Mise à jour le 02/03/2008
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Hebdomadaire burkinabè paraissant le Lundi
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San Finna N°453 du 03 au 09 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

Tribune de la femme

* Pendant que le pays est en surchauffe, on n’entend ni le chef de l’Etat ni son premier Ministre. Des voix s’élèvent : est-ce acceptable qu’ils soient ainsi silencieux ? Par ailleurs, on montre en boucle sur la chaîne dite du plaisir partagé, Blaise Compaoré et des membres de sa famille en train de faire divers exercices de sport. On se dit qu’il s’est peut-être agi de démentir les propos de notre confrère l’Evènement qui parle d’une santé défaillante du numéro un du pays mais si c’est vrai, on se demande si cette stratégie de communication par ces temps qui courent était la meilleure ! A moins qu’au contraire, on ait décidé de faire comme si tout va bien, que les problèmes sont derrière nous : on pourrait alors quasiment assimiler cela à du cynisme !

* En tout cas, ce n’est pas qu’à la télévision qu’on a relevé ces séances de sport ; depuis quelque temps, on montre de plus en plus dans la presse écrite, nos gouvernants en train de courir, de se lancer le ballon, avec des appréciations tout à fait positives et même parfois rigolotes, sans oublier nombre de photos bien choisies. Sauf erreur de notre part, le sport de masse obligatoire n’a pas été remis au goût du jour par le pouvoir. Bien vrai que le sport, ça a beaucoup de bon mais il y a aussi d’autres sujets plus importants : n’en fait-on pas un peu trop au risque de faire penser à une publicité gratuite des responsables du pays ? Voilà qui devrait aussi inspirer le CSC !

* Au cours du journal télévisé de 20 heures, à la TNB, vendredi dernier, le Conseil supérieur de la communication (CSC) s’est fendu d’un communiqué (que San Finna a reçu au moment de boucler la présente édition) et dont la lecture n’a pas manqué d’indigner plus d’un. Comme si les maladresses gouvernementales du moment ne suffisaient pas, le CSC se donne le droit de mettre en garde contre toute diffusion, présentation d’images ou d’émissions tendant à entretenir voire à aggraver le climat de tensions relatif aux manifestations. Le ton du communiqué dispense des menaces plus ou moins voilées à l’encontre d’éventuels contrevenants. Il faut que le CSC comprenne, une fois pour toutes, que nous sommes sortis de l’ère des opinions planifiées. Les médias burkinabé n’ont pas attendu un quelconque avis du CSC pour se montrer professionnels dans la couverture des récents évènements, et si d’aventure, certaines dérives avaient pu être constatées, il aurait été plus judicieux que les remarques soient directement faites à leurs auteurs. Cela seul pourrait éviter au CSC de se croire contraint au zèle pour donner l’impression de ne pas être en reste !

* Près de 200 personnes à Bobo et une soixantaine à Ouagadougou ont été interpellées suite aux troubles. On les maintient en détention, affirmant haut et fort que les sanctions tomberont et qu’ils paieront jusqu’au dernier sou pour les dégâts causés. Ne vaudrait-il pas mieux mettre tout cela aux pertes et profits, les libérer pour calmer les tensions ce d’autant qu’on voit difficilement comment des jeunes qui se cherchent, sans argent, sans boulot, pourront débourser des sommes faramineuses pour les dégâts occasionnés à l’occasion des émeutes ? C’est tout simplement du rêve !

* Comme on le sait, la semaine écoulée, les autorités ont entamé des discussions tous azimuts sur la vie chère avec les différentes couches des populations du pays. La Fédération des Eglises et Missions évangéliques (FEME) a été approchée et le président de la FEME, Pasteur Jean Pawentaoré Ouédraogo, a informé que la fédération allait organiser une prière regroupant environ 5000 fidèles en vue d’implorer la grâce de Dieu et désamorcer cette crise, voire amener la pluie qui pourrait amoindrir les choses. On voit et on entend de tout dans ce pays des hommes intègres : Dieu sauve ses brebis mais aussi ses pasteurs !

* La jeune ministre « colored » française, Rama Yade, vient de se plaindre concernant les propos qu’on aurait eu sur elle pendant la campagne pour les municipales : "Cette gauche qui dit défendre les modestes, les minorités et les immigrés, c’est cette gauche qui s’en prend à moi parce que je suis noire." Pour des médias, ce n’est pas bien qu’elle se victimise ainsi surtout qu’ hier elle dénonçait justement la victimisation dont se disait être l’objet Ségolène Royal ! Et comme pour ne pas arranger les choses, voilà notre sénégalo-française qui vient de rétracter purement et simplement les propos qu’elle a tenus en public, soutenant l’idée d’un maire UMP d’utiliser des produits répulsifs pour chasser les SDF (Sans domicile fixe) de sa ville ! Pour une ministre chargée des droits humains, c’est vraiment mal placé que d’agréer des produits qu’on n’utilise que pour chasser des animaux. Sans oublier que ce reniement en deux temps, trois mouvements n’est pas à son honneur.

