendre aux manifestations organisées par le CDP, drapés de boubous aux couleurs de ce parti quand ils n’interviennent pas dans la conduite des campagnes électorales de cette formation. Un tel zèle n’est pas sans perturber les jeunes soldats surtout quand ces derniers sont tancés pour leurs accointances supposées avec des partis d’opposition.

La compétence et l’ancienneté dans le grade le plus élevé ne sont plus des critères de référence pour les nominations aux différents postes de responsabilité. Combien sont aujourd’hui les Colonels anciens devenus turfistes invétérés du fait qu’ils sont jugés politiquement peu sûrs alors que de jeunes officiers sont promus à d’importantes fonctions ? Il y a manifestement des frustrations qui peuvent faire le lit des putschs.

- Le clientélisme

C’est un phénomène inhérent au désir des chefs d’avoir chacun ses fidèles. Dans ces conditions, les sanctions deviennent subjectives, qu’il s’agisse des récompenses ou des punitions. Cette pratique ouvre la voie aux délations les plus incroyables, aux calomnies et aux dissensions entre les hommes. Le danger dans cette pratique, c’est qu’elle recèle de graves menaces quand le fondement est religieux, ethnique ou régionaliste. Fort heureusement, de tels sentiments sont encore peu développés dans les rangs mais combien de temps cela durera-t-il encore ?

Avoir un protecteur fort, c’est une garantie de carrière réussie et paisible dans l’armée qui compte plus que la discipline et l’ardeur au travail. Cela se constate dans les avancements, les affectations, les décorations et la participation aux missions à l’étranger, bien rémunérées.

- La corruption et la cupidité

Ce sont deux maux qui vont de pair et identifiés dans les rapports entre supérieurs et subordonnés dans l’armée. Ces phénomènes résultent du désir de certains chefs militaires de constituer rapidement des fortunes colossales. Ce sont les mêmes que l’on retrouve dans le monde des affaires où ils évoluent sous différents prête-noms. Ils sont dans le transport, l’entreprenariat et l’import-export, livrant une concurrence déloyale aux honnêtes opérateurs économiques. Ce sont ces chefs qui dissipent les sommes allouées à l’entretien de leurs troupes, suscitant par moment les grognes qui débordent au sein de nos cités respectives, sans jamais être inquiétés en raison de leur parapluie politique.

- La complaisance

Habituellement, l’armée est le dernier rempart de la société en raison de sa bonne organisation et de la rigueur qui la caractérise. Or, dans l’armée burkinabé, la complaisance est aujourd’hui manifeste dans des domaines aussi importants que celui du recrutement et de la formation. On ferme les yeux sur des cas d’inaptitude avérés ou de mauvaise moralité en raison des origines familiales de la recrue. Dans ces conditions, comment s’étonner que la criminalité se généralise ? Au niveau des formations, les mêmes raisons prévalent. L’élitisme n’est plus un objectif à atteindre et la situation est plus dramatique chez les officiers où certaines sont promus à des grades qui ne correspondent pas à leur niveau de formation.

Tout cela mérite d’être revu si l’on veut construire une armée digne de ce nom, une armée véritablement républicaine, résolument orientée vers les missions qui lui sont dévolues.

D’autres problèmes auxquels il convient d’apporter des solutions en urgence sont : la question de la couverture médicale dans l’armée et celle des cantonnements.
En effet, l’idée consistant à faire supporter les charges médicales par le biais de la MUFAN (mutuelle) n’est pas juste. L’Etat doit s’offrir les moyens de se bâtir une armée valide. Or, de nos jours, il arrive que les militaires même accidentés en mission commandée, supportent personnellement les frais médicaux.

La question du casernement des troupes se pose avec acuité d’autant que la vie dans les quartiers contribue à raffermir les liens de solidarité et l’esprit de corps. On ne peu pas laisser les jeunes soldats sous l’emprise de la vie du monde civil et exiger d’eux, des comportements attendus d’un bon soldat.

Martin Congo


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