*
Pendant que le pays est en surchauffe, on n’entend
ni le chef de l’Etat ni son premier Ministre.
Des voix s’élèvent : est-ce acceptable
qu’ils soient ainsi silencieux ? Par ailleurs,
on montre en boucle sur la chaîne dite du plaisir
partagé, Blaise Compaoré et des membres
de sa famille en train de faire divers exercices de
sport. On se dit qu’il s’est peut-être
agi de démentir les propos de notre confrère
l’Evènement qui parle d’une santé
défaillante du numéro un du pays mais
si c’est vrai, on se demande si cette stratégie
de communication par ces temps qui courent était
la meilleure ! A moins qu’au contraire, on ait
décidé de faire comme si tout va bien,
que les problèmes sont derrière nous :
on pourrait alors quasiment assimiler cela à
du cynisme !
* En tout cas, ce n’est pas qu’à
la télévision qu’on a relevé
ces séances de sport ; depuis quelque temps,
on montre de plus en plus dans la presse écrite,
nos gouvernants en train de courir, de se lancer le
ballon, avec des appréciations tout à
fait positives et même parfois rigolotes, sans
oublier nombre de photos bien choisies. Sauf erreur
de notre part, le sport de masse obligatoire n’a
pas été remis au goût du jour par
le pouvoir. Bien vrai que le sport, ça a beaucoup
de bon mais il y a aussi d’autres sujets plus
importants : n’en fait-on pas un peu trop au risque
de faire penser à une publicité gratuite
des responsables du pays ? Voilà qui devrait
aussi inspirer le CSC !
* Au cours du journal télévisé
de 20 heures, à la TNB, vendredi dernier, le
Conseil supérieur de la communication (CSC) s’est
fendu d’un communiqué (que San Finna a
reçu au moment de boucler la présente
édition) et dont la lecture n’a pas manqué
d’indigner plus d’un. Comme si les maladresses
gouvernementales du moment ne suffisaient pas, le CSC
se donne le droit de mettre en garde contre toute diffusion,
présentation d’images ou d’émissions
tendant à entretenir voire à aggraver
le climat de tensions relatif aux manifestations. Le
ton du communiqué dispense des menaces plus ou
moins voilées à l’encontre d’éventuels
contrevenants. Il faut que le CSC comprenne, une fois
pour toutes, que nous sommes sortis de l’ère
des opinions planifiées. Les médias burkinabé
n’ont pas attendu un quelconque avis du CSC pour
se montrer professionnels dans la couverture des récents
évènements, et si d’aventure, certaines
dérives avaient pu être constatées,
il aurait été plus judicieux que les remarques
soient directement faites à leurs auteurs. Cela
seul pourrait éviter au CSC de se croire contraint
au zèle pour donner l’impression de ne
pas être en reste !
* Près de 200 personnes à Bobo et une
soixantaine à Ouagadougou ont été
interpellées suite aux troubles. On les maintient
en détention, affirmant haut et fort que les
sanctions tomberont et qu’ils paieront jusqu’au
dernier sou pour les dégâts causés.
Ne vaudrait-il pas mieux mettre tout cela aux pertes
et profits, les libérer pour calmer les tensions
ce d’autant qu’on voit difficilement comment
des jeunes qui se cherchent, sans argent, sans boulot,
pourront débourser des sommes faramineuses pour
les dégâts occasionnés à
l’occasion des émeutes ? C’est tout
simplement du rêve !
* Comme on le sait, la semaine écoulée,
les autorités ont entamé des discussions
tous azimuts sur la vie chère avec les différentes
couches des populations du pays. La Fédération
des Eglises et Missions évangéliques (FEME)
a été approchée et le président
de la FEME, Pasteur Jean Pawentaoré Ouédraogo,
a informé que la fédération allait
organiser une prière regroupant environ 5000
fidèles en vue d’implorer la grâce
de Dieu et désamorcer cette crise, voire amener
la pluie qui pourrait amoindrir les choses. On voit
et on entend de tout dans ce pays des hommes intègres
: Dieu sauve ses brebis mais aussi ses pasteurs !
* La jeune ministre « colored » française,
Rama Yade, vient de se plaindre concernant les propos
qu’on aurait eu sur elle pendant la campagne pour
les municipales : "Cette gauche qui dit défendre
les modestes, les minorités et les immigrés,
c’est cette gauche qui s’en prend à
moi parce que je suis noire." Pour des médias,
ce n’est pas bien qu’elle se victimise ainsi
surtout qu’ hier elle dénonçait
justement la victimisation dont se disait être
l’objet Ségolène Royal ! Et comme
pour ne pas arranger les choses, voilà notre
sénégalo-française qui vient de
rétracter purement et simplement les propos qu’elle
a tenus en public, soutenant l’idée d’un
maire UMP d’utiliser des produits répulsifs
pour chasser les SDF (Sans domicile fixe) de sa ville
! Pour une ministre chargée des droits humains,
c’est vraiment mal placé que d’agréer
des produits qu’on n’utilise que pour chasser
des animaux. Sans oublier que ce reniement en deux temps,
trois mouvements n’est pas à son honneur.
