Mise à jour le 16/03/2008
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San Finna N°455 du 17 au 23 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

QUI SONT CES IMPORTATEURS DE RIZ AU FASO
BENEFICIANT D’UN MONOPOLE DE FAIT
CONTRAIREMENT A LOI PORTANT ORGANISATION DE LA CONCURRENCE ?

Faites un saut dans les grandes boutiques de votre quartier et interrogez les tenanciers sur les véritables importateurs de riz dans notre pays et ils ne trouveront pas grande chose à vous dire sinon qu’ils s’approvisionnent à Sankaryaaré auprès de David, Amado, Zidnaaba ou Zagré. Ces derniers sont effectivement des grossistes agissant dans le milieu mais ne sont pas les véritables grands importateurs qui font venir l’aliment préféré des Burkinabé de la Thaïlande, d’Inde ou tout de autre pays producteur en très grandes quantités.

Un tour dans ce marché réputé et vous comprendrez que les commerçants sont tout aussi inquiets que les consommateurs sur ces augmentations. Les mesures prises dernièrement par le gouvernement ne viennent pas leur faciliter la tache. Bien au contraire. Nous y sommes allés pour en savoir plus sur le riz. Qui l’importe au Burkina, combien sont-ils exactement dans ce marché combien juteux et pourquoi ?

Bien entendu, avant toute entreprise de ce genre, il faut avoir déjà un certain nombre d’informations. Notre surprise n’a donc pas été très grande de voir que personne ne se retient pour vous dire que dans ce pays, il n’y a que deux personnes qui évoluent correctement dans le domaine et qu’il y a à leur profit une quasi-situation de monopole. C’est deux seraient, de l’avis général, Sawadogo Mohamed de la SMAF et Innoussa Kanazoé de KANIS Internationale.

Il nous est revenu que les supervisions des stocks par le gouvernement n’ont concerné réellement que ces deux grossistes. Chacun prenant la peine ou non de désigner les commerçants qui leur ont acheté des tonnes pour que les supervisions les atteignent afin qu’ils puissent eux aussi diminuer leurs prix de vente à la clientèle. Les commerçants avouent qu’ils ont acheté dernièrement auprès de ces géants du riz le sac de riz à 13 750F. Mais un commerçant leur ayant payé plusieurs centaines de tonnes, n’a pas reçu la visite du gouvernement pour le contrôle de son stock restant ; il n’hésite donc pas à envoyer balader n’importe quel acheteur qui vient lui demander de prendre en compte les mesures du gouvernement. Il y va vertement en ces termes : « Est-ce que le gouvernement vend du riz ? S’il a du riz à vendre, alors qu’il le vende à 13 600F ! Ca, c’est pas mon problème ! »

A-t-il tort ou raison ? A vous d’en juger. Après avoir payé un sac de riz à 13 750F, fait le transport de son stock total jusqu’à son magasin à raison de 10 francs le sac, ce commerçant dit ne pas savoir ce qui viendrait le pousser (sauf subvention) à vendre ce même riz à 13 600F, pendant qu’il poursuit un bénéfice. Non mais, un commerçant n’est pas un Samaritain !

Alors allons crescendo. Pourquoi tous ces commerçants ne vont pas tous en Chine, en Inde, n’importe où pour nous envoyer du riz et qu’on en finisse ? D’ailleurs, ce serait revenir à une juste application de la loi 15/94/ADP portant organisation de la concurrence au Burkina Faso, qui dit bien que «les prix des produits des biens et des services sont libres sur toute l’étendue du territoire et déterminés par le seul jeu de la concurrence ». Une loi qui interdit plus explicitement en son Titre 3, les ententes et les abus de domination.

Ce n’est pas possible, vous rétorquera t-on si cette interrogation vous effleure les lèvres. D’abord, parce que les textes en la matière sont assez rigoureux. Pour avoir une autorisation d’emmener, il faut commander pas moins de 1.000 tonnes de riz. Et ça, comme vous le savez, c’est vraiment pas tout le monde qui peut se le permettre. De tells commandes sont mêmes minimes car les principaux importateurs ici, sont à même chacun, de faire venir tout un bateau de riz. Le bateau ayant une capacité globale de 30.000 tonnes, imaginer combien cela peut coûter, si nous admettons la tonne à 130.000F CFA. Tenez vous bien, au bas mot 3.900.000.000 F, sans compter les taxes douanières et autres formalités. D’aucuns pensent dans le milieu que si des mesures étaient prises pour que ceux qui peuvent importer même 200 tonnes aient l’autorisation de le faire, les prix allaient chuter car comme ils le disent si bien, «Tant que c’est 2 personnes qui vont continuer à nourrir tout le Burkina Faso, les choses ne peuvent pas changer ».

Selon nos informations, certains grossistes s’approvisionnaient aussi via le port de Tema et de Lomé. Avant la hausse la tonne (20 sacs de 50 kg) coûtait 178 000F, parfois même 170.000F mais de nos jours, sur les deux ports, il est quasi impossible de l’avoir à moins de 225 000F. Ce qui leur fait dire qu’après toutes les formalités (Douane, CNC, Laboratoire national…) et le transport, il ne leur est pas aisé de le vendre comme avant. Parlant du riz super, un commerçant nous avancera qu’il n’est pas possible de l’avoir actuellement sur le marché à moins de 305 000F la tonne.

Ce qui est certain, c’est que la loi du marché n’épargne pas le consommateur burkinabé. Il est laissé à lui même. Le comble, c’est qu’en plus de ne pas travailler à ce que son pouvoir d’achat soit conséquent et qu’il soit à même de supporter quelque peu les hausses, les hommes du pouvoir -véritables dirigeants de certaines entreprises- enfoncent le clou en prenant des mesures qui à terme ne vont profiter qu’à eux mêmes. Comme dirait l’autre, « en trois mois certains prendront le temps d’importer des tonnes sans taxations douanières qu’ils vont stocker et ressortir après le délais d’application de la mesure gouvernementale. Qui dit mieux ? »

Bala Sibiri





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