Mise à jour le 09/03/2008
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San Finna N°454 du 10 au 16 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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COMMUNE DE OUESSA
«ON EST PRET A MOURIR… »

La commune frontalière de Ouessa vit à l’heure d’un bras de fer entre le maire Mutan Hien, la majorité des conseillers municipaux et le Chef Sissala Nadia Pouli, les Sissala étant donc l’ethnie minoritaire autochtone de la bourgade frontalière au Ghana qu’est Hamélé. A l’origine de ce différend, la volonté de la commune de déplacer des habitations de l’aire géographique du marché afin de démarrer les travaux de construction. Voyage au cœur d’un problème qui risque de faire basculer dans la violence la bourgade si rien n’est fait.

Pour se rendre à Hamélé avec les transporteurs, il faut être patient. Le temps semble ne pas être un facteur important pour le car qui s’y rend. Même les

Le maire de Ouéssa Mutan HIEN
(Photo Ambassade de France au Burkina)
voyageurs sont suspendus à cette condition. Le mot d’ordre semble être « Pourvu qu’on arrive ! ». Donc, il faut être cloué pour 7 heures de voyage dans des conditions inconfortables et se préparer à s’arrêter à chaque village pour embarquer quelqu’un. Le car qui joue néanmoins un rôle important dans cette zone, dessert la Route régionale N° 11 et la Route nationale N° 20. Et si vous acceptez de voyager dans ces conditions, il faut vous attendre à monter sur le toit du véhicule si vous êtes vigoureux pour laisser la place à des vieillards ou à des femmes. Bref ! Un voyage Safari que nous avons donc fait pour rejoindre Hamélé afin de mieux cerner le problème.

Hamélé donc, est une bourgade importante quant à sa situation géographique avec le Ghana parce que frontalière et aussi source importante de devises pour la commune de Ouéssa dont Hamélé n’était qu’une partie de celle-ci.

Le conseil municipal a donc saisi l’opportunité que leur donne un Projet allemand FICOD pour reconstruire le marché afin d’optimiser efficacement les recettes des taxes qu’offre celui-ci, de permettre d’autres investissements telle la volonté de la Chambre de commerce de construire des magasins et des aires de dépôt, et la douane aussi. Tout cela urgence quand on sait ce que le Burkina perd dans cette affaire d’autant plus que le budget pour la construction du marché est bouclé.

Outre le fait que tous les élus UNDD se désolidarisent aujourd’hui et publiquement des velléités du maire à détruire les maisons d’habitation sur l’aire du marché afin de construire le nouveau avec environ 36 boutiques et hangars, il est reproché au maire d’être autoritaire, de gestion opaque et despotique de la mairie de Ouessa : « Il a même recruté son frère comme percepteur et gardien de la mairie », s’est écrié Birba Amado, conseiller UNDD. « Il a aussi recruté 3 chargés de mission qui le représentent partout alors qu’ils ne sont même pas des conseillers de la commune », a ajouté Dao Daouda, le président du Syndicat des transporteurs (ONT TB) ?

Le maire Mutan Hien, qui a été député pendant deux mandatures (1992-2002) nous dira que ce sont des prétextes fallacieux en ce qui concerne le cas du recrutement de son frère : « Je recrute la personne en qui j’ai confiance. Ou bien, c’est parce que c’est mon frère que je ne dois pas le recruter. Il a été pendant 6 ans, gardien au Ghana, donc il a l’expérience », nous a-t-il dit avant d’expliquer le cas des chargés de mission Baguili Dabiré, Somda Edmond, Somda François : « La mairie n’a pas de secrétaire général ; le percepteur est à Dissin à 22 km d’ici ; le contrôleur financier à Diébougou mais nous venons d’avoir un à Dano ainsi que le comptable, et c’est à 50 km. Mis à part Dabiré Victor qui est un administrateur civil en service au MATD (et moi juriste à la mairie de Ouagadougou), il n’y a presque pas de conseillers avec un bon niveau. J’ai l’expérience des communes ; c’est donc ce qui m’a amené à demander à ces cadres compétents qui apportent beaucoup à la commune de s’investir à mes côtés pour le bien de celle-ci. Que voulez-vous que je fasse ? M’asseoir et regarder ? Non j’ai pris la décision de me rendre utile pour la commune. Cela me permet aussi de rechercher des projets. Il y a même un projet d’adduction d’eau potable à l’étude. Victor Dabiré n’a participé qu’à une seule session en 2007 et c’est lui qui vient aujourd’hui (NDLR : il y avait ce même jour, le 5 mars donc, une session) me poser des questions ».