* Chez nous, le Conseil supérieur de la communication
était à Dori la semaine écoulée
et a annoncé une bonne nouvelle qu’il faut
féliciter car elle rejoint nos préoccupations
plusieurs fois rapportées : il va engager une
réflexion sur la gestion équitable des
recettes publicitaires. Ce sera dans le domaine de l’audiovisuel.
Bravo donc mais n’oublions pas aussi la presse
écrite. On n’enterre pas un cadavre en
laissant ses pieds hors de la tombe, pardi !
* On n’arrête pas dans notre pays de dénoncer
la corruption ici et là mais si on remarque bien,
on ne va jamais jusqu’au bout en donnant publiquement
les noms des corrompus et des corrupteurs. C’est
vrai que ce n’est pas facile mais si on veut faire
une omelette, il faut bien casser des œufs ! On
vient de lire par exemple cette semaine qu’un
commerçant véreux n’a payé
que 90.000 fcfa dans une affaire qui lui a rapporté
près de 100 millions fcfa, ceci grâce à
de fortes magouilles au niveau de la douane. Mais voilà,
ça n’ira pas plus loin ! Pourquoi chaque
dossier du genre, puisqu’on en a connaissance
au niveau de l’opinion, n’est pas pris d’office
en main par les services du premier ministère
qui ferait savoir, après enquêtes, si c’est
vrai ou faux ? Si c’est faux, des excuses s’imposent
et si c’est vrai, il faut le dire haut et fort,
annoncer immédiatement une enquête et informer
des suites, faire donc état de la procédure,
du début à la fin ! A Bagassi, où
selon notre confrère Sidwaya, le maire est accusé
de malversations financières par des conseillers
municipaux, on pourrait tester la chose. A bon entendeur…
* La Banque Mondiale a décidé, salutaire
innovation, de rencontrer des opposants au Burkina Faso
pour parler de la bonne gouvernance. Les émissaires
affectés à la tâche ont dû
être servis. On se souviendra en effet de cette
sortie d’Annouchka Yaméogo, Secrétaire
nationale chargée de l’économie
et du développement de l’UNDD contre les
appréciations dithyrambiques de la banque au
sujet de la démocratie parlementaire !
* L’Union africaine va intervenir militairement
à Anjouan, une des îles des Comores, pour
rétablir la légalité suite au coup
d’Etat réalisé en juin 2007 par
Mohamed Bacar qui a organisé un scrutin jugé
illégal pour se maintenir au pouvoir. Bonne chose
mais on se dit qu’il n’y a pas de quoi pavoiser
car on a le sentiment que c’est uniquement pour
tirer les marrons du feu, l’opération s’avérant
plus que facile dans cette minuscule île de 600.000
âmes surtout que la France a promis d’apporter
son aide pour rétablir la légalité.
* On a entendu sur la chaîne française
France 2, une journaliste, Christine Bravo pour ne pas
la citer, tenir des propos très durs concernant
le frère de Fidel Castro, Raul, qui vient d’accéder
officiellement au pouvoir. Pour elle, il est tout simplement
fou, et à toutes ses argumentations, elle en
rajoute une qui, pour elle, devrait persuader qu’elle
est dans le vrai : il torturait les chats quand il était
petit, allant même jusqu’à leur crever
les yeux. Quelle horreur en effet ! Mais espérons
que la grande journaliste saura aussi s’émouvoir
en public et avec les mêmes transports, sur le
cas de ces enfants africains dont on coupe les jambes,
qu’on viole, qu’on tue, que l’on convertit
en esclaves sexuels ou en enfants soldats en laissant
faire, pour raisons d’affaires, des dictateurs
passés maîtres dans ces exactions !
* Blaise Compaoré vient d’accorder un entretien
à "Géopolitique africaine".
A une question de politique intérieure relative
à la mouvance et à l’opposition
et à ses rapports avec cette dernière,
le chef de l’Etat répondra : « …
nous avons toujours essayé de rassembler les
Burkinabè autour des grands enjeux du développement.
L’opposition est bien entendu composée
des partis qui ne partagent pas notre vision. Cela n’empêche
pas que sur les grandes questions nationales, nous les
consultions, au même titre que la société
civile, les autorités religieuses et les chefs
traditionnels. En 2000, l’Assemblée nationale
a voté une loi portant statut de l’opposition.
Ce statut lui garantit clairement l’accès
aux médias de service public, notamment pendant
les campagnes électorales. En outre, les partis
de l’opposition bénéficient, dans
les mêmes conditions que ceux de la majorité,
du financement public ». « No comment »,
notamment au vu de ce que le pays vit en ce moment !
* Le nombre de morts par méningite ne cesse d’augmenter
: on parlait de 200 morts il y a peu mais les autorités
sanitaires viennent d’informer l’opinion
que 308 personnes sont mortes de méningite au
27 février et ce, depuis début janvier
!
* Décidément, on aura tout vu au Faso.
