San
Finna N°454 du
10 au 16 Mars 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
FORUM
DE LA « REFONDATION » AU CBC
UNE GRANDE PARTICIPATION QUI VALIDE L'ADHESION
Comme
à chaque fois que des partis politiques d’opposition
et des organisations de la société civile
se retrouvent pour émettre des opinions qui ne
sont pas conformes à l’Evangile en vigueur,
la télévision et la radio ont fait faux
bond. Ce n’est pas qu’ils n’aient pas
reçu les invitations. Non, là n’est
pas la question, ils ont même été
relancés à plusieurs reprises. C’est
à peine s’ils n’ont pas bénéficié
de génuflexion pour daigner porter à l’opinion
nationale et internationale, une autre opinion que celle
officielle par rapport à la crise et aux moyens
de la résoudre. Comme toujours, la crainte des
sanctions a joué et l’autocensure a agi avec
d’autant plus de force, de dissuasion que le Conseil
supérieur de la communication s’est fendu
d’un communiqué qui ramollit les ardeurs
de cette minorité de journalistes qui restaient
toujours disposés à faire une petite place
à la gestion plus équilibrée des
opinions dans ce pays. Eh bien, au CBC, où une
grande réunion avait été annoncée
par les quotidiens de la place (L’Observateur-Paalga,
Le Pays), par quelques radios FM, a eu lieu une concertation
qui a réuni du beau monde.
Notons d’abord que la salle, pleine comme un œuf,
a dû refuser du monde et que tous ceux qui sont
rentrés dans la salle ont été surpris
de voir le nombre de « bonnets » (NDLR : chefs
coutumiers), de militaires retraités…
Cette concertation se tenait à l’initiative
de l’Association des femmes pou la lutte contre
la pauvreté et l’impunité (AFLPI)
qui a été accompagnée dans sa démarche,
par d’autres associations.
Le thème général de cette manifestation
était : « La crise déclarée
et le dialogue refondateur inclusif ».
Après un mot succinct de bienvenue lu par Mlle
Diane Vokouma représentant la présidente
de l’AFLPI, il a été donné
la parole au premier conférencier.
Ce 1er conférencier, Monsieur Michel Laurent Dabiré,
Cadre de banque, a tenu la salle du CBC tout ouïe
avec des propos qui reflètent les réalités,
le quotidien des Burkinabé. Ainsi donc, il a passé
en revue tous les secteurs de la vie nationale. Il a,
par des analyses très tranchantes, fait comprendre
à quel point nous (Burkinabé) nous n’étions
pas sur le bon chemin et qu’il fallait dès
lors repenser la gouvernance.
Après un rappel historique de l’évolution
politique et économique, il se demandera si avec
l’avènement du processus d’Etat de
droit, la justice, la gestion équitable des richesses,
l’ordre… sont effectivement constatés.
Sa réponse sera négative. Il parlera du
« gros clivage » qu’il y a entre gouvernants
et gouvernés qui fait que ces derniers ne se retrouvent
plus dans les premiers et dans les institutions républicaines.
Il y a aussi, pour lui, le fait que la fonction publique
est fortement politisée et qu’il y a des
maux qui se posent de plus en plus avec acuité
: le culte du Chef, la corruption endémique, la
vassalité du pouvoir judiciaire.
Il tentera, après avoir confirmé que le
Burkina est sur une fausse route, de définit des
pistes de solution. Il proposera d’envisager une
nouvelle approche de la gouvernance qui répondrait
le plus aux aspirations légitimes des Burkinabé,
et cela passe par une réforme globale de l’Etat
qui devrait atteindre tous les secteurs : éducatif,
sanitaire, judiciaire… En un mot, pour lui, il faut
tout repenser.
A ce moment, le modérateur du jour, qui n’est
autre que Mr Yacouba Ouédraogo, Directeur de publication
du journal « Le Citoyen », passera la parole
à un magistrat bien connu dans notre pays, Mr René
Bessolé Bagoro, juge au Tribunal administratif
de Ouagadougou, pour la seconde communication qui portait
sur la refondation de la justice burkinabé.
Pour Mr Bagoro, des critiques sont portées sur
la justice burkinabé à cause de sa lenteur,
sa politisation, à cause de la corruption et le
manque d’indépendance qui la gangrènent.
Cela, selon lui, fait que le citoyen n’a plus confiance
en elle, la contourne en optant pour des voies alternatives
de règlements de conflits, y compris par la vengeance.
Pour le magistrat, si une telle vision est admise, on
ne peut considérer la justice burkinabé
comme jouant convenablement son rôle de pilier fondamental
de l’Etat de droit et, partant, du renforcement
de la démocratie.
