Mise à jour le 17/02/2008
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San Finna N°451 du 18 au 24 Février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

LE REN-LAC ET SON RAPPORT 2006
LE BURKINABE ET SA REALITE DE 2008

Enfin, on l’attendait, ce fameux Rapport du REN-LAC comme une preuve de plus que le système politique, social et économique du Burkina est laissé totalement à l’abandon, sans contrôle. On l’attendait comme la confirmation de ce que tout le monde dit : rien ne va plus, et puis, c’est tout ; y a rien de plus au village.

Le rapport, de toutes les manières, a confirmé ce que tout le monde sait : que la corruption s’est structurée au Burkina, qu’elle n’a jamais été poussée à un tel niveau et que chaque année, ça va de mal en pis.. Le vrai malheur ici c’est que les Burkinabé n’ont même plus honte d’une telle conclusion. Ils ont tellement inculturé la corruption qu’à la limite, elle est un signe de compétence et d’intégration sociale.

Il ne faut pas tellement se fatiguer pour arriver à produire de tels rapports. Ce n’est pas pour négliger, loin de là, l’immense travail abattu par l’institution, mais c’est surtout pour dire jusqu’à quel point la corruption a des ailes. Dans tous les coins du pays, la chose est évidente. A l’hôpital, à la mairie pour le mariage, même à la morgue, elle plante ses racines. Elle n’étonne plus. Pour la combattre, il suffit de l’ignorer. C’est quasiment devenu une devise dans ce pays. De la maternelle à la vie active en passant par le collège et l’université, elle nous accompagne. Les policiers municipaux ne se cachent même plus pour racketter les pauvres usagers de la route. Pour les douaniers, il n’y a plus trop à redire. C’est même encouragé. On n’imagine plus dans ce pays un douanier pauvre. La corruption fait son chemin partout, elle sévit dans les milieux politiques, mais plus grave encore, dans les milieux de la justice. Les médias sont touchés et tout cela n’est pas pour encourager l’économie de notre pays. Mais que voulez-vous ? Ainsi est fait ce pays !

Les contrôleurs douaniers, malgré tous leurs avantages, ont des salaires plus élevés que les magistrats burkinabé qui touchent 225.000 FCFA à leur entrée en fonction. A noter à ce propos que ces derniers touchent bien moins que les magistrats de Côte d’Ivoire ou du Sénégal, ceux-ci ayant plus d’un million FCFA à leur entrée en fonction ! Pas étonnant qu’on retrouve la justice dans le carré d’as de la corruption et c’est bien pour ça aussi que nous avons des juges « acquis ».

Mais revenons à ce que le Réseau national de lutte anti-corruption nous a présenté vendredi dernier.

Il est ressorti qu’au niveau national, 95,4% des personnes jugent que la corruption est répandue ou très répandue. Dans certaines provinces c’est jusqu’à 99 % des personnes interrogées qui le pensent.
78% à 91% des personnes interrogées pensent que le phénomène prend de plus en plus d’ampleur.

Quand aux secteurs les plus corrompus, on voit encore une fois en tête d’affiche les secteurs qui devraient pourvoir le plus efficacement du monde notre pays en ressources financières et en sécurité : la police et la gendarmerie sont en premier rang, suivies respectivement par la douane, les impôts, la justice et la santé.

On a beaucoup parlé comme on dit de la corruption. Il est temps maintenant de parler de comment faire pour tendre vers son extinction ?

Le rapport du Réseau n’a pas occulté ces paramètres. C’est pourquoi le Réseau fustige le document de politique nationale de lutte contre la corruption adopté par le gouvernement et l’Assemblée nationale en juillet 2006. En effet, il trouve celui ci est en rupture avec le consensus national qui s’était dégagé en décembre 2004 autour du même projet. Le Réseau ajoute que le document entre par moments en conflit avec les engagements internationaux ratifiés par notre pays. Le Réseau recommande donc une relecture du document pour le rendre plus vigoureux et consensuel. Il recommande aussi le respect des textes internationaux ratifiés par notre pays en matière de lutte contre la corruption.

Le REN-LAC (et il faut particulièrement l’en féliciter tant le mal ici contamine toute la société) parle aussi de lutte plus accrue contre la corruption électorale et une plus grande implication de la presse et de la société civile dans la lutte contre la corruption.


Bala Sibiri





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