Quand on dit que la coutume et le maraboutage ont la
peau dure en Afrique, ce ne sont pas des racontars.
Dans un quartier des alentours du Secteur 14 de Ouagadougou,
un incendie se déclare dans une cour polygame
et cela devient un sujet à polémique.
Le chef de famille fait alors venir un marabout pour
dégager les responsabilités. Toute la
famille est convoquée un dimanche matin en présence
du grand marabout. Une des femmes voyant venir une machination,
rentre dans sa chambre et sort avec le Saint Coran.
Elle demande alors au marabout de jurer sur le Coran
avant de situer les responsabilités. Le marabout
refuse malgré les injonctions du chef de famille
et des nombreux badauds venus assister au jugement occulte.
La pression devient plus soutenue, le marabout se lève,
prend son vélo et s’en va sous d’autres
cieux. Qui a dit que les textes sains ne foutent pas
la trouille aux apprentis sorciers ?
* Dans notre numéro 451 du 18 au 24 févier
2008, nous évoquions l’aide que l’Etat
burkinabé entendait apporter à la SOTRACO.
A ce propos, nos lecteurs ont pu lire que la SOTRACO
serait en possession des 100 nouveaux bus au deuxième
trimestre 2008. Il fallait plutôt comprendre le
deuxième semestre. Toutes nos excuses à
la SOTRACO et à nos lecteurs pour cette erreur
!
* Rappelez-vous ce mot car vous en entendrez sûrement
parler : « Fitna ». C’est le titre
d’un film sur le Coran que réalise un député
néerlandais (Geert Wilders) et qui risque de
créer une polémique mondiale. «
Fitna » est un mot arabe qui veut dire «
épreuve » et il dure 15 mn. On sait que
depuis quelque temps, la polémique autour des
caricatures du prophète Mahomet a resurgi aux
Pays-Bas avec des menaces de mort contre des caricaturistes
qui n’entendraient pas se soumettre à la
censure sur le sujet. On peut imaginer que « Fitna
» prend la défense, dans son documentaire,
des journalistes et autres caricaturistes menacés
dans leur liberté ! Les autorités du pays
ont franchement peur des dégâts politiques
et économiques qui pourraient suivre la diffusion
dudit film. Mais le député y tient autant
qu’à sa vie, semble-t-il, et la liberté
de la presse est sacrée au pays de la Reine Beatrix
Wilhelmina Armgard van Oranje-Nassau.
* Chez nous, l’article du Père Jacques
Lacour, publié dans Le Pays du 26 février
dernier sous le titre « La détresse des
administrés », est un petit chef-d’œuvre
d’écriture mais aussi un article qui sent
la vérité et le bon sens. Son analyse
sur les amendes négociées avec la police,
a fait particulièrement tilt car un ami de San
Finna nous racontait, pratiquement au même moment,
la même chose : on l’a arrêté
avec sa mobylette à cause d’un mauvais
stationnement (encore qu’il contestait la faute)
et il a fallu qu’il négocie car entre payer
l’amende (on lui demandait dans les 6.000 f) et
donner 2.000 f, comme on dit, y a pas match. Il a accepté
la proposition du corrupteur, devenant par le fait même,
un corrompu, et il a repris sa route tranquillement.
Eh bien, nous partageons totalement la proposition du
Père Lacour qui est tout simplement de demander
aux autorités la réduction de la pénalité
au tarif général de la « transaction
» mais avec un reçu à la clef. Ce
sera de l’argent en moins pour les corrupteurs
et de l’argent en plus pour les caisses de l’Etat.
Monsieur le premier Ministre, et si vous teniez compte
de cette suggestion ?
* Il semble que Blaise Compaoré serait actuellement
privé d’informations. La technique utilisée
serait de tellement résumer les informations
reçues qu’elles seraient privées
de leur substantifique moelle.
* Il paraît que pendant les émeutes, notre
Simon national, qui aime toujours être au-devant
de la mêlée avec ses troupes, aurait reçu
un coup de caillou dans l’abdomen qui l’aurait
drôlement secoué. C’est bien de donner
l’exemple à chaque fois que ça caille
dans la baraque mais faut faire attention à ce
que la prochaine fois, ce ne soit pas la tête
qui prenne le coup : ça pourrait être fatal.
On a beau ne pas aimer toutes les méthodes du
maire (Simon au four et au moulin, dégageant
avec un balai la chaussée des gravats, courant
après les casseurs un gourdin à la main
et son pistolet à la hanche et prenant au besoin
les murs pour sauver sa peau, ça fait partie
maintenant du cadre de vie !
* Et pour finir, saluons cette lueur d’espoir
au Kenya. Kofi Annan, il faut le lui reconnaître,
voit sa peine payée en retour avec l’accord
signé par les deux acteurs de la vie nationale
: Kibaki et Odinga. Il faudrait souhaiter que dans les
nombreuses crises que le continent connaît, il
y ait cette disposition de n’avoir pour souci
que le seul intérêt des peuples et non
celui des gouvernants et des puissances extérieures
qui les soutiennent.