* Chez nous, le Conseil supérieur de la communication était à Dori la semaine écoulée et a annoncé une bonne nouvelle qu’il faut féliciter car elle rejoint nos préoccupations plusieurs fois rapportées : il va engager une réflexion sur la gestion équitable des recettes publicitaires. Ce sera dans le domaine de l’audiovisuel. Bravo donc mais n’oublions pas aussi la presse écrite. On n’enterre pas un cadavre en laissant ses pieds hors de la tombe, pardi !

* On n’arrête pas dans notre pays de dénoncer la corruption ici et là mais si on remarque bien, on ne va jamais jusqu’au bout en donnant publiquement les noms des corrompus et des corrupteurs. C’est vrai que ce n’est pas facile mais si on veut faire une omelette, il faut bien casser des œufs ! On vient de lire par exemple cette semaine qu’un commerçant véreux n’a payé que 90.000 fcfa dans une affaire qui lui a rapporté près de 100 millions fcfa, ceci grâce à de fortes magouilles au niveau de la douane. Mais voilà, ça n’ira pas plus loin ! Pourquoi chaque dossier du genre, puisqu’on en a connaissance au niveau de l’opinion, n’est pas pris d’office en main par les services du premier ministère qui ferait savoir, après enquêtes, si c’est vrai ou faux ? Si c’est faux, des excuses s’imposent et si c’est vrai, il faut le dire haut et fort, annoncer immédiatement une enquête et informer des suites, faire donc état de la procédure, du début à la fin ! A Bagassi, où selon notre confrère Sidwaya, le maire est accusé de malversations financières par des conseillers municipaux, on pourrait tester la chose. A bon entendeur…

* La Banque Mondiale a décidé, salutaire innovation, de rencontrer des opposants au Burkina Faso pour parler de la bonne gouvernance. Les émissaires affectés à la tâche ont dû être servis. On se souviendra en effet de cette sortie d’Annouchka Yaméogo, Secrétaire nationale chargée de l’économie et du développement de l’UNDD contre les appréciations dithyrambiques de la banque au sujet de la démocratie parlementaire !

* L’Union africaine va intervenir militairement à Anjouan, une des îles des Comores, pour rétablir la légalité suite au coup d’Etat réalisé en juin 2007 par Mohamed Bacar qui a organisé un scrutin jugé illégal pour se maintenir au pouvoir. Bonne chose mais on se dit qu’il n’y a pas de quoi pavoiser car on a le sentiment que c’est uniquement pour tirer les marrons du feu, l’opération s’avérant plus que facile dans cette minuscule île de 600.000 âmes surtout que la France a promis d’apporter son aide pour rétablir la légalité.

* On a entendu sur la chaîne française France 2, une journaliste, Christine Bravo pour ne pas la citer, tenir des propos très durs concernant le frère de Fidel Castro, Raul, qui vient d’accéder officiellement au pouvoir. Pour elle, il est tout simplement fou, et à toutes ses argumentations, elle en rajoute une qui, pour elle, devrait persuader qu’elle est dans le vrai : il torturait les chats quand il était petit, allant même jusqu’à leur crever les yeux. Quelle horreur en effet ! Mais espérons que la grande journaliste saura aussi s’émouvoir en public et avec les mêmes transports, sur le cas de ces enfants africains dont on coupe les jambes, qu’on viole, qu’on tue, que l’on convertit en esclaves sexuels ou en enfants soldats en laissant faire, pour raisons d’affaires, des dictateurs passés maîtres dans ces exactions !

* Blaise Compaoré vient d’accorder un entretien à "Géopolitique africaine". A une question de politique intérieure relative à la mouvance et à l’opposition et à ses rapports avec cette dernière, le chef de l’Etat répondra : « … nous avons toujours essayé de rassembler les Burkinabè autour des grands enjeux du développement. L’opposition est bien entendu composée des partis qui ne partagent pas notre vision. Cela n’empêche pas que sur les grandes questions nationales, nous les consultions, au même titre que la société civile, les autorités religieuses et les chefs traditionnels. En 2000, l’Assemblée nationale a voté une loi portant statut de l’opposition. Ce statut lui garantit clairement l’accès aux médias de service public, notamment pendant les campagnes électorales. En outre, les partis de l’opposition bénéficient, dans les mêmes conditions que ceux de la majorité, du financement public ». « No comment », notamment au vu de ce que le pays vit en ce moment !

* Le nombre de morts par méningite ne cesse d’augmenter : on parlait de 200 morts il y a peu mais les autorités sanitaires viennent d’informer l’opinion que 308 personnes sont mortes de méningite au 27 février et ce, depuis début janvier !

