COMMUNE
DE OUESSA
«ON EST PRET A MOURIR… »
La
commune frontalière de Ouessa vit à
l’heure d’un bras de fer entre le maire
Mutan Hien, la majorité des conseillers municipaux
et le Chef Sissala Nadia Pouli, les Sissala étant
donc l’ethnie minoritaire autochtone de la bourgade
frontalière au Ghana qu’est Hamélé.
A l’origine de ce différend, la volonté
de la commune de déplacer des habitations de
l’aire géographique du marché
afin de démarrer les travaux de construction.
Voyage au cœur d’un problème qui
risque de faire basculer dans la violence la bourgade
si rien n’est fait.
Pour
se rendre à Hamélé avec
les transporteurs, il faut être patient.
Le temps semble ne pas être un facteur
important pour le car qui s’y rend. Même
les |
Le
maire de Ouéssa Mutan HIEN
(Photo Ambassade de France au Burkina) |
voyageurs
sont suspendus à cette condition. Le
mot d’ordre semble être «
Pourvu qu’on arrive ! ». Donc, il
faut être cloué pour 7 heures de
voyage dans des conditions inconfortables et
se préparer à s’arrêter
à chaque village pour embarquer quelqu’un.
Le car qui joue néanmoins un rôle
important dans cette zone, dessert la Route
régionale N° 11 et la Route nationale
N° 20. Et si vous acceptez de voyager dans
ces conditions, il faut vous attendre à
monter sur le toit du véhicule si vous
êtes vigoureux pour laisser la place à
des vieillards ou à des femmes. Bref
! Un voyage Safari que nous avons donc fait
pour rejoindre Hamélé afin de
mieux cerner le problème. |
Hamélé donc, est une bourgade importante
quant à sa situation géographique avec
le Ghana parce que frontalière et aussi source
importante de devises pour la commune de Ouéssa
dont Hamélé n’était qu’une
partie de celle-ci.
Le conseil municipal a donc saisi l’opportunité
que leur donne un Projet allemand FICOD pour reconstruire
le marché afin d’optimiser efficacement
les recettes des taxes qu’offre celui-ci, de
permettre d’autres investissements telle la
volonté de la Chambre de commerce de construire
des magasins et des aires de dépôt, et
la douane aussi. Tout cela urgence quand on sait ce
que le Burkina perd dans cette affaire d’autant
plus que le budget pour la construction du marché
est bouclé.
Outre le fait que tous les élus UNDD se désolidarisent
aujourd’hui et publiquement des velléités
du maire à détruire les maisons d’habitation
sur l’aire du marché afin de construire
le nouveau avec environ 36 boutiques et hangars, il
est reproché au maire d’être autoritaire,
de gestion opaque et despotique de la mairie de Ouessa
: « Il a même recruté son frère
comme percepteur et gardien de la mairie »,
s’est écrié Birba Amado, conseiller
UNDD. « Il a aussi recruté 3 chargés
de mission qui le représentent partout alors
qu’ils ne sont même pas des conseillers
de la commune », a ajouté Dao Daouda,
le président du Syndicat des transporteurs
(ONT TB) ?
Le maire Mutan Hien, qui a été député
pendant deux mandatures (1992-2002) nous dira que
ce sont des prétextes fallacieux en ce qui
concerne le cas du recrutement de son frère
: « Je recrute la personne en qui j’ai
confiance. Ou bien, c’est parce que c’est
mon frère que je ne dois pas le recruter. Il
a été pendant 6 ans, gardien au Ghana,
donc il a l’expérience »,
nous a-t-il dit avant d’expliquer le cas des
chargés de mission Baguili Dabiré, Somda
Edmond, Somda François : « La mairie
n’a pas de secrétaire général
; le percepteur est à Dissin à 22 km
d’ici ; le contrôleur financier à
Diébougou mais nous venons d’avoir un
à Dano ainsi que le comptable, et c’est
à 50 km. Mis à part Dabiré Victor
qui est un administrateur civil en service au MATD
(et moi juriste à la mairie de Ouagadougou),
il n’y a presque pas de conseillers avec un
bon niveau. J’ai l’expérience des
communes ; c’est donc ce qui m’a amené
à demander à ces cadres compétents
qui apportent beaucoup à la commune de s’investir
à mes côtés pour le bien de celle-ci.