A noter au passage que Diallo Amado, notre jeune compagnon qui est en classe de 4ème, et 1er de sa classe, n’a pas monnayé son temps pour nous véhiculer et même rester en notre compagnie avec le maire Mutan Hien et son ami Mamadou Moustapha Sarr, pendant près de 4 heures d’horloge. C’est un véritable polyglotte manipulant à l’aise près de 7 langues qui nous a vraiment frappé par son intelligence et sa connaissance pointue des choses de sa commune et d’ailleurs. Mais revenons à notre affaire.

C’est légitime, dira l’incriminé, qu’il puisse savoir ce qui se passe dans sa commune puisqu’ayant eu l’onction des populations : « Il ne veut pas du tout qu’il y ait collaboration », s’indigne Victor Dabiré avant de nous confier que les accusations du maire sur le rôle négatif du parti UNDD ne sont pas fondées : « C’est faux et cela n’a pas de sens. Il cherche un bouc émissaire. Il se comporte toujours comme un CDR et son comportement ne plaît pas à la population. C’est ce qu’il a semé qu’il est en train de récolter. Présentement il s’acharne contre un élu UNDD pour récupérer par la force, son verger d’anacardier. Il vient d’adresser une lettre à Kologo Jean-Baptiste qui, en même temps, est le président des commerçants de Hamélé ».

Sur la question des raisons qui l’amènent à ne pas participer aux sessions du Conseil, il dira que « Les débats ne sont pas sincères et en plus des sacrifices qu’on peut fournir pour venir assister, le maire n’hésite pas à humilier les gens. Sinon, à chaque fois qu’il y a une session, j’informe mes camarades de ma présence ou non. De toute façon, il ne respecte rien, même pas les délais de convocation et les procédures qui s’ensuivent ».

Mais la sérieuse crise qui oppose le maire au chef Sissala, qu’en est-il exactement ?

Nadia Koffi, collecteur du marché et autochtone tente une explication : « Dans le marché, nous avons des concessions qui abritent nos fétiches et ces concessions ne peuvent pas être détruites. C’est une pratique ancestrale que nous respectons et ce n’est pas possible de les bouger ». Et le chef Sissala, un septuagénaire confirmé, que nous avons rencontré à son Palais, de dire : « Sur cette affaire de construire le marché, j’ai même écrit au Haut Commissaire. Nous avons nos fétiches dans l’aire du marché et nous ne voulons pas qu’on les touche. Le maire, nous l’avons voté, croyant qu’il allait travailler au développement de Hamélé mais je constate que c’est ma mort qu’il souhaite en voulant déplacer nos fétiches ».
Un Sissala très remonté contre le maire nous a confié : « Présentement, il n’y a pas d’eau pour construire et nous sommes démunis. Que voulez-vous qu’on fasse ? Parce qu’il veut construire le marché, il faut qu’on quitte nos concessions et aller sous les arbres avec nos fétiches ? C’est notre mort qu’il veut mais il ne sait pas ce qui l’attend ici ». Et Nadia Babenébé d’ajouter : « Il dit qu’il va amener la Police nous tuer tous ; on l’attend. Personne ne va rester sur cette terre ; on est prêt à mourir pour préserver nos coutumes ».

Les fétiches du marché de Hamélé sont à l’image de ceux-ci
(photo: http://chrineig.chez.tiscali.fr/
ouagadougou/doc_burk03.html)

Mais le maire trouve que « Dans ce pays, il n’y a pas ce coin où on a construit un marché sans bagarre » avant de nous faire une confidence : « Personne n’a autant de relation avec le Chef que moi dans cette région. Il fut un grand ami de mon défunt père. J’ai voulu gérer de façon familiale, et c’est pour ça que cela ressemble à une crise ».

