San
Finna N°450 du
11 au 17 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
JUSTICIERES
EN SARI
QUAND LES FEMMES PRENNENT LE DESSUS
AFIN DE FAIRE TRIOMPHER LA JUSTICE
On
le déplore partout dans le monde : les
femmes sont victimes d’injustices et de
violences. En Amérique, en Europe, en Asie
ou en Afrique, elles dénoncent à
tour de bras inégalités de salaires,
harcèlement
ou
abus sexuels, mariages forcés ou autres
signes de la domination masculine. En Inde, quelques
unes d’entres elles ont décidé
d’agir. Elles forment le « gang rose
», des femmes qui ont pris les armes et
rendent justice par elles-mêmes. Et si la
libération de la femme passait par la prise
en charge de son propre destin ?
C’est
un site d’information asiatique, basé à
Hong-Kong qui est allé à la rencontre
de ces femmes. Elles se trouvent en Inde, dans le district
de Banda, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh.
C’est un des Etats les moins développé
du pays, pauvre et aux coutumes encore archaïques.
Le « Pink Gang », c’est ainsi qu’elles
se nomment, forme un groupe de 200 femmes qui n’hésitent
pas à répondre à la violence par
la violence. Ainsi elles punissent les assassinats d’épouses
dont se rendent coupables certaines belles-mères,
les sévices conjugaux, et parfois même
s’en prennent à la corruption et à
l’incapacité des élus. Elles sont
reconnaissables à leurs saris de couleur rose
et rendent la vie impossible aux maris violents et aux
fonctionnaires incompétents. Elles traquent violeurs
et époux indignes, font la morale aux malfaiteurs
et envahissent les postes de police pour réprimander
les agents qui ne font pas leur travail. « Nous
sommes une bande de justicières, pas un gang
», explique la fondatrice du Pink Gang, Sampat
Pal Devi, une femme de 45 ans mariée de force
à l’âge de 9 ans et devenue mère
quatre ans après. Elle a créé le
groupe en 2006 après avoir appris que sa sœur
avait été traînée par les
cheveux dans la cour de sa maison par son mari alcoolique.
Le groupe s’est armé de bâtons, de
barres de fer et d’une batte de cricket pour aller
trouver le beau-frère, l’a pour chassé
et roué de coups dans un champ de cannes à
sucre.
Le « Pink Gang » ne s’en prend pas
uniquement aux maris qui brutalisent leur femme mais
se donne pour mission de défendre les plus faibles.
Ainsi ces femmes intrépides punissent également
les fonctionnaires qui s’enrichissent en vendant
sur le marché noir des céréales
subventionnées par l’Etat et normalement
destinées aux plus pauvres. Le « Pink Gang
» est devenu un vrai synonyme d’espoir pour
toute une frange de la population spoliée et
méprisée dans ce district le plus pauvre
de l’Inde. Un sociologue indien observe que «
lorsque les élus refusent de répondre
aux demandes de citoyens ordinaires, ces derniers n’ont
pas d’autres choix que de prendre les choses en
main par eux-mêmes. C’est un coup de semonce
pour le gouvernement de la plus grande démocratie
du monde. »
Une situation politique que l’on peut déplorer
mais une réaction humaine qui redonne espoir.
Lorsque les abus sont trop évidents, les souffrances
trop ancrées, les inégalités trop
criantes, le courage et la volonté de changement
de certaines personnes prennent le dessus afin de triompher
la justice. Reste à agir, se mobiliser et lutter.
A bon entendeur…