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LES
EMEUTES LIEES A LA VIE CHERE
SONT-ELLES SPONTANEES OU PROVOQUEES ?
Les
émeutes qui ont éclaté à
Bobo-Dioulasso, Ouahigouya, Gourcy, Djibo, Banfora…,
le mercredi passé, et qui grondent dans tout
le pays, sont les premières du genre au Burkina
Faso par leur dimension nationale. Si beaucoup ont
prévenu contre ces colères populaires
et qu’apparemment, on ne devrait pas, en l’absence
de mesures appropriées du gouvernement, être
surpris de la situation qui prévaut, il n’en
reste pas moins qu’une polémique existe
au sujet des circonstances qui entourent le déclenchement
de ces émeutes. Pour une première
opinion, ces émeutes sont spontanées
; elles étaient inscrites dans l’ordre
des choses car dénoncées par des sources
multiples en raison du manque de solution apporté
à la chute du pouvoir d’achat. Pour
d’autres, le fait que les manifestations aient
été précédées
par des tracts, qu’elles aient été
conduites par des manifestants portant des banderoles,
laisse penser qu’il y a une main souterraine
qui a activé tout cela. Deux sons de cloche.
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| LES
EMEUTES ETAIENT SPONTANEES
Voilà
plusieurs mois sinon plusieurs années qu’une
convergence de constatations avait amené
plus d’un à tirer la sonnette d’alarme
à propos du risque d’émeutes
au Burkina Faso contre le pouvoir. En effet, hormis
les contestations d’ordre politique, il était
surtout relevé la chute permanente du pouvoir
d’achat que venait aggraver la hausse permanente
des prix. Il n’est nul secteur, nulle partie
du pays, où la question ne soit actuellement
en débat et où elle n’attise
la colère. Cette situation, régulièrement
dénoncée dans un contexte général
où l’on se prévaut d’une
croissance positive continue alors que la pauvreté
continue à se structurer, annonçait
que tôt ou tard le couvercle sauterait. Les
choses auraient pu être évitées
ou intervenir dans des conditions moins violentes
si les organes d’Etat, les contre-pouvoirs
de la société civile et politique
jouaient leur rôle. Mais après avoir
monopolisé tous les pouvoirs, coupé
le sifflet et les moyens aux partis d’opposition
dignes de ce nom, apprivoisé bien de syndicats
et de mouvements de droits de l’homme, il
était difficile d’avoir des leaderships
crédibles et efficaces qui défendent
les citoyens et le peuple contre la dégradation
de ses conditions de vie. Il était à
prévoir qu’acculés le dos au
mur, les citoyens en viendraient à se défendre
eux-mêmes. C’était d’autant
plus à prévoir qu’il y a déjà
eu des précédents. Pour la révolte
des casques, il n’a pas fallu de mot d’ordre
ni de partis d’opposition, ni de mouvements
de droits de l’homme, ni de syndicats, ni
de ligues des droits des consommateurs, ni de médias
; c’est spontanément que l’expression
du ras le bol populaire est intervenu. On a vu la
même chose avec la révolte des Kunde,
et comme il n’y a jamais 2 sans 3, Bobo, Ouahigouya…,
devaient venir. Alors, il est vain de chercher le
diable partout : dans ce cas précis, on savait
que quelque chose couvait sous le feu et particulièrement
à Bobo-Dioulasso où, en plus de la
vie chère, il y a les rancoeurs tenaces liées
aux conséquences dramatiques de la crise
ivoirienne et au processus de désinvestissement
dont se sent victime, cette partie du Burkina Faso.
Les commerçants ont peut-être comme
on dit, voulu exprimer leur mécontentement
en raison de la pression fiscale et autres contraintes
qu’ils sont obligés (n’étant
pas des œuvres de bienfaisance) de répercuter
sur le consommateur, mais ils ont voulu aussi dire
qu’ils en ont assez d’être les
boucs émissaires d’une situation vis-à-vis
de laquelle l’Etat refuse de reconnaître
sa part de responsabilité. Comme les consommateurs,
les chômeurs, n’en demandaient pas plus,
eux qui en avaient déjà gros sur le
cœur, l’alliance s’est naturellement
forgée entre commerçants et consommateurs,
d’où ce cocktail détonant. C’est
ça la vérité, et rien que ça
!
TOMI. |
LES
EMEUTES ETAIENT PROVOQUEES
Lorsqu’on
y regarde de plus près et qu’on se
remémore les conditions de notre vie politique
nationale, on ne peut pas se laisser berner par
la nature réelle des dernières émeutes.
Elles n’ont pas pu surprendre parce que de
telles choses ne peuvent pas se passer à
l’insu des forces de l’ordre, des gouverneurs,
des hauts-commissaires et autres maires qui sont
les oreilles et les yeux du pouvoir dans le pays
profond. Ensuite, pour certains, on ne peut pas
détacher ces violences de la crise non officialisée
au sein du CDP et qui cristallisent notamment les
antagonismes entre les pro et les anti- Salif Diallo.
Ceux-là pensent que ce ne serait pas étonnant
que ce coup vienne du ministre de l’Agriculture
et ils s’en expliquent. L’homme veut
montrer qu’on ne le paiera pas en monnaie
de singe en le jetant dehors comme un malpropre
; il va régler ses comptes. Sa fameuse émission
à la RNB, qui continue à faire des
vagues, peut apparaître comme le démarreur.
L’article paru dans l’Observateur Paalga
du 20 février dernier où un de ses
partisans vantait les qualités de l’homme,
en est une suite logique. Et les émeutes
sont à leurs yeux un autre signe, si l’on
s’en tient à la localisation de ces
manifestations : Bobo, Ouahigouya, Gourcy, Djibo,
sont des localités où existe une forte
communauté Yadga, dont beaucoup doivent leur
promotion économique peu ou prou au ministre
d’Etat. Ensuite, le fait que partout, on s’en
soit pris aux signes de l’Etat avec toujours
des cris de guerre contre le premier Ministre dont
on dit qu’il ne serait pas dans les meilleurs
termes avec le ministre Diallo, renforce cette première
conviction. Mais il en est d’ autres qui soutiennent
que tout cela a été fait finalement
par le pouvoir lui-même qui viserait de deux
choses, l’une : -mettre sur le dos de Salif
Diallo toute cette manœuvre de déstabilisation
afin de le jeter en pâture à l’opinion
pour pouvoir s’en défaire à
bon compte ; - pousser les gens dans la rue pour
montrer aux partenaires qui actuellement n’en
ont que pour une politique d’austérité,
qu’ils risquent de tout foutre part terre,
toutes ces années de stabilité, de
croissance positive, en le contraignant à
bloquer les salaires et à augmenter les impôts.
Au moment donc où les partenaires menacent
de couper le robinet s’il n’y a pas
de meilleur résultat dans la lutte contre
la corruption, s’il n’y a pas plus d’équilibre
dans le budget et que le patron du FMI Strauss Khan
est annoncé, le message est le suivant :
changez de ritournelle pendant qu’il est encore
temps sinon vous aurez la révolution ! Voilà
autant de pistes les unes aussi plausibles que les
autres qui font qu’il ne faut pas commettre
l’erreur de s’en remettre béatement
à l’idée qui veut que tout ce
beau monde se soit levé comme ça,
dans toutes ces villes pour commettre tous ces actes
de vandalisme : la chose était bel et bien
téléguidée.
TOZI.
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