San
Finna N°452 du
25 Février au 02 Mars 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LIMITATION
OU NON DU MANDAT PRESIDENTIEL
LE DEBAT ABSTRACTEUR DE JUAN GOMEZ DE RFI
Les
mardi 19 et vendredi 22 février 2008,
à l’émission « Débat
africain », a été évoquée
la question de la limitation ou non du mandat
présidentiel, à l’occasion
de la contestation qui actuellement fait rage
au Cameroun entraînant des répliques
sur le continent, et au-delà.
Il
faut remercier Juan Gomez et RFI pour l’intérêt
accordé à ce problème et
pour l’impact que son évocation
pourra avoir quant à une prise de conscience
accrue des populations africaines sur les mécanismes
pouvant contribuer au renforcement de la bonne
gouvernance en Afrique.
Il faudrait toutefois relever des risques de
dénaturation du débat, à
la lumière des insuffisances qui émergent
de la formulation de la question.
Juan
Gomez
(photo http://194.117.210.39/Fichiers/dialoguer/)
Demander s’il faut oui ou non limiter les mandats
présidentiels est quelque peu réducteur
et peut présenter le danger de fracturer arbitrairement
l’opinion africaine entre les partisans du oui
ou du non, mettant sur un même pied d’estale
de fait de limiter ou de ne pas limiter.
Dans l’absolu, si l’on considère
qu’il n’est de pouvoir que celui issu
du peuple et délégué par lui,
on peut abonder dans le sens de Paul Biya qui hurle
à tout vent qu’on ne peut pas porter
atteinte au libre choix du peuple camerounais en l’empêchant
de choisir autant de fois qu’il le voudra, le
président qu’il estime le mieux placé
pour défendre ses intérêts.
Mais il y a lieu d’abord d’observer, comme
l’a du reste pertinemment fait un intervenant
à l’émission du 19 février,
que pour le cas spécifique du Cameroun, il
y a atteinte à un consensus national qui a
décidé du principe de cette limitation
et plus grave, atteinte à la constitution qui
réserve au seul Congrès (Assemblée
nationale et Sénat réunis), le soin
de recevoir du Président, aux fins d’examiner
des demandes de révision. Il se trouve toutefois
que le Sénat étant inexistant, le Congrès
ne peut se réunir.
Mais le débat soulève d’autres
considérations qui n’apparaissent pas
dans les échanges tels qu’ils ont été
menés au cours des différentes émissions.
Tant qu’on n’aborde pas la question de
la limitation ou non au regard des origines même
du principe de la limitation des mandats présidentiels
et de son application dans l’espace africain
et mondial, tant qu’on ne s’attachera
pas par ailleurs à placer de débat dans
le contexte général de la qualité
de la pratique démocratique en Afrique, on
ne pourra pas donner tout son sens à ceux qui
considèrent que dans l’étape actuelle
de son processus démocratique, l’Afrique
a plus besoin de la limitation que du déverrouillage.
En effet, dans des pays comme les USA, la France,
l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne,
le Portugal…, on peut encore comprendre que
cette limitation n’ait pas de raison d’être.
Non seulement, il y a dans ces pays une autolimitation
qui amène les femmes et les hommes politiques
à ne pas rester au pouvoir plus que de raison
mais l’ancrage de la démocratie, le respect
des règles du jeu politique, la soumission
à la constitution, favorisent l’alternance
naturelle au pouvoir sans qu’il soit besoin
de constitutionnaliser la limitation du mandat présidentiel.
Mais
même avec ces garanties, on voit les USA,
des Etats européens pratiquer la limitation
du mandat et, fait tout à fait significatif,
Nicolas Sarkozy lui-même, bien qu’accusé
de tentative d’instaurer une monarchie
élective, s’en réclame.
Paul
Biya
Omar
Bongo
Ben
Ali
Blaise
Compaoré
Idriss
Deby
Si
l’on se transpose dans le contexte africain,
il n’existe que très rarement une
telle autolimitation des présidents.
Ensuite, dès qu’ils sont élus,
leur premier souci n’est pas l’application
de leurs programmes mais les moyens à
déployer pour garantir leur pouvoir et
le conserver ad vitam aeternam ; ce qui les
amène à user de violences, de
fraudes, de corruption, pour gagner les élections,
et lorsque la constitution limite les mandats,
à la charcuter pour la déverrouiller.
C’est comme ça que les choses se
sont passées en Guinée, au Burkina
Faso, au Tchad, au Gabon, en Tunisie…
; c’est comme ça qu’elles
se passeront au Cameroun. Elles se passeront
comme cela au Cameroun parce qu’il existe
une permissivité internationale quant
aux libertés que les chefs d’Etat
africains prennent par rapport aux constitutions
et aux principes démocratiques en général.
Voilà qui fait que, malgré les mobilisations
qu’on peut sentir par ailleurs au Cameroun,
il y a peu de chances qu’elles puissent contrer
la volonté de modification de Biya, lequel
dispose non seulement du monopole de la violence en
interne mais de cette complicité internationale
relevée.
La bonne preuve, on n’entend pas le «
syndicat » des chefs d’Etat par rapport
à cette forfaiture en marche, pas davantage
l’Union européenne ou le Conseil de sécurité.
C’est le silence habituel, seulement exceptionnellement
brisé avec succès dans le cas nigérian
et avec insuccès dans le cas ougandais. On
accréditera encore une fois par ce moyen l’idée
que l’Afrique manque tant de ressources humaines,
de compétences en matière de gouvernance,
que pour elle, l’alternance au pouvoir est un
mal plutôt qu’un bien. Ce qu’il
lui faut, ce sont des hommes comme Ben Ali, Omar Bongo,
Idriss Déby, Blaise Compaoré et même
après eux, leurs fils et frères car
finalement, chez ces gens-là, gouverner devient
une question de gène !
Le « Débat africain » gagnerait
sur cette question sensible, à s’enrichir
pour l’avenir de la dimension de l’indiscipline
envers les constitutions et les fondamentaux de la
démocratie qui justifient amplement la limitation
constitutionnelle des mandats.