Mise à jour le 09/03/2008
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San Finna N°454 du 10 au 16 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

FORUM DE LA « REFONDATION » AU CBC
UNE GRANDE PARTICIPATION QUI VALIDE L'ADHESION

Comme à chaque fois que des partis politiques d’opposition et des organisations de la société civile se retrouvent pour émettre des opinions qui ne sont pas conformes à l’Evangile en vigueur, la télévision et la radio ont fait faux bond. Ce n’est pas qu’ils n’aient pas reçu les invitations. Non, là n’est pas la question, ils ont même été relancés à plusieurs reprises. C’est à peine s’ils n’ont pas bénéficié de génuflexion pour daigner porter à l’opinion nationale et internationale, une autre opinion que celle officielle par rapport à la crise et aux moyens de la résoudre. Comme toujours, la crainte des sanctions a joué et l’autocensure a agi avec d’autant plus de force, de dissuasion que le Conseil supérieur de la communication s’est fendu d’un communiqué qui ramollit les ardeurs de cette minorité de journalistes qui restaient toujours disposés à faire une petite place à la gestion plus équilibrée des opinions dans ce pays. Eh bien, au CBC, où une grande réunion avait été annoncée par les quotidiens de la place (L’Observateur-Paalga, Le Pays), par quelques radios FM, a eu lieu une concertation qui a réuni du beau monde.

Notons d’abord que la salle, pleine comme un œuf, a dû refuser du monde et que tous ceux qui sont rentrés dans la salle ont été surpris de voir le nombre de « bonnets » (NDLR : chefs coutumiers), de militaires retraités…

Cette concertation se tenait à l’initiative de l’Association des femmes pou la lutte contre la pauvreté et l’impunité (AFLPI) qui a été accompagnée dans sa démarche, par d’autres associations.

Le thème général de cette manifestation était : « La crise déclarée et le dialogue refondateur inclusif ».

Après un mot succinct de bienvenue lu par Mlle Diane Vokouma représentant la présidente de l’AFLPI, il a été donné la parole au premier conférencier.
Ce 1er conférencier, Monsieur Michel Laurent Dabiré, Cadre de banque, a tenu la salle du CBC tout ouïe avec des propos qui reflètent les réalités, le quotidien des Burkinabé. Ainsi donc, il a passé en revue tous les secteurs de la vie nationale. Il a, par des analyses très tranchantes, fait comprendre à quel point nous (Burkinabé) nous n’étions pas sur le bon chemin et qu’il fallait dès lors repenser la gouvernance.

Après un rappel historique de l’évolution politique et économique, il se demandera si avec l’avènement du processus d’Etat de droit, la justice, la gestion équitable des richesses, l’ordre… sont effectivement constatés. Sa réponse sera négative. Il parlera du « gros clivage » qu’il y a entre gouvernants et gouvernés qui fait que ces derniers ne se retrouvent plus dans les premiers et dans les institutions républicaines. Il y a aussi, pour lui, le fait que la fonction publique est fortement politisée et qu’il y a des maux qui se posent de plus en plus avec acuité : le culte du Chef, la corruption endémique, la vassalité du pouvoir judiciaire.

Il tentera, après avoir confirmé que le Burkina est sur une fausse route, de définit des pistes de solution. Il proposera d’envisager une nouvelle approche de la gouvernance qui répondrait le plus aux aspirations légitimes des Burkinabé, et cela passe par une réforme globale de l’Etat qui devrait atteindre tous les secteurs : éducatif, sanitaire, judiciaire… En un mot, pour lui, il faut tout repenser.

A ce moment, le modérateur du jour, qui n’est autre que Mr Yacouba Ouédraogo, Directeur de publication du journal « Le Citoyen », passera la parole à un magistrat bien connu dans notre pays, Mr René Bessolé Bagoro, juge au Tribunal administratif de Ouagadougou, pour la seconde communication qui portait sur la refondation de la justice burkinabé.

Pour Mr Bagoro, des critiques sont portées sur la justice burkinabé à cause de sa lenteur, sa politisation, à cause de la corruption et le manque d’indépendance qui la gangrènent. Cela, selon lui, fait que le citoyen n’a plus confiance en elle, la contourne en optant pour des voies alternatives de règlements de conflits, y compris par la vengeance.

Pour le magistrat, si une telle vision est admise, on ne peut considérer la justice burkinabé comme jouant convenablement son rôle de pilier fondamental de l’Etat de droit et, partant, du renforcement de la démocratie.

