Mise à jour le 16/03/2008
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San Finna N°455 du 17 au 23 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

LE DIFFEREND IVOIRIEN
LENTEURS DU DESARMEMENT
LES DESSOUS CACHES

Les gens sont fatigués de la crise. Ce ne sont pas seulement les politiques qui le disent : ce sont jusqu’aux artistes qui l’expriment par les toiles, les poèmes, les théâtres, les chansons…, et tout le monde sait que les muses et les représentations des artistes sont tapies dans le substrat social, dans le vécu quotidien des populations où ils vont les solliciter. Les gens veulent la paix et le désarmement, ça au moins c’est sûr. C’est pour cela que Laurent Gbagbo et Guillaume Soro ont eu le courage et la sagesse de se pardonner pour donner vie au dialogue direct et le convertir en un Accord de Ouagadougou, avec la cooptation avisée de Blaise Compaoré comme facilitateur au nom de la CEDEAO dans la dynamique de sortie de crise.


Opération entrant dans le cadre du désarmement
et de la paix en Côte d’Ivoire
(photo ONUCI)

On veut le désarmement mais comme on dit, vouloir n’est pas pouvoir. Et justement, si malgré l’envie partagée de l’immense majorité, on ne peut pas avoir le désarmement ici et maintenant en Côte d’Ivoire, c’est qu’il y en a qui ne le veulent pas, c’est parce qu’il y a des situations qui ne s’y prêtent pas.

Il y a d’abord, et c’est connu, au niveau des ex rebelles du Nord, l’existence de ces fortes têtes pour lesquelles les armes ont tant apporté

que leur vie ne serait plus rien s’ils s’en débarrassaient. Ensuite, on relève l’activisme de ces opérateurs économiques qui ont poussé comme des champignons en hivernage à la faveur de la crise et qui perdraient leur manne à la faveur du désarmement. On note aussi les résistances souterraines de ces politiques qui ne sont pas toujours sincères dans leurs proclamations de paix. Mais en dehors même de la Côte d’Ivoire et spécialement dans la sous région, le désarmement pourrait mettre fin à des trafics qui profitent, sinon à certains pays voisins, en tout cas à leurs ressortissants. Actuellement, il n’est pas de bon ton de parler comme par le passé des choses qui vexent, notamment du pillage des richesses de la Côte d’Ivoire par le commerce frauduleux du café-cacao-diamant… Cette réalité cependant n’a pas disparu avec l’Accord de Ouagadougou ; elle est toujours là, aux frontières avec le Mali, le Burkina Faso et sur les voies qui conduisent aux ports de Téma et de Lomé. Pour tous ceux qui sont incorporés dans ces réseaux d’exploitation, le désarmement consisterait à tuer la poule aux œufs d’or.


Enfin, il y a ceux qui, en dehors du continent, ont dès le début tiré les ficelles, donné la poudre et le canon pour maintenir des parts de marché sinon l’inféodation de l’économie ivoirienne, ils ne seraient pas mécontents que la voie choisie pour aller à la paix, qui n’est pas gratifiante pour eux, échoue après tant d’efforts au port. Et puis surtout, avec ces élections qui approchent, il y en a ici et là, politiques ou non, nationaux ou non, pour qui le non désarmement pourrait être en quelque sorte la poire qu’ils garderaient pour la soif, l’occasion qu’ils invoqueraient (au cas où…) pour contester une élection qui ne ferait pas leur affaire, pour repartir comme en l’An 40 dans la contestation armée.

Voilà qui explique qu’on parle de désarmement dans un même élan, que l’Accord de Ouagadougou et ses additifs en ont arrêté l’incontournabilité mais que pour autant, on peine à réaliser pleinement dans les faits.

Il y en a qui, pour des raisons ou d’autres, ne semblent pas se faire trop d’illusion sur le désarmement et qui conseillent de faire avec, en allant vaille que vaille aux élections. En fait, cette résistance au désarmement, et c’est là l’inquiétude de fond dont on ne parle pas trop comme pour ne pas libérer le mauvais œil, peut quelque part être entrevue comme un défi, l’ultime piège qui consisterait, en exacerbant les patiences, à pousser au-devant les extrémistes pour en revenir à la solution de sortie de crise par la reprise des armes. Sauf aux Nations Unies qui ont validé tous les accords notamment celui de Ouagadougou, à prendre en charge ce désarmement forcé, ce serait un retour dangereux à la case départ.

C’est sans doute conscientes de tout cela aussi, et de ce que cette option pourrait bénéficier de complicités (même en international) que les autorités ivoiriennes ravalent leur exaspération pour continuer à aller de l’avant.

VT





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