San
Finna N°451 du
18 au 24 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
MAMADOU
KOULIBALY REMET SUR LE TAPIS
LA QUESTION DU DECROCHAGE D’AVEC LE FCFA
UNE SORTIE QUI FAIT DES VAGUES, ET POURTANT !
Depuis
que lors d’un meeting, le président de l’Assemblée
nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly,
est revenu sur son idée de décrochage d’avec
le FCFA, l’émotion de certains perle par-delà
les frontières ivoiriennes. Il n’en manque
pas pour considérer que cette saillie est une espèce
de bravade que justifie la période préélectorale
; d’autres la tiennent tout simplement pour une
hérésie qui n’ira pas bien loin parce
qu’elle sera combattue jusque dans le propre camp
de son défenseur.
Mais
qu’a dit au juste le président Mamadou
Koulibaly ? Le « 24 heures » reprend
Mamadou KOULIBALY
quelques-uns
de ces propos, en ces termes : « …on
ne peut pas continuer avec un franc CFA surévalué
qui nous appauvrit. On a une monnaie digne de l’Allemagne
d’aujourd’hui, alors que nous sommes
une économie pauvre d’Afrique….
Ca peut être dur mais le Ghana a sa monnaie,
le Nigeria a sa monnaie, la Guinée a sa monnaie,
le Libéria a sa monnaie, l’Afrique
du Sud a sa monnaie, la Tanzanie a sa monnaie. Mais
pour nous là, on dit que non la France dit,
elle ne veut pas. Il faut qu’on arrête
de dire ce que la France veut avant qu’on
fasse. Le gouvernement français n’a
qu’à gérer la France, c’est
son droit et laisser les Africains gérer
l’Afrique, c’est tout.
Pour dire vrai, il y a quand même de l’étonnement
dans cette espèce de déchaînement
que l’on sent par endroits.
Tout d’abord, ce n’est pas la première
fois que l’agrégé en économie
met sur le tapis, cette question. Au plus fort de la crise,
alors même qu’il n’y avait pas de perspective
électorale à l’horizon, il en a parlé
comme étant un des passages obligés pour
la Côte d’Ivoire de recouvrer sa souveraineté
et de mettre son économie au service de l’intérêt
national.
Il faut reconnaître d’ailleurs qu’il
est arrivé de temps en temps au président
Laurent Gbagbo lui-même, soit par calcul, soit par
conviction, de laisser perler cette éventualité.
L’idée du reste est loin d’être
aux yeux de nombreux experts du continent et d’ailleurs,
assimilable à une incongruité. Nombre d’entre
eux en effet estiment que ce franc CFA arrimé à
l’euro par le canal du Trésor français
avec toutes les prestations et les sujétions qui
en découlent pour l’indépendance des
pays de la zone CFA, est trop lourd à supporter.
Pour dire vrai, cette idée paraît si normale
aux yeux de certains économistes que l’on
en voit ces temps-ci qui préconisent un décrochage
au profit d’une monnaie africaine qui reposerait
sur les matières premières essentielles
dont regorge l’Afrique : café, coton, or,
pétrole…
Le trader vedette Mostafa Belkhayate, dans un entretien
au journal « Les Afriques », explique
par exemple que l’or « va monter avec
force ». Pour lui, une once d'or (NDLR : 31.035
grammes d’or, au cours d’environ 900 dollars)
va monter à 1450 dollars US en décembre
2008 et même à 2.000 dollars US en 2009.
L’or « va quitter sa dimension de matière
première pour la dimension devise ».
Et ce n’est pas tout puisque, pour notre spécialiste,
«le pétrole se dirige vers 150 USd le
baril sur les 2 prochaines années… ».
La conclusion pour lui est simple : « étudier
sérieusement la problématique de créer
une devise africaine, non pas basée sur une autre
devise étrangère, mais sur un panier de
matières premières typiquement africaines,
comme l'or, le pétrole, le café, le cacao,
le coton. Je suis convaincu que la solution du développement
africain passe par cette véritable indépendance
monétaire ».
Tout cela pour dire que si Mamadou Koulibaly remet cette
question en jeu, on s’en étonnera d’autant
moins que le contexte s’y prête avec en France
un président élu qui, après avoir
prôné la rupture, esquisse un glissement
vers une Françafrique qu’il semble vouloir
servir avec plus de conviction que son devancier, Jacques
Chirac.
Par ailleurs, le fait que Nicolas Sarkozy ne montre pas
des signes tangibles qu’il veut la réconciliation
avec la Côte d’Ivoire peut convaincre des
hommes comme le président de l’Assemblée
nationale qui ont été échaudés
qu’il ne faut en aucun cas relâcher l’étreinte
et qu’au-delà des échéances
électorales à venir, la bataille qu’il
importe de gagner, c’est celle de la souveraineté
monétaire.
Enfin, il ne faut pas occulter que l’intégration
est une entreprise collective, puisant ses forces dans
l’esprit de solidarité. Un pays comme la
Côte d’Ivoire, même gouverné
par des panafricanistes convaincus, peut par moments sentir
l’exacerbation de jouer du violon pour faire danser
les autres et caresser l’idée de se retrouver
quelque temps avec elle-même pour refaire ses forces
avant de revenir avec plus de force dans l’intégration.
Elle peut d’autant plus le faire que pendant la
crise qu’on lui a imposée et dont elle a
tant souffert, on n’a pas beaucoup senti de solidarité
à son endroit. Et puis, à ce qu’on
sache, l’Angleterre n’est pas encore dans
l’Euro mais elle ne participe pas moins à
la construction européenne.