LE REN-LAC ET SON RAPPORT 2006
LE BURKINABE ET SA REALITE DE 2008
Enfin,
on l’attendait, ce fameux Rapport du REN-LAC comme
une preuve de plus que le système politique,
social et économique du Burkina est laissé
totalement à l’abandon, sans contrôle.
On l’attendait comme la confirmation de ce que
tout le monde dit : rien ne va plus, et puis, c’est
tout ; y a rien de plus au village.
Le
rapport, de toutes les manières, a confirmé
ce que tout le monde sait : que la corruption s’est
structurée au Burkina, qu’elle n’a
jamais été poussée à un
tel niveau et que chaque année, ça va
de mal en pis.. Le vrai malheur ici c’est que
les Burkinabé n’ont même plus honte
d’une telle conclusion. Ils ont tellement inculturé
la corruption qu’à la limite, elle est
un signe de compétence et d’intégration
sociale.
Il ne faut pas tellement se fatiguer pour arriver à
produire de tels rapports. Ce n’est pas pour négliger,
loin de là, l’immense travail abattu par
l’institution, mais c’est surtout pour dire
jusqu’à quel point la corruption a des
ailes. Dans tous les coins du pays, la chose est évidente.
A l’hôpital, à la mairie pour le
mariage, même à la morgue, elle plante
ses racines. Elle n’étonne plus. Pour la
combattre, il suffit de l’ignorer. C’est
quasiment devenu une devise dans ce pays. De la maternelle
à la vie active en passant par le collège
et l’université, elle nous accompagne.
Les policiers municipaux ne se cachent même plus
pour racketter les pauvres usagers de la route. Pour
les douaniers, il n’y a plus trop à redire.
C’est même encouragé. On n’imagine
plus dans ce pays un douanier pauvre. La corruption
fait son chemin partout, elle sévit dans les
milieux politiques, mais plus grave encore, dans les
milieux de la justice. Les médias sont touchés
et tout cela n’est pas pour encourager l’économie
de notre pays. Mais que voulez-vous ? Ainsi est fait
ce pays !
Les contrôleurs douaniers, malgré tous
leurs avantages, ont des salaires plus élevés
que les magistrats burkinabé qui touchent 225.000
FCFA à leur entrée en fonction. A noter
à ce propos que ces derniers touchent bien moins
que les magistrats de Côte d’Ivoire ou du
Sénégal, ceux-ci ayant plus d’un
million FCFA à leur entrée en fonction
! Pas étonnant qu’on retrouve la justice
dans le carré d’as de la corruption et
c’est bien pour ça aussi que nous avons
des juges « acquis ».
Mais
revenons à ce que le Réseau national de
lutte anti-corruption nous a présenté
vendredi dernier.
Il est ressorti qu’au niveau national, 95,4% des
personnes jugent que la corruption est répandue
ou très répandue. Dans certaines provinces
c’est jusqu’à 99 % des personnes
interrogées qui le pensent.
78% à 91% des personnes interrogées pensent
que le phénomène prend de plus en plus
d’ampleur.
Quand aux secteurs les plus corrompus, on voit encore
une fois en tête d’affiche les secteurs
qui devraient pourvoir le plus efficacement du monde
notre pays en ressources financières et en sécurité
: la police et la gendarmerie sont en premier rang,
suivies respectivement par la douane, les impôts,
la justice et la santé.
On a beaucoup parlé comme on dit de la corruption.
Il est temps maintenant de parler de comment faire pour
tendre vers son extinction ?
Le rapport du Réseau n’a pas occulté
ces paramètres. C’est pourquoi le Réseau
fustige le document de politique nationale de lutte
contre la corruption adopté par le gouvernement
et l’Assemblée nationale en juillet 2006.
En effet, il trouve celui ci est en rupture avec le
consensus national qui s’était dégagé
en décembre 2004 autour du même projet.
Le Réseau ajoute que le document entre par moments
en conflit avec les engagements internationaux ratifiés
par notre pays. Le Réseau recommande donc une
relecture du document pour le rendre plus vigoureux
et consensuel. Il recommande aussi le respect des textes
internationaux ratifiés par notre pays en matière
de lutte contre la corruption.
Le REN-LAC (et il faut particulièrement l’en
féliciter tant le mal ici contamine toute la
société) parle aussi de lutte plus accrue
contre la corruption électorale et une plus grande
implication de la presse et de la société
civile dans la lutte contre la corruption.
Bala
Sibiri