* Décidément, on aura tout vu au Faso. Quand on dit que la coutume et le maraboutage ont la peau dure en Afrique, ce ne sont pas des racontars. Dans un quartier des alentours du Secteur 14 de Ouagadougou, un incendie se déclare dans une cour polygame et cela devient un sujet à polémique. Le chef de famille fait alors venir un marabout pour dégager les responsabilités. Toute la famille est convoquée un dimanche matin en présence du grand marabout. Une des femmes voyant venir une machination, rentre dans sa chambre et sort avec le Saint Coran. Elle demande alors au marabout de jurer sur le Coran avant de situer les responsabilités. Le marabout refuse malgré les injonctions du chef de famille et des nombreux badauds venus assister au jugement occulte. La pression devient plus soutenue, le marabout se lève, prend son vélo et s’en va sous d’autres cieux. Qui a dit que les textes sains ne foutent pas la trouille aux apprentis sorciers ?

* Dans notre numéro 451 du 18 au 24 févier 2008, nous évoquions l’aide que l’Etat burkinabé entendait apporter à la SOTRACO. A ce propos, nos lecteurs ont pu lire que la SOTRACO serait en possession des 100 nouveaux bus au deuxième trimestre 2008. Il fallait plutôt comprendre le deuxième semestre. Toutes nos excuses à la SOTRACO et à nos lecteurs pour cette erreur !

* Rappelez-vous ce mot car vous en entendrez sûrement parler : « Fitna ». C’est le titre d’un film sur le Coran que réalise un député néerlandais (Geert Wilders) et qui risque de créer une polémique mondiale. « Fitna » est un mot arabe qui veut dire « épreuve » et il dure 15 mn. On sait que depuis quelque temps, la polémique autour des caricatures du prophète Mahomet a resurgi aux Pays-Bas avec des menaces de mort contre des caricaturistes qui n’entendraient pas se soumettre à la censure sur le sujet. On peut imaginer que « Fitna » prend la défense, dans son documentaire, des journalistes et autres caricaturistes menacés dans leur liberté ! Les autorités du pays ont franchement peur des dégâts politiques et économiques qui pourraient suivre la diffusion dudit film. Mais le député y tient autant qu’à sa vie, semble-t-il, et la liberté de la presse est sacrée au pays de la Reine Beatrix Wilhelmina Armgard van Oranje-Nassau.

* Chez nous, l’article du Père Jacques Lacour, publié dans Le Pays du 26 février dernier sous le titre « La détresse des administrés », est un petit chef-d’œuvre d’écriture mais aussi un article qui sent la vérité et le bon sens. Son analyse sur les amendes négociées avec la police, a fait particulièrement tilt car un ami de San Finna nous racontait, pratiquement au même moment, la même chose : on l’a arrêté avec sa mobylette à cause d’un mauvais stationnement (encore qu’il contestait la faute) et il a fallu qu’il négocie car entre payer l’amende (on lui demandait dans les 6.000 f) et donner 2.000 f, comme on dit, y a pas match. Il a accepté la proposition du corrupteur, devenant par le fait même, un corrompu, et il a repris sa route tranquillement. Eh bien, nous partageons totalement la proposition du Père Lacour qui est tout simplement de demander aux autorités la réduction de la pénalité au tarif général de la « transaction » mais avec un reçu à la clef. Ce sera de l’argent en moins pour les corrupteurs et de l’argent en plus pour les caisses de l’Etat. Monsieur le premier Ministre, et si vous teniez compte de cette suggestion ?

* Il semble que Blaise Compaoré serait actuellement privé d’informations. La technique utilisée serait de tellement résumer les informations reçues qu’elles seraient privées de leur substantifique moelle.

* Il paraît que pendant les émeutes, notre Simon national, qui aime toujours être au-devant de la mêlée avec ses troupes, aurait reçu un coup de caillou dans l’abdomen qui l’aurait drôlement secoué. C’est bien de donner l’exemple à chaque fois que ça caille dans la baraque mais faut faire attention à ce que la prochaine fois, ce ne soit pas la tête qui prenne le coup : ça pourrait être fatal. On a beau ne pas aimer toutes les méthodes du maire (Simon au four et au moulin, dégageant avec un balai la chaussée des gravats, courant après les casseurs un gourdin à la main et son pistolet à la hanche et prenant au besoin les murs pour sauver sa peau, ça fait partie maintenant du cadre de vie !

* Et pour finir, saluons cette lueur d’espoir au Kenya. Kofi Annan, il faut le lui reconnaître, voit sa peine payée en retour avec l’accord signé par les deux acteurs de la vie nationale : Kibaki et Odinga. Il faudrait souhaiter que dans les nombreuses crises que le continent connaît, il y ait cette disposition de n’avoir pour souci que le seul intérêt des peuples et non celui des gouvernants et des puissances extérieures qui les soutiennent.





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