Que voulez-vous que je fasse ? M’asseoir et
regarder ? Non j’ai pris la décision
de me rendre utile pour la commune. Cela me permet
aussi de rechercher des projets. Il y a même
un projet d’adduction d’eau potable à
l’étude. Victor Dabiré n’a
participé qu’à une seule session
en 2007 et c’est lui qui vient aujourd’hui
(NDLR : il y avait ce même jour, le 5 mars donc,
une session) me poser des questions ».
A noter au passage que Diallo Amado, notre jeune compagnon
qui est en classe de 4ème, et 1er de sa classe,
n’a pas monnayé son temps pour nous véhiculer
et même rester en notre compagnie avec le maire
Mutan Hien et son ami Mamadou Moustapha Sarr, pendant
près de 4 heures d’horloge. C’est
un véritable polyglotte manipulant à
l’aise près de 7 langues qui nous a vraiment
frappé par son intelligence et sa connaissance
pointue des choses de sa commune et d’ailleurs.
Mais revenons à notre affaire.
C’est légitime, dira l’incriminé,
qu’il puisse savoir ce qui se passe dans sa
commune puisqu’ayant eu l’onction des
populations : « Il ne veut pas du tout qu’il
y ait collaboration », s’indigne
Victor Dabiré avant de nous confier que les
accusations du maire sur le rôle négatif
du parti UNDD ne sont pas fondées : «
C’est faux et cela n’a pas de sens. Il
cherche un bouc émissaire. Il se comporte toujours
comme un CDR et son comportement ne plaît pas
à la population. C’est ce qu’il
a semé qu’il est en train de récolter.
Présentement il s’acharne contre un élu
UNDD pour récupérer par la force, son
verger d’anacardier. Il vient d’adresser
une lettre à Kologo Jean-Baptiste qui, en même
temps, est le président des commerçants
de Hamélé ».
Sur la question des raisons qui l’amènent
à ne pas participer aux sessions du Conseil,
il dira que « Les débats ne sont
pas sincères et en plus des sacrifices qu’on
peut fournir pour venir assister, le maire n’hésite
pas à humilier les gens. Sinon, à chaque
fois qu’il y a une session, j’informe
mes camarades de ma présence ou non. De toute
façon, il ne respecte rien, même pas
les délais de convocation et les procédures
qui s’ensuivent ».
Mais la sérieuse crise qui oppose le maire
au chef Sissala, qu’en est-il exactement ?
Nadia
Koffi, collecteur du marché et autochtone
tente une explication : « Dans le marché,
nous avons des concessions qui abritent nos
fétiches et ces concessions ne peuvent
pas être détruites. C’est
une pratique ancestrale que nous respectons
et ce n’est pas possible de les bouger
». Et le chef Sissala, un septuagénaire
confirmé, que nous avons rencontré
à son Palais, de dire : « Sur
cette affaire de construire le marché,
j’ai même écrit au Haut Commissaire.
Nous avons nos fétiches dans l’aire
du marché et nous ne voulons pas qu’on
les touche. Le maire, nous l’avons voté,
croyant qu’il allait travailler au développement
de Hamélé mais je constate que
c’est ma mort qu’il souhaite en
voulant déplacer nos fétiches
». |
Un
Sissala très remonté contre le
maire nous a confié : « Présentement,
il n’y a pas d’eau pour construire
et nous sommes démunis. Que voulez-vous
qu’on fasse ? Parce qu’il veut construire
le marché, il faut qu’on quitte
nos concessions et aller sous les arbres avec
nos fétiches ? C’est notre mort
qu’il veut mais il ne sait pas ce qui
l’attend ici ». Et Nadia Babenébé
d’ajouter : « Il dit qu’il
va amener la Police nous tuer tous ; on l’attend.
Personne ne va rester sur cette terre ; on est
prêt à mourir pour préserver
nos coutumes ». |
Les
fétiches du marché de Hamélé
sont à l’image de ceux-ci
(photo: http://chrineig.chez.tiscali.fr/
ouagadougou/doc_burk03.html) |
Mais le maire trouve que « Dans ce pays,
il n’y a pas ce coin où on a construit
un marché sans bagarre » avant de
nous faire une confidence : « Personne n’a
autant de relation avec le Chef que moi dans cette
région. Il fut un grand ami de mon défunt
père. J’ai voulu gérer de façon
familiale, et c’est pour ça que cela
ressemble à une crise ».
