San
Finna N°450 du
11 au 17 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LA
LIGUE DES CONSOMMATEURS DU BURKINA
PROPOSE LA CREATION D’UN OBSERVATOIRE DES PRIX
QU’EN PENSENT DES BURKINABE ?
La
Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) a suggéré
récemment, au vu de l’augmentation des prix,
la mise sur pied par le gouvernement d'une commission
nationale chargée d'élaborer la politique
nationale en matière de consommation qui prenne
en compte tous les secteurs à savoir les produits
alimentaires, l'eau, le gaz, l'électricité,
les autres combustibles, la santé, les transports
et la communication, les articles d'habillement et l'enseignement.
Les travaux d'une telle commission seraient axés
notamment sur le système de surveillance, de contrôle
et de répression concernant les prix des produits
de première nécessité et leur qualité
sanitaire. Cela nous a donné envie d’interroger
deux Burkinabé pour avoir leurs points de vue sur
le sujet. Voici la question que nous leur avons posée
:
-
Que vous inspire cette mesure préconisée
par la LCB pour la mise en place d’ un Observatoire
de contrôle des prix : pensez-vous que cette structure
agira positivement sur les prix ?
Cyril
Goungounga, président du PARIS : Je
vous remercie de me donner l’occasion de parler
de cette importante question de prix.
Il
faut d’abord souligner que nous sommes dans
un système libéral. C’est un
système où les prix se fixent librement
même si la loi portant liberté des
prix et organisation de la concurrence a mis un
ensemble de dispositions non pas seulement pour
protéger le consommateur de la hausse anarchique
des prix mais également pour assurer la bonne
qualité des produits. Il convient de préciser
que la fixation des prix est la résultante
d’une lutte entre humains, entre les acheteurs
et les vendeurs,
l’acheteur
qui représente le consommateur et le vendeur
qui représente le producteur. Ensuite,
je dirai tout de go que le rapport de forces est
en faveur du vendeur qui connaît la structure
du prix et qui connaît aussi la situation
des stocks. Le consommateur lui ne fait rien sinon
avoir besoin d’acheter ce dont dispose le
vendeur ici et nulle part ailleurs, et comme le
producteur veut augmenter toujours les prix pour
rester dans la logique « maximiser son profit
», alors les prix montent, et quand les
prix montent, ce n’est pas une catastrophe
en soi ; cela se fait de façon maîtrisée.
Et
si nous voyons par exemple au niveau de l’UEMOA
l’un critères de convergence fait
que l’inflation ne doit pas dépasser
le seuil de 3%-généralement- puisque
chaque année le conseil des ministres de
l’UEMOA fixe le plafond en ce qui concerne
l’inflation. Pourquoi pas 0% ? C’est
parce que le conseil de ministres de l’institution
estime que il faut assurer un minimum de progression
de prix qui est source de progrès. Nous
ne sommes pas dans un régime rigide comme
sous la révolution. Sous le CNR, on a voulu
imposer des tarifs. Ça c’est dans
un système de monopole, l’Etat avait
le monopole. Mais dans un système libéral
où les entreprises publiques ont été
privatisées où il y a la libre concurrence,
l’Etat doit forcement arbitrer mais l’Etat
ne peut pas retenir la hausse des prix, c’est
le consommateur. Mais comme ces derniers ne sont
pas assez organisés, qu’est-ce que
vous voulez ? Il y a des associations de consommateurs
par exemple mais je tiens à préciser
que souvent les associations de consommateurs
sont des associations concurrentes. Je me rappelle
qu’une fois il y’a eu une petite cagnotte
que l’assemblée nationale a inscrite
en faveur des associations des consommateurs et
pour le partage, c’était la croix
et la bannière. Les consommateurs ne sont
pas organisés et le producteur a la voie
libre. Le gouvernement ne peut pas obliger quelqu’un
à produire, il ne peut pas obliger quelqu’un
à vendre. Par exemple en matière
de denrées, si le producteur ou le vendeur
fait des stocks en attendant des moments plus
propices pour lui, que voulez vous ? C’est
la même chose en matière de produits
pétroliers. Si le vendeur d’essence
vous dit qu’il y’a augmentation vous
ne pouvez rien d’autre que vous conformer,
mettre votre carburant puisque vous n’en
avez pas.
J’ai été confronté
la dernière fois à ce problème
et je n’allais tout de même partir
parce qu’il n’y avait pas de carburant
dans ma voiture, je ne pouvais aller nulle part
même pour aller alerter une autorité.
Je suis obligé de subir. Cela ne veut pas
dire que j’encourage. Je n’encourage
pas et si l’Etat doit intervenir, c’est
subventionné ; or la subvention en matière
économique n’est pas une bonne chose.
On ne peut pas subventionner à tout vent
; on doit souvent laisser la réalité
se faire.
La seule solution est que les consommateurs puissent
réagir. Ce n’est pas forcement réagir
depuis les structures formelles mais c’est
la réaction des consommateurs en boudant
certains produits. Je pense que c’est la
solution, sinon il n’y en a pas d’autres
dans notre système. On ne peut pas obliger
les gens à vendre leurs produits à
tel ou tel prix et si on doit réprimer,
il faut réprimer ceux qui achètent
et non pas ceux qui fixent leurs prix, parce que
c’est eux qui sont les fautifs. Quand il
y’a eu la dévaluation, tout le monde
a crié que les produits étaient
devenus chers mais les marchés étaient
tout de même bourrés. On a toujours
reproché que les gens aiment tout ce qui
coûte cher. Je me rappelle qu’il y
a eu une année où un établissement
d’enseignement a multiplié ses tarifs
par trois et tout le monde a dit que personne
n’ira là-bas, mais au dernier moment
les enfants ont exigé que leurs parent
les emmènent à cette école
parce que s’ils ne le font pas, ils n’iront
pas non plus dans une école au rabais.
