QUI SONT CES IMPORTATEURS DE RIZ AU FASO
BENEFICIANT D’UN MONOPOLE DE FAIT
CONTRAIREMENT A LOI PORTANT ORGANISATION DE LA CONCURRENCE
?
Faites
un saut dans les grandes boutiques de votre quartier
et interrogez les tenanciers sur les véritables
importateurs de riz dans notre pays et ils ne trouveront
pas grande chose à vous dire sinon qu’ils
s’approvisionnent à Sankaryaaré
auprès de David, Amado, Zidnaaba ou Zagré.
Ces derniers sont effectivement des grossistes agissant
dans le milieu mais ne sont pas les véritables
grands importateurs qui font venir l’aliment préféré
des Burkinabé de la Thaïlande, d’Inde
ou tout de autre pays producteur en très grandes
quantités.
Un
tour dans ce marché réputé et vous
comprendrez que les commerçants sont tout aussi
inquiets que les consommateurs sur ces augmentations.
Les mesures prises dernièrement par le gouvernement
ne viennent pas leur faciliter la tache. Bien au contraire.
Nous y sommes allés pour en savoir plus sur le
riz. Qui l’importe au Burkina, combien sont-ils
exactement dans ce marché combien juteux et pourquoi
?
Bien entendu, avant toute entreprise de ce genre, il
faut avoir déjà un certain nombre d’informations.
Notre surprise n’a donc pas été
très grande de voir que personne ne se retient
pour vous dire que dans ce pays, il n’y a que
deux personnes qui évoluent correctement dans
le domaine et qu’il y a à leur profit une
quasi-situation de monopole. C’est deux seraient,
de l’avis général, Sawadogo Mohamed
de la SMAF et Innoussa Kanazoé de KANIS Internationale.
Il nous est revenu que les supervisions des stocks par
le gouvernement n’ont concerné réellement
que ces deux grossistes. Chacun prenant la peine ou
non de désigner les commerçants qui leur
ont acheté des tonnes pour que les supervisions
les atteignent afin qu’ils puissent eux aussi
diminuer leurs prix de vente à la clientèle.
Les commerçants avouent qu’ils ont acheté
dernièrement auprès de ces géants
du riz le sac de riz à 13 750F. Mais un commerçant
leur ayant payé plusieurs centaines de tonnes,
n’a pas reçu la visite du gouvernement
pour le contrôle de son stock restant ; il n’hésite
donc pas à envoyer balader n’importe quel
acheteur qui vient lui demander de prendre en compte
les mesures du gouvernement. Il y va vertement en ces
termes : « Est-ce que le gouvernement vend du
riz ? S’il a du riz à vendre, alors qu’il
le vende à 13 600F ! Ca, c’est pas mon
problème ! »
A-t-il tort ou raison ? A vous d’en juger. Après
avoir payé un sac de riz à 13 750F, fait
le transport de son stock total jusqu’à
son magasin à raison de 10 francs le sac, ce
commerçant dit ne pas savoir ce qui viendrait
le pousser (sauf subvention) à vendre ce même
riz à 13 600F, pendant qu’il poursuit un
bénéfice. Non mais, un commerçant
n’est pas un Samaritain !
Alors allons crescendo. Pourquoi tous ces commerçants
ne vont pas tous en Chine, en Inde, n’importe
où pour nous envoyer du riz et qu’on en
finisse ? D’ailleurs, ce serait revenir à
une juste application de la loi 15/94/ADP portant organisation
de la concurrence au Burkina Faso, qui dit bien que
«les prix des produits des biens et des services
sont libres sur toute l’étendue du territoire
et déterminés par le seul jeu de la concurrence
». Une loi qui interdit plus explicitement en
son Titre 3, les ententes et les abus de domination.
Ce n’est pas possible, vous rétorquera
t-on si cette interrogation vous effleure les lèvres.
D’abord, parce que les textes en la matière
sont assez rigoureux. Pour avoir une autorisation d’emmener,
il faut commander pas moins de 1.000 tonnes de riz.
Et ça, comme vous le savez, c’est vraiment
pas tout le monde qui peut se le permettre. De tells
commandes sont mêmes minimes car les principaux
importateurs ici, sont à même chacun, de
faire venir tout un bateau de riz. Le bateau ayant une
capacité globale de 30.000 tonnes, imaginer combien
cela peut coûter, si nous admettons la tonne à
130.000F CFA. Tenez vous bien, au bas mot 3.900.000.000
F, sans compter les taxes douanières et autres
formalités. D’aucuns pensent dans le milieu
que si des mesures étaient prises pour que ceux
qui peuvent importer même 200 tonnes aient l’autorisation
de le faire, les prix allaient chuter car comme ils
le disent si bien, «Tant que c’est 2
personnes qui vont continuer à nourrir tout le
Burkina Faso, les choses ne peuvent pas changer ».
Selon nos informations, certains grossistes s’approvisionnaient
aussi via le port de Tema et de Lomé. Avant la
hausse la tonne (20 sacs de 50 kg) coûtait 178
000F, parfois même 170.000F mais de nos jours,
sur les deux ports, il est quasi impossible de l’avoir
à moins de 225 000F. Ce qui leur fait dire qu’après
toutes les formalités (Douane, CNC, Laboratoire
national…) et le transport, il ne leur est pas
aisé de le vendre comme avant. Parlant du riz
super, un commerçant nous avancera qu’il
n’est pas possible de l’avoir actuellement
sur le marché à moins de 305 000F la tonne.
Ce qui est certain, c’est que la loi du marché
n’épargne pas le consommateur burkinabé.
Il est laissé à lui même. Le comble,
c’est qu’en plus de ne pas travailler à
ce que son pouvoir d’achat soit conséquent
et qu’il soit à même de supporter
quelque peu les hausses, les hommes du pouvoir -véritables
dirigeants de certaines entreprises- enfoncent le clou
en prenant des mesures qui à terme ne vont profiter
qu’à eux mêmes. Comme dirait l’autre,
« en trois mois certains prendront le temps
d’importer des tonnes sans taxations douanières
qu’ils vont stocker et ressortir après
le délais d’application de la mesure gouvernementale.
Qui dit mieux ? »
Bala
Sibiri