Le magistrat nous ramènera aux dates des 5, 6 et
7 octobre 1998 qui ont consacré la tenue du Forum
national de la justice sur le thème « Justice
au Burkina Faso : réalités et perspectives
». Il dira que l’objectif assigné aux
500 délégués présents à
ce forum était d’identifier les dysfonctionnements
essentiels du système judiciaire afin de contribuer
à « l’existence d’un pouvoir
judiciaire bien organisé, efficace, indépendant
et crédible ». Le constat établi à
la fin de ce forum était celui d’une justice
en crise, marquée par son inefficacité et
son incapacité à assurer l’indépendance
de ses acteurs. Il y avait donc une réalité
qui s’imposait, implacable : il fallait réformer
la justice.
Depuis 2002, dira-t-il, toute une panoplie de mesures
a été montée mais la justice burkinabé
va mal, voire très mal aujourd’hui. Pour
lui, les réformes entreprises jusque-là
sont au mieux de façade, au pire marquées
par une caporalisation légalisée de la justice
dont les acteurs ont vu leurs libertés de citoyens
réduites comme une peau de chagrin. Il lui semble
alors une nécessité impérieuse que
soit appliquée une thérapie de choc dont
seule la refondation de la justice peut être porteuse.
Une refondation de la justice qui selon lui doit s’intéresser
au texte régissant la justice et aux institutions
en place. Il est selon lui indispensable qu’il soit
adopté un nouveau Statut du magistrat qui permette
le renforcement de l’indépendance du magistrat
et rende effectif le principe de l’inamovibilité.
Sur ce point, il parle aussi de la nécessité
de renforcer les attributions du Conseil supérieur
de la magistrature.
Plus tard, Mr Bagoro parlera de la nécessité
même de la refonte des institutions judiciaires
pour un renforcement de leur autonomie et de la nécessité
de renforcer la position des acteurs judiciaires : amélioration
des conditions de vie et de travail des acteurs judiciaires,
mise en place d’une veille déontologique…
Thierry
Nabyouré Voir
aussi l'Appel ci-dessous qui a été lancé
à la fin de la rencontre
APPEL
A UN DIALOGUE REFONDATEUR INCLUSIF ET REPUBLICAIN POUR
JUGULER LA CRISE
(Ouagadougou, le 09 Mars 2008)
«
Les évènements qui ont frappé notre
pays et qui restent toujours menaçants doivent
être regardés en face, sans légèreté
ni volonté d’instrumentalisation aux fins
de raccourcis. Ils doivent être étudiés
en profondeur, en concertation nationale, si l’on
veut leur trouver des solutions de fond et arrêter
leur propagation dans l’avenir.
Nous sommes dans cette disposition d’esprit. C’est
pourquoi nous disons que cette crise n’est pas conjoncturelle
mais bien structurelle, qu’elle est liée
à une embardée de la gouvernance qui se
manifeste à tous les niveaux de la vie nationale
: politique, économique, social…
Comme toute crise de cette nature qui souvent débouche
sur des émeutes voire des révolutions, elle
a été précédée par
des signes avant-coureurs multiformes que sont entre autres,
les déclarations/meetings/manifestations du Collectif
des organisations démocratiques de masse et de
partis politiques, d’ALTERNANCE 2005, des syndicats,
du Collectif pour la défense de la Constitution
(CODECO). Elle aura été surtout annoncée
par ces émeutes récurrentes contre le port
du casque, contre les Kunde, contre les droits non satisfaits
des militaires.
Qu’ils soient d’ordre politique, économique,
social, militaire, ces actes de protestation et de violence
s’en sont toujours pris aux insignes du pouvoir,
à ses dirigeants et protégés. Voilà
pourquoi nous disons que la crise porte en elle les éléments
de protestation profonde tenant à la nature même
de la gouvernance et des personnalités qui l’incarnent.
Ce serait une erreur que de chercher à la circonscrire
par une politique maligne de concession de quelques réformettes,
essayant par là de prendre de vitesse tous ceux
qui (en patriotes et républicains responsables)
en appellent à un dialogue refondateur inclusif.
Procéder par quelques ravalements de façade
ici et là sans toucher à la question de
fond des fissures de la gouvernance et sans associer toutes
les composantes de la société burkinabé,
aboutirait à mettre un cautère sur une jambe
de bois.
Il y a certes des questions institutionnelles et politiques
qui peuvent être considérées comme
le tronc commun des réformes mais il y a aussi
à examiner le cadre macro-économique, le
domaine lié aux interventions de l’Etat en
matière de santé, d’éducation,
d’infrastructures. Il y a aussi les questions de
la sécurité collective, de la pauvreté,
de l’impunité…, qui jouant en interaction,
explique le mal-vivre général qui s’est
exprimé à travers des émeutes. Nous
ne sommes pas pour une solution de contournement de la
crise.