Le maire soutient qu’il a entrepris plusieurs
rencontres d’explication pour essayer de les
infléchir, sans succès. Il dit vouloir
que ceux-ci bougent sur d’autres parcelles qu’il
a fait identifier, et qui se trouveraient à
environ 200 mètres du marché. Avant
de dire que le refus est motivé parce que «
C’est l’UNDD locale qui est en train
d’entuber les jeunes ». Mutan Hien
affirmera qu’ « il n’y a pas
de fétiche sur cette terre qu’on ne peut
pas déplacer. Le chef peut nous dire ce qu’il
faut apporter pour déplacer les fétiches,
et nous allons nous exécuter. Là aussi,
il dit ‘pas question’ ! ».
Avec un relevé topographique en main, le maire
nous explique qu’une partie de ces mêmes
concessions sera prise par la voie à bitumer
et qu’une autre partie par les voies à
dégager tout autour du marché. Mais
il y a un autre problème : la partie litigieuse,
qui vaut la moitié de l’aire du marché,
doit être chargé (si une solution n’est
pas trouvée) à cause de la voie bitumée
qui sera levée. Alors si une partie est plus
haute que l’autre, bonjour les inondations !
Le 7 mars dernier, le maire (accompagné du
Commandant de la brigade de la gendarmerie de Ouéssa,
du commissaire de Police et de ses adjoints) a encore
rencontré le chef et ses administrés
pour une explication sur fond de tensions perceptibles
; mais la montagne n’a accouché que d’une
souris. Il consent à ne pas faire abattre l’arbre
aux fétiches et d’essayer de sauver la
concession de l’ancien chef de terre décédé
mais c’est tout.
En tout cas, au moment où nous quittions Ouéssa
aux environs de 23 h, le maire était toujours
décidé à réaliser coûte
que coûte son marché moderne et la population
également toujours décidée à
ne pas en entendre parler !
Il est donc nécessaire qu’une solution
soit trouvée au plus vite afin d’éviter
une situation dramatique qui pourrait virer au conflit
ethnique entre Dagara majoritaire et Sissala, ethnie
autochtone minoritaire et leur allié mossi
et autres. Il importe aussi, si l’on décide
en définitive de déplacer les populations
de l’aire du marché, de prévoir
des dédommagements conséquents et surtout
de procéder à une large sensibilisation
sur le sujet.
Aristide
Ouédraogo
VU
ET ENTENDU SUR LA ROUTE DE OUESSA
*
Les services de l’Ambassade du Burkina
au Ghana sont vraiment à féliciter.
Avec certainement la complicité des opérateurs
de téléphonie mobile, ils envoient
des SMS sur les numéros d’une certaine
compagnie de téléphonie (dont
nous tairons le nom pour ne pas faire de publicité
gratuite) pour souhaiter d’abord la bienvenue
traditionnelle et aussi communiquer les numéros
de l’Ambassade en cas de pépin.
C’est à 20 km de la frontière
que pour notre part, nous avons reçu
ce message, précisément à
Kolinka avant Ouéssa. Que toutes les
compagnies de téléphonie s’en
inspirent ! |
Province
du Ioba (dans laquelle se situe Ouessa)
|
*
Les transporteurs des cars inter villages du
tronçon Poura-Hamélé font
la fine bouche quand on fait état de
la construction future d’une voie bitumée
et pour cause : ils pensent que les compagnies
de voyage vont encore exercer une concurrence
terrible et cela risque de les voir disparaître.
Les cars inter villages ont présentement
le monopole du transport des passages sur ce
tronçon mais on remarque tout de même
la présence de la compagnie Rakieta. |
* Qui a dit que les ruraux sont ignorants ? Eh bien,
à l’occasion de notre mission sur Ouéssa
la semaine écoulée, des passagères
embarquées à Bon, une localité
qui se trouve sur la route régionale n°
11 nous ont épatées par leurs connaissances
pointues de l’actualité et de ce qui
se décide à Ouagadougou. Nous avons
été agréablement surpris d’entendre
l’une d’entre elles dire que souhaitant
renouveler sa pièce d’identité
nationale, elle a appris qu’il y en avait de
nouvelles qu’on avait mis en circulation et
que pour les ruraux, c’était 500 f et
les centres urbains, 2.500 f !