San
Finna N°452 du
25 Février au 02 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
LUTTE
CONTRE LA DROGUE AU BURKINA
DES REVELATIONS INQUIETANTES !
Il
y après d’un an, en mars 2007, le bureau
de poste frontalier de Faramana, dans la province du Houët,
avait fait une saisie record de cocaïne. En effet
49 kg de cette drogue avait été retrouvés
en possession de cinq femmes et un garçon en transit
frauduleux du Mali vers le Nigeria. Dans le même
registre, l’Ambassade de France dans notre pays
saisissait le Comité de lutte contre la drogue
pour s’inquiéter du fait de la porosité
de notre aéroport. Pour mieux cerner le problème,
nous nous sommes intéressés à la
question.
«
On s’est mis au ‘‘Yamba’’
parce qu’il y a pas de boulot mais maintenant
c’est dur de cesser ». Voila ce qui
nous confiait Peter, un jeune Rasta rencontré
dans les quartiers périphériques de
notre capitale. S’il y a une dizaine d’années,
notre pays était au stade embryonnaire de
la consommation, du transit et de la culture, aujourd’hui
la situation est alarmante. Malgré une législation
spéciale et un code très dur dans
la répression, le Burkina est passé
de 500 kg de drogue saisie à 2 tonnes par
an. Dans presque tous les quartiers périphériques
et même
Cocaïne
au centre ville, on trouve des ‘‘ghetto’’,
comme les surnomme le Comité nationale de
lutte contre la drogue, où des jeunes et
des personnes de tous âges se retrouvent pour
consommer la drogue. Un phénomène
qui va s’agrandissant sans qu’on ne
comprenne réellement ce que font les autorité
pour éradiquer ce mal. Est-ce que le manque
de boulot à lui seul permet de justifier
cette recrudescence ?
Patricia qu’on appelle « la go choc »
répond : «Ce n’est pas à
cause du manque de travail que je fume. C’est d’abord
mon copain qui m’y a initiée et ensuite je
suis devenue dépendante. Là où je
m’approvisionne, il y a des fonctionnaires et des
cadres de l’administration qui viennent aussi s’approvisionner
; je connais même un flic qui en consomme…
». Une situation qui n’est pas étrangère
à la structure de veille qu’est le comité.
« Je ne peux pas être catégorique
mais c’est vrai que certaines choses nous échappent.
Quelquefois, on est aussi surpris de la désertion
des ghettos quelques minutes avant nos descentes. J’avoue
qu’on se pose des questions », nous a
confié monsieur Adama Ouédraogo commissaire
de police et assistant du secrétaire permanent
du Comité nationale de lutte contre la drogue.
Cette structure, qui vit comme un observatoire, est plutôt
chargée de faire l’état des lieux
et de proposer des solutions. Il n’empêche
que le comité peut requérir les services
de la police et de la gendarmerie pour des répressions
et c’est ce qui s’est produit dans la nuit
du 21 février au alentour du projet Zaca au secteur
6. Le comité s’investit aussi dans la prévention,
la sensibilisation et l’information auprès
des jeunes.
La lutte contre le trafic de drogue au Burkina rencontre
beaucoup de spécificités. Et il n’est
pas toujours aisé de comprendre la multitude des
procédures. Néanmoins, après une
opération de saisie, la drogue est transmise au
Parquet et déposée au Greffe, et c’est
seulement quand le Comité national de lutte contre
la drogue organise une journée d’incinération
que l’on peut rassembler la drogue et aller sur
le site. Pour nous, ça voudrait donc dire que les
49 kg de cocaïne saisis à Faramana n’ont
pas encore été incinérés.
Il y a lieu que le Comité s’intéresse
à la question car il ne faudrait pas que ce vrai
pactole de plusieurs milliards de FCFA soit revendu d’une
façon ou d’une autre et par des responsables
du pays. Le Comité devrait pouvoir constater que
cette drogue est toujours sous scellés et tenir
informé le public !
Par ailleurs, étant un comité inter ministériel,
le Comité national de lutte contre la drogue dégage
des pistes en vue d’éradiquer le mal et aussi
percer trouver les voies d’entrée de la drogue
dans notre pays pour mieux organiser la répression
Il y a moins de 5 ans, un jardinier qui était en
charge de l’entretien d’une des avenues de
notre capitale, ne s’est pas gêné outre
mesure de faire la culture de cannabis sur cette voie
au nez et à la barbe des usagers et même
d’une des directions de la police. Et à la
question de savoir comment cela est possible, monsieur
Adama Ouédraogo pense qu’«il y
a manque de formation. Et des gens peuvent fumer à
côté de vous sans que vous ne sachiez que
c’est du cannabis qui est fumé ».
Et nous apprenons aussi par ses soins que le secteur 6
de Ouagadougou (où est situé le comité)
est le secteur où il y a le plus de ghettos, ce
qui fait que la population se posait beaucoup de questions
sur le rôle du comité jusqu’à
ce que celui-ci initie une rencontre avec les responsables
de toutes les couches sociales pour une explication des
ses missions. Et le 9 février passé, une
autre rencontre a eu lieu avec les consommateurs et toxicomanes
du secteur en vue de les sensibiliser sur les méfaits
de la drogue.
Parmi les drogues les plus consommées au Burkina,
on trouve le cannabis et la cocaïne mais à
une faible échelle à cause de son coût.
Pour l’héroïne à cause de sa
spécificité et comme il n’y a pas
de culture à l’utilisation des seringues,
il n’ y a presque pas de consommateurs. Mais on
trouve aussi dans la gamme des drogues amphétamines
et la colle.
Pour éradiquer le phénomène, le comité
demande la collaboration de la population et très
bientôt un numéro vert sera mis à
la disposition de celle-ci. Pour le moment, seul les services
de police et de gendarmerie reçoivent les dénonciations
et les plaintes. En plus de ce téléphone
vert, le comité a à cœur la création
d’un Centre de prise en charge de toxicomanes. Cela
s’avère absolument indispensable. Voici ce
qu’en dit une personne directement intéressée
par la question : « Quand mon frère a
émis le souhait de ne plus fumer la drogue j’ai
essayé de savoir comment l’aider mais je
n’ai trouvé personne pour le suivre. Je suis
même parti à l’hôpital Yalgado
Ouédraogo pour ça, mais je n’ai pas
trouvé une oreille attentive. C’est dommage
que dans tout un pays, on ne trouve aucun structure de
prise en charge des toxicomanes ». Une maman,
madame Kaboré S., dont le fils se drogue, est très
amère et nous dira : «Il était
gros et fort maintenant c’est presque une loque
humaine. Je suis même prête à prendre
un prêt en banque pour le soigner. Mais où
aller ? ».
Pourtant très sévère dans la lutte
contre la drogue, le gouvernement du Burkina, ces derniers
temps, semble ne plus bouger assez alors que le phénomène
semble gagner de façon fulgurante nos établissements
scolaires. En témoignent les études du professeur
Sondo. L’Afrique de l’Ouest est indexée
comme la plaque tournante du trafic international de la
drogue et aucune mesure énergique n’est prise
pour enrayer le mal.
Nous sommes tentés de croire comme Peter le Rasta
que le trafic de drogue est « organisé
de l’intérieur et cela permet à des
gens de s’enrichir au détriment de la santé
des jeunes ».