C’est pourquoi, nous lançons cet APPEL à
tous les Burkinabé organisés ou non, de
toutes tendances politiques, confessionnelles, afin qu’ils
s’unissent autour de l’intérêt
général qu’inspire la situation présente.
A l’endroit plus spécifiquement des partis
politiques, des syndicats, des mouvements de droits de
l’homme, des intellectuels, des étudiants
et élèves…, nous disons de faire comme
tous les peuples qui ont réussi à survivre
et à faire face aux enjeux collectifs de société
qui les menaçaient, en se donnant pour credo l’union
sacrée. En l’état actuel de la situation,
le salut n’est pas dans l’attente exaltée
que le fruit tombe de lui-même mais dans le dialogue
refondateur inclusif et républicain.
Notre APPEL s’adresse encore et surtout aux gouvernants.
Au lieu de s’enfermer dans une politique de diabolisation
des manifestants et de personnalités politiques
ou de la société civile, ils devraient se
regarder aussi en face, reconnaître avec humilité
qu’ils ont failli à leurs obligations par
la violation permanente de la démocratie concurrentielle
qu’ils se devaient de construire conformément
à la Constitution en se gardant de tout monopole
politique et économique. Leur part de responsabilité
est grande dans les émeutes ! Ils ne doivent pas
s’enfermer dans le « Tout répressif
» et ils ne doivent surtout pas adopter une position
discriminatoire aussi flagrante quand on sait que pour
les dernières émeutes de militaires, non
seulement ils n’ont pas sévi mais ils se
sont efforcés de répondre partiellement
par des contorsions budgétaires (douteuses !) qui
se sont chiffrées à ce qu’on sache,
à 11 milliards de FCFA.
Il ne s’agit pas en la circonstance pour le pouvoir
de chercher à jouer au plus malin en passant par
ces hommes liges, ces institutions formatées passablement
dégradées, ayant prouvé leur inefficacité,
espérant comme d’habitude, par une telle
feintise, se tirer d’affaire.
La crise n’est pas seulement cette crise de gouvernement
qu’on ne peut plus cacher face aux effets pervers
de la surconcentration monarchique des pouvoirs et au
choc des personnalités ; c’est une crise
de régime, plus encore, c’est une crise de
société. Des os à ronger ne feront
donc pas l’affaire.
L’APPEL s’adresse enfin aux partenaires techniques
et financiers. Si nous sommes dans cette situation au
Burkina Faso, à l’exemple de bien d’autres
peuples en Afrique, ce n’est pas seulement dû
à la faute des acteurs politiques et sociaux, des
gouvernants, c’est aussi parce qu’ils ont
souvent eux-mêmes péché par action
ou omission, par instrumentalisation de coups d’Etat,
de guerres civiles, de captation des richesses des pays
africains notamment par l’entremise des multinationales.
C’est aussi parce qu’ils ont laissé
faire en fermant les yeux sur des Constitutions tripatouillées,
des élections fraudées, des crimes impunis,
des biens dilapidés et transférés
dans des paradis fiscaux, tout cela pour faire des affaires,
vendre des armes…, c’est parce que finalement,
ils ont toujours préféré à
l’amitié des peuples, celle des dictateurs
conciliants vis-à-vis de leurs intérêts.
S’ils veulent que les choses changent, ils doivent
changer, rompre avec les pratiques et les silences du
passé, abandonner ce mythe trompeur de la stabilité,
de la sécurité pour mettre l’accent
sur les droits de l’homme, la démocratie,
la nécessité de construire une démocratie
bâtie sur des contrôles efficaces, plus soucieuse
d’équilibre, de dialogue, de respect de la
volonté populaire ; s’ils veulent redonner
des perspectives à la jeunesse, ils doivent réellement
soutenir des gouvernances durables en Afrique, ne plus
discriminer entre droits politiques et économiques.
La seule option pour empêcher l’émigration
qui les déstabilise et les obsède, faut-il
le souligner par ailleurs, c’est le dialogue refondateur
inclusif qui permette aux Burkinabé de se retrouver
pour reconstruire un consensus autour des bases de leur
gouvernance nationale délitée.
Voilà, à l’heure des frayeurs passées
mais aussi à venir (ne nous y trompons pas !) l’APPEL
que nous lançons afin que nous nous retrouvions
pour mettre un contenu dans le Refondation, pour nous
organiser uniment comme les protestataires dans leur cri
de ras le bol afin de faire que de l’aspiration
qu’elle est actuellement, elle devienne une réalité
au service de tous.
C’est
dans une action citoyenne pour la Refondation centrée
sur l’essentiel que nous préserverons le
Burkina Faso du chaos qui l’interpelle ».
Pour le Comité de suivi de l’APPEL du 09
mars 2008, contacter :