Mise à jour le 24/02/2008
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San Finna N°452 du 25 Février au 02 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

LES EMEUTES LIEES A LA VIE CHERE
SONT-ELLES SPONTANEES OU PROVOQUEES ?

Les émeutes qui ont éclaté à Bobo-Dioulasso, Ouahigouya, Gourcy, Djibo, Banfora…, le mercredi passé, et qui grondent dans tout le pays, sont les premières du genre au Burkina Faso par leur dimension nationale. Si beaucoup ont prévenu contre ces colères populaires et qu’apparemment, on ne devrait pas, en l’absence de mesures appropriées du gouvernement, être surpris de la situation qui prévaut, il n’en reste pas moins qu’une polémique existe au sujet des circonstances qui entourent le déclenchement de ces émeutes. Pour une première opinion, ces émeutes sont spontanées ; elles étaient inscrites dans l’ordre des choses car dénoncées par des sources multiples en raison du manque de solution apporté à la chute du pouvoir d’achat. Pour d’autres, le fait que les manifestations aient été précédées par des tracts, qu’elles aient été conduites par des manifestants portant des banderoles, laisse penser qu’il y a une main souterraine qui a activé tout cela. Deux sons de cloche.

LES EMEUTES ETAIENT SPONTANEES

Voilà plusieurs mois sinon plusieurs années qu’une convergence de constatations avait amené plus d’un à tirer la sonnette d’alarme à propos du risque d’émeutes au Burkina Faso contre le pouvoir. En effet, hormis les contestations d’ordre politique, il était surtout relevé la chute permanente du pouvoir d’achat que venait aggraver la hausse permanente des prix. Il n’est nul secteur, nulle partie du pays, où la question ne soit actuellement en débat et où elle n’attise la colère. Cette situation, régulièrement dénoncée dans un contexte général où l’on se prévaut d’une croissance positive continue alors que la pauvreté continue à se structurer, annonçait que tôt ou tard le couvercle sauterait. Les choses auraient pu être évitées ou intervenir dans des conditions moins violentes si les organes d’Etat, les contre-pouvoirs de la société civile et politique jouaient leur rôle. Mais après avoir monopolisé tous les pouvoirs, coupé le sifflet et les moyens aux partis d’opposition dignes de ce nom, apprivoisé bien de syndicats et de mouvements de droits de l’homme, il était difficile d’avoir des leaderships crédibles et efficaces qui défendent les citoyens et le peuple contre la dégradation de ses conditions de vie. Il était à prévoir qu’acculés le dos au mur, les citoyens en viendraient à se défendre eux-mêmes. C’était d’autant plus à prévoir qu’il y a déjà eu des précédents. Pour la révolte des casques, il n’a pas fallu de mot d’ordre ni de partis d’opposition, ni de mouvements de droits de l’homme, ni de syndicats, ni de ligues des droits des consommateurs, ni de médias ; c’est spontanément que l’expression du ras le bol populaire est intervenu. On a vu la même chose avec la révolte des Kunde, et comme il n’y a jamais 2 sans 3, Bobo, Ouahigouya…, devaient venir. Alors, il est vain de chercher le diable partout : dans ce cas précis, on savait que quelque chose couvait sous le feu et particulièrement à Bobo-Dioulasso où, en plus de la vie chère, il y a les rancoeurs tenaces liées aux conséquences dramatiques de la crise ivoirienne et au processus de désinvestissement dont se sent victime, cette partie du Burkina Faso. Les commerçants ont peut-être comme on dit, voulu exprimer leur mécontentement en raison de la pression fiscale et autres contraintes qu’ils sont obligés (n’étant pas des œuvres de bienfaisance) de répercuter sur le consommateur, mais ils ont voulu aussi dire qu’ils en ont assez d’être les boucs émissaires d’une situation vis-à-vis de laquelle l’Etat refuse de reconnaître sa part de responsabilité. Comme les consommateurs, les chômeurs, n’en demandaient pas plus, eux qui en avaient déjà gros sur le cœur, l’alliance s’est naturellement forgée entre commerçants et consommateurs, d’où ce cocktail détonant. C’est ça la vérité, et rien que ça !



TOMI.

LES EMEUTES ETAIENT PROVOQUEES

Lorsqu’on y regarde de plus près et qu’on se remémore les conditions de notre vie politique nationale, on ne peut pas se laisser berner par la nature réelle des dernières émeutes. Elles n’ont pas pu surprendre parce que de telles choses ne peuvent pas se passer à l’insu des forces de l’ordre, des gouverneurs, des hauts-commissaires et autres maires qui sont les oreilles et les yeux du pouvoir dans le pays profond. Ensuite, pour certains, on ne peut pas détacher ces violences de la crise non officialisée au sein du CDP et qui cristallisent notamment les antagonismes entre les pro et les anti- Salif Diallo. Ceux-là pensent que ce ne serait pas étonnant que ce coup vienne du ministre de l’Agriculture et ils s’en expliquent. L’homme veut montrer qu’on ne le paiera pas en monnaie de singe en le jetant dehors comme un malpropre ; il va régler ses comptes. Sa fameuse émission à la RNB, qui continue à faire des vagues, peut apparaître comme le démarreur. L’article paru dans l’Observateur Paalga du 20 février dernier où un de ses partisans vantait les qualités de l’homme, en est une suite logique. Et les émeutes sont à leurs yeux un autre signe, si l’on s’en tient à la localisation de ces manifestations : Bobo, Ouahigouya, Gourcy, Djibo, sont des localités où existe une forte communauté Yadga, dont beaucoup doivent leur promotion économique peu ou prou au ministre d’Etat. Ensuite, le fait que partout, on s’en soit pris aux signes de l’Etat avec toujours des cris de guerre contre le premier Ministre dont on dit qu’il ne serait pas dans les meilleurs termes avec le ministre Diallo, renforce cette première conviction. Mais il en est d’ autres qui soutiennent que tout cela a été fait finalement par le pouvoir lui-même qui viserait de deux choses, l’une : -mettre sur le dos de Salif Diallo toute cette manœuvre de déstabilisation afin de le jeter en pâture à l’opinion pour pouvoir s’en défaire à bon compte ; - pousser les gens dans la rue pour montrer aux partenaires qui actuellement n’en ont que pour une politique d’austérité, qu’ils risquent de tout foutre part terre, toutes ces années de stabilité, de croissance positive, en le contraignant à bloquer les salaires et à augmenter les impôts. Au moment donc où les partenaires menacent de couper le robinet s’il n’y a pas de meilleur résultat dans la lutte contre la corruption, s’il n’y a pas plus d’équilibre dans le budget et que le patron du FMI Strauss Khan est annoncé, le message est le suivant : changez de ritournelle pendant qu’il est encore temps sinon vous aurez la révolution ! Voilà autant de pistes les unes aussi plausibles que les autres qui font qu’il ne faut pas commettre l’erreur de s’en remettre béatement à l’idée qui veut que tout ce beau monde se soit levé comme ça, dans toutes ces villes pour commettre tous ces actes de vandalisme : la chose était bel et bien téléguidée.


TOZI.

Citation de la semaine

«Nous sommes loin de nous douter des services que pourraient nous rendre nos défauts si nous savions les mettre en oeuvre.»

Sacha Guitry






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