Le magistrat nous ramènera aux dates des 5, 6 et 7 octobre 1998 qui ont consacré la tenue du Forum national de la justice sur le thème « Justice au Burkina Faso : réalités et perspectives ». Il dira que l’objectif assigné aux 500 délégués présents à ce forum était d’identifier les dysfonctionnements essentiels du système judiciaire afin de contribuer à « l’existence d’un pouvoir judiciaire bien organisé, efficace, indépendant et crédible ». Le constat établi à la fin de ce forum était celui d’une justice en crise, marquée par son inefficacité et son incapacité à assurer l’indépendance de ses acteurs. Il y avait donc une réalité qui s’imposait, implacable : il fallait réformer la justice.

Depuis 2002, dira-t-il, toute une panoplie de mesures a été montée mais la justice burkinabé va mal, voire très mal aujourd’hui. Pour lui, les réformes entreprises jusque-là sont au mieux de façade, au pire marquées par une caporalisation légalisée de la justice dont les acteurs ont vu leurs libertés de citoyens réduites comme une peau de chagrin. Il lui semble alors une nécessité impérieuse que soit appliquée une thérapie de choc dont seule la refondation de la justice peut être porteuse.

Une refondation de la justice qui selon lui doit s’intéresser au texte régissant la justice et aux institutions en place. Il est selon lui indispensable qu’il soit adopté un nouveau Statut du magistrat qui permette le renforcement de l’indépendance du magistrat et rende effectif le principe de l’inamovibilité. Sur ce point, il parle aussi de la nécessité de renforcer les attributions du Conseil supérieur de la magistrature.

Plus tard, Mr Bagoro parlera de la nécessité même de la refonte des institutions judiciaires pour un renforcement de leur autonomie et de la nécessité de renforcer la position des acteurs judiciaires : amélioration des conditions de vie et de travail des acteurs judiciaires, mise en place d’une veille déontologique…

 

Thierry Nabyouré
Voir aussi l'Appel ci-dessous qui a été lancé à la fin de la rencontre

APPEL A UN DIALOGUE REFONDATEUR INCLUSIF ET REPUBLICAIN POUR JUGULER LA CRISE
(Ouagadougou, le 09 Mars 2008)

« Les évènements qui ont frappé notre pays et qui restent toujours menaçants doivent être regardés en face, sans légèreté ni volonté d’instrumentalisation aux fins de raccourcis. Ils doivent être étudiés en profondeur, en concertation nationale, si l’on veut leur trouver des solutions de fond et arrêter leur propagation dans l’avenir.
Nous sommes dans cette disposition d’esprit. C’est pourquoi nous disons que cette crise n’est pas conjoncturelle mais bien structurelle, qu’elle est liée à une embardée de la gouvernance qui se manifeste à tous les niveaux de la vie nationale : politique, économique, social…

Comme toute crise de cette nature qui souvent débouche sur des émeutes voire des révolutions, elle a été précédée par des signes avant-coureurs multiformes que sont entre autres, les déclarations/meetings/manifestations du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques, d’ALTERNANCE 2005, des syndicats, du Collectif pour la défense de la Constitution (CODECO). Elle aura été surtout annoncée par ces émeutes récurrentes contre le port du casque, contre les Kunde, contre les droits non satisfaits des militaires.

Qu’ils soient d’ordre politique, économique, social, militaire, ces actes de protestation et de violence s’en sont toujours pris aux insignes du pouvoir, à ses dirigeants et protégés. Voilà pourquoi nous disons que la crise porte en elle les éléments de protestation profonde tenant à la nature même de la gouvernance et des personnalités qui l’incarnent. Ce serait une erreur que de chercher à la circonscrire par une politique maligne de concession de quelques réformettes, essayant par là de prendre de vitesse tous ceux qui (en patriotes et républicains responsables) en appellent à un dialogue refondateur inclusif. Procéder par quelques ravalements de façade ici et là sans toucher à la question de fond des fissures de la gouvernance et sans associer toutes les composantes de la société burkinabé, aboutirait à mettre un cautère sur une jambe de bois.

Il y a certes des questions institutionnelles et politiques qui peuvent être considérées comme le tronc commun des réformes mais il y a aussi à examiner le cadre macro-économique, le domaine lié aux interventions de l’Etat en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures. Il y a aussi les questions de la sécurité collective, de la pauvreté, de l’impunité…, qui jouant en interaction, explique le mal-vivre général qui s’est exprimé à travers des émeutes. Nous ne sommes pas pour une solution de contournement de la crise.

C’est pourquoi, nous lançons cet APPEL à tous les Burkinabé organisés ou non, de toutes tendances politiques, confessionnelles, afin qu’ils s’unissent autour de l’intérêt général qu’inspire la situation présente.