Le maire soutient qu’il a entrepris plusieurs rencontres d’explication pour essayer de les infléchir, sans succès. Il dit vouloir que ceux-ci bougent sur d’autres parcelles qu’il a fait identifier, et qui se trouveraient à environ 200 mètres du marché. Avant de dire que le refus est motivé parce que « C’est l’UNDD locale qui est en train d’entuber les jeunes ». Mutan Hien affirmera qu’ « il n’y a pas de fétiche sur cette terre qu’on ne peut pas déplacer. Le chef peut nous dire ce qu’il faut apporter pour déplacer les fétiches, et nous allons nous exécuter. Là aussi, il dit ‘pas question’ ! ».

Avec un relevé topographique en main, le maire nous explique qu’une partie de ces mêmes concessions sera prise par la voie à bitumer et qu’une autre partie par les voies à dégager tout autour du marché. Mais il y a un autre problème : la partie litigieuse, qui vaut la moitié de l’aire du marché, doit être chargé (si une solution n’est pas trouvée) à cause de la voie bitumée qui sera levée. Alors si une partie est plus haute que l’autre, bonjour les inondations !

Le 7 mars dernier, le maire (accompagné du Commandant de la brigade de la gendarmerie de Ouéssa, du commissaire de Police et de ses adjoints) a encore rencontré le chef et ses administrés pour une explication sur fond de tensions perceptibles ; mais la montagne n’a accouché que d’une souris. Il consent à ne pas faire abattre l’arbre aux fétiches et d’essayer de sauver la concession de l’ancien chef de terre décédé mais c’est tout.

En tout cas, au moment où nous quittions Ouéssa aux environs de 23 h, le maire était toujours décidé à réaliser coûte que coûte son marché moderne et la population également toujours décidée à ne pas en entendre parler !

Il est donc nécessaire qu’une solution soit trouvée au plus vite afin d’éviter une situation dramatique qui pourrait virer au conflit ethnique entre Dagara majoritaire et Sissala, ethnie autochtone minoritaire et leur allié mossi et autres. Il importe aussi, si l’on décide en définitive de déplacer les populations de l’aire du marché, de prévoir des dédommagements conséquents et surtout de procéder à une large sensibilisation sur le sujet.

 

Aristide Ouédraogo


VU ET ENTENDU SUR LA ROUTE DE OUESSA

* Les services de l’Ambassade du Burkina au Ghana sont vraiment à féliciter. Avec certainement la complicité des opérateurs de téléphonie mobile, ils envoient des SMS sur les numéros d’une certaine compagnie de téléphonie (dont nous tairons le nom pour ne pas faire de publicité gratuite) pour souhaiter d’abord la bienvenue traditionnelle et aussi communiquer les numéros de l’Ambassade en cas de pépin. C’est à 20 km de la frontière que pour notre part, nous avons reçu ce message, précisément à Kolinka avant Ouéssa. Que toutes les compagnies de téléphonie s’en inspirent !

Province du Ioba (dans laquelle se situe Ouessa)
* Les transporteurs des cars inter villages du tronçon Poura-Hamélé font la fine bouche quand on fait état de la construction future d’une voie bitumée et pour cause : ils pensent que les compagnies de voyage vont encore exercer une concurrence terrible et cela risque de les voir disparaître. Les cars inter villages ont présentement le monopole du transport des passages sur ce tronçon mais on remarque tout de même la présence de la compagnie Rakieta.


* Qui a dit que les ruraux sont ignorants ? Eh bien, à l’occasion de notre mission sur Ouéssa la semaine écoulée, des passagères embarquées à Bon, une localité qui se trouve sur la route régionale n° 11 nous ont épatées par leurs connaissances pointues de l’actualité et de ce qui se décide à Ouagadougou. Nous avons été agréablement surpris d’entendre l’une d’entre elles dire que souhaitant renouveler sa pièce d’identité nationale, elle a appris qu’il y en avait de nouvelles qu’on avait mis en circulation et que pour les ruraux, c’était 500 f et les centres urbains, 2.500 f !





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