Je connais un éleveur qui vendait des œufs
de chez nous à 50 francs que personne n’achetait,
mais sentant la ruine très proche, il a
mis sur ses œufs «Oeufs de Marne la
vallée » et « Neuilly sur Seine
(Paris) » et il les vendait à 500
francs et les gens les ont achetés comme
des petits pains. Quelque part donc, les gens
font une corrélation entre la qualité
et le prix. Donc, la question du prix est très
complexe. Il y en a qui proposent la mise en place
d’une structure gouvernementale qui va se
pencher sur la question des prix, mais si déjà
l’Inspection des prix n’arrive pas
à jouer ce rôle, ce ne sera des commissions
qui y arriveront. Nous sommes dans un système
libéral et c’est ça le problème,
puisque les consommateurs se comportent librement,
ils peuvent acheter, ils peuvent ne pas acheter.
Ce qui est sûr c’est que l’Etat
ne peut pas agir directement sur les prix. Voilà
ce que je peux dire à ce sujet.
Belemnaaba
Rasmané, Etudiant en physique : Ma réaction
est celle d’un étudiant qui vit avec toutes
les difficultés inimaginables qui suivent ces augmentations
intempestives. Mais qu’est-ce que vous voulez ?
Nous sommes bien au Faso.
Il est vrai que la situation est telle qu’on a envie
de se dire qu’aucun contrôle n’est fait
autour des prix des produits, surtout de première
nécessité.
Tout récemment, le prix du pain est monté
à 130 f, le litre d’huile a dépassé
le cap des 700 f. Tout cela sans aucune augmentation de
salaire !
Alors, je pense qu’une telle proposition est très
bien mais nous attendons de voir ce que cela va rapporter
dans le fond.
Ce matin encore (NDLR : nous étions le samedi 2
février), nous suivons un cours à l’ENAREF
avec notre professeur Paul Tiendrébéogo
autour des prix, et il est ressorti que les consommateurs
sont capables de transformer le cours des prix.
En cas d’augmentation de ce type, je pense qu’il
faut que les structures de consommateurs travaillent de
concert avec les pouvoirs publics pour que les prix puissent
(à défaut de baisser) se stabiliser. Alors,
j’ai la conviction que cela peut se faire ici.
On raconte partout que c’est les problèmes
de recouvrement des taxes qui font que les prix montent
autant. Mais cela ne tient pas à mon sens car ces
taxes sont obligatoires depuis bien longtemps, et qu’on
les paie ou pas, c’est bien loin de faire monter
ou descendre les prix.
Thierry
Nabyouré
COUP
DE GUEULE
QU’ON ARRETE DE NOUS BARRER LA « DE GAULLE
» A TOUT VA…
Mardi
dernier, à quelques encablures de l’Hôtel
des finances de Bogodogo se tenait une manifestation que
les usagers de l’avenue Charles de Gaulle ont eu
du mal à comprendre. Il s’agissait de l’inauguration
des nouveaux feux tricolores de l’avenue.
Evènement médiatisés avec la
présence de notabilités et du maire
en chef de Ouagadougou.
Si
l’évènement a tant étonné
et déçu, c’est qu’il n’y
avait rien de spectaculaire en soi (pour le commun
des Burkinabé) qui l’aurait nécessité.
Des feux ont été installés,
oui c’est bien et après ? Faut-il,
vraiment tout un ramdam pour que ça se sache
? Fallait-il jusqu’à la présence
d’un maire, de chefs de quartiers et d’illustres
pour rien que ça ?
Ces questions, beaucoup de personnes se la sont posée
mais ce qui a fait d’eux des suppliciées,
c’est qu’on en soit arrivé à
leur bloquer le passage.
Si nombre des usagers de cette seule grande voie de la
capitale se plaignent de cette pratique, c’est qu’ils
en ont vraiment raz le bol.
Pratiquement tous les dimanches, s’organisent sur
ce chemin une course cycliste, si ce ne sont les escortes
officielles qu’on fait passer exprès par
là (comme pour montrer qu’on a un semblant
d’autoroute au Faso). C’est vrai que c’est
comme partout à Ouagadougou mais renseignez vous
auprès de l’usager régulier de la
« de Gaulle », il vous en soufflera beaucoup
sur ces bouclages intempestifs.
Cela nous donne envie de dire à monsieur le Maire
que nous savons que les feux tricolores sont bien, mais
point n’est besoin de s’enorgueillir à
ce point puisqu’on n’a même pas assez,
comme le dit le langage populaire, de ces « racketteur
de brûleur de feux » postés pour servir
la commune et l’Etat, aux implantations de feux
tricolores. On peut poursuivre en disant à Mr le
Maire que les Burkinabé ne travaillent déjà
pas assez, qu’il faut arrêter les inaugurations
pour un oui ou un non, à la pelle, qui les empêchent
davantage d’aller bosser, surtout que finalement,
si on veut bien y voir, c’est de l’esbroufe
politique.
Déjà que les prix des hydrocarbures sont
en augmentation vertigineuse alors que rien n’est
fait du côté des salaires, il serait important
que les dirigeants de ce pays sachent qu’il faut
savoir ne pas trop déranger cette population qui
semble bien passive ; en plus des millilitres que le motocycliste
pense qu’il perdra désormais sur cette route,
faut pas lui demander de contourner parce qu’il
y a inauguration de feux tricolores.