A l’endroit plus spécifiquement des partis politiques, des syndicats, des mouvements de droits de l’homme, des intellectuels, des étudiants et élèves…, nous disons de faire comme tous les peuples qui ont réussi à survivre et à faire face aux enjeux collectifs de société qui les menaçaient, en se donnant pour credo l’union sacrée. En l’état actuel de la situation, le salut n’est pas dans l’attente exaltée que le fruit tombe de lui-même mais dans le dialogue refondateur inclusif et républicain.

Notre APPEL s’adresse encore et surtout aux gouvernants. Au lieu de s’enfermer dans une politique de diabolisation des manifestants et de personnalités politiques ou de la société civile, ils devraient se regarder aussi en face, reconnaître avec humilité qu’ils ont failli à leurs obligations par la violation permanente de la démocratie concurrentielle qu’ils se devaient de construire conformément à la Constitution en se gardant de tout monopole politique et économique. Leur part de responsabilité est grande dans les émeutes ! Ils ne doivent pas s’enfermer dans le « Tout répressif » et ils ne doivent surtout pas adopter une position discriminatoire aussi flagrante quand on sait que pour les dernières émeutes de militaires, non seulement ils n’ont pas sévi mais ils se sont efforcés de répondre partiellement par des contorsions budgétaires (douteuses !) qui se sont chiffrées à ce qu’on sache, à 11 milliards de FCFA.

Il ne s’agit pas en la circonstance pour le pouvoir de chercher à jouer au plus malin en passant par ces hommes liges, ces institutions formatées passablement dégradées, ayant prouvé leur inefficacité, espérant comme d’habitude, par une telle feintise, se tirer d’affaire.

La crise n’est pas seulement cette crise de gouvernement qu’on ne peut plus cacher face aux effets pervers de la surconcentration monarchique des pouvoirs et au choc des personnalités ; c’est une crise de régime, plus encore, c’est une crise de société. Des os à ronger ne feront donc pas l’affaire.

L’APPEL s’adresse enfin aux partenaires techniques et financiers. Si nous sommes dans cette situation au Burkina Faso, à l’exemple de bien d’autres peuples en Afrique, ce n’est pas seulement dû à la faute des acteurs politiques et sociaux, des gouvernants, c’est aussi parce qu’ils ont souvent eux-mêmes péché par action ou omission, par instrumentalisation de coups d’Etat, de guerres civiles, de captation des richesses des pays africains notamment par l’entremise des multinationales. C’est aussi parce qu’ils ont laissé faire en fermant les yeux sur des Constitutions tripatouillées, des élections fraudées, des crimes impunis, des biens dilapidés et transférés dans des paradis fiscaux, tout cela pour faire des affaires, vendre des armes…, c’est parce que finalement, ils ont toujours préféré à l’amitié des peuples, celle des dictateurs conciliants vis-à-vis de leurs intérêts.
S’ils veulent que les choses changent, ils doivent changer, rompre avec les pratiques et les silences du passé, abandonner ce mythe trompeur de la stabilité, de la sécurité pour mettre l’accent sur les droits de l’homme, la démocratie, la nécessité de construire une démocratie bâtie sur des contrôles efficaces, plus soucieuse d’équilibre, de dialogue, de respect de la volonté populaire ; s’ils veulent redonner des perspectives à la jeunesse, ils doivent réellement soutenir des gouvernances durables en Afrique, ne plus discriminer entre droits politiques et économiques. La seule option pour empêcher l’émigration qui les déstabilise et les obsède, faut-il le souligner par ailleurs, c’est le dialogue refondateur inclusif qui permette aux Burkinabé de se retrouver pour reconstruire un consensus autour des bases de leur gouvernance nationale délitée.

Voilà, à l’heure des frayeurs passées mais aussi à venir (ne nous y trompons pas !) l’APPEL que nous lançons afin que nous nous retrouvions pour mettre un contenu dans le Refondation, pour nous organiser uniment comme les protestataires dans leur cri de ras le bol afin de faire que de l’aspiration qu’elle est actuellement, elle devienne une réalité au service de tous.

C’est dans une action citoyenne pour la Refondation centrée sur l’essentiel que nous préserverons le Burkina Faso du chaos qui l’interpelle ».


Pour le Comité de suivi de l’APPEL du 09 mars 2008, contacter :

Roger MENSAH Tél : 70 23 85 30

Diane Patricia VOKOUMA Tél : 70 43 32 75

Sergent Clément OUEDRAOGO Tél : 70 04 99 64

Mahama KABRE , Ouidi Naaba de Kombissiri Tél : 76 57 40 11

Issa BADO Tél : 78 89 05 07






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