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CREATION
DE L’AUTORITE SUPERIEURE DE CONTROLE D’ETAT
MARCHERA, MARCHERA PAS ?
Le
23 janvier 2008, le conseil des ministres a examiné
et adopté un décret portant organisation
et fonctionnement d’une nouvelle structure,
l’Autorité supérieure de contrôle
d’Etat (ASCE). Elle verra donc bientôt
le jour et sera appelée à lutter contre
la corruption ; elle rationalisera les structures
de contrôle de l'Etat déjà existantes.
Les Burkinabé ont vraiment été
partagés à l’annonce de cette
création : les uns applaudissent en disant
qu’enfin, on n’aura droit qu’à
une seule structure ayant plus de pouvoirs et que
les structures existantes pourront l’aider
à vraiment faire bouger les choses, surtout
que le premier responsable aura rien moins que le
rang de ministre, encore et surtout que cette Autorité
pourra saisir la justice. Les autres ricanent :
une structure de plus ! Tant qu’il n’y
aura pas de vraie volonté politique, les
choses ne changeront pas. Même si la justice
peut être saisie par l’ASCE, on sait
comment au Faso, on range les dossiers dans les
tiroirs et comment on joue avec le temps afin que
les crimes et délits restent impunis ! Deux
sons de cloche. |
| OUI,
CA VA MARCHER
Au
Burkina Faso, souvent, on ne donne pas sa chance
aux nouvelles décisions : on est négatif
par nature. Il faut apprendre à changer.
Nous avons un premier Ministre qui veut prendre
le problème de la corruption à bras
le corps : laissons le faire et ensuite, on pourra
dire s’il a oui ou non réussi. Cette
idée d’Autorité supérieure
de contrôle d’Etat est une excellente
idée car, mine de rien, elle va remplacer
au fur et à mesure toutes ces anciennes structures
budgétivores et inutiles qui n’ont
pas réussi dans leurs missions. Ca donne
une nouvelle chance à la lutte. Il faut faire
aussi confiance aux autorités -car elles
savent qu’elles ne peuvent se permettre d’échouer-
pour trouver l’oiseau rare qui pourra se lancer
à fond dans sa mission. Et puis, le fait
que cette structure puisse saisir la justice est
une innovation très positive. Il faut encourager
l’émergence de cette Autorité
car finalement, le pouvoir n’a pas le choix
: il est regardé comme le lait sur le feu
au niveau de la corruption, donc il ne pourra qu’appuyer
cette structure de toutes ses forces. La seule chose
à craindre, c’est peut-être qu’on
« wacke » le futur dirigeant de cette
structure. Il faut donc en trouver un d’exceptionnel,
de courageux et déterminé. Et le Burkina
ne manque pas de compétences. L’étudiant
Ernest Ilboudo (UFR/SEG) ne sera certainement pas
contre cet avis, lui qui souligne ceci : «
Au Burkina, la meilleure façon de combattre
la corruption, c’est de multiplier les structures
et les institutions. Tertius Zongo est en train
de montrer qu’il veut donner sa chance à
tous les Burkinabé. Aujourd’hui, beaucoup
de choses bougent au Faso. Même les véhicules
de l’Etat sont vérifiés chaque
semaine à Ouaga et dans les grandes villes.
C’est une bonne initiative et il reste à
trouver la personne appropriée pour diriger
l’institution ». Mr Maurice Ouédraogo,
Particulier, est pour l’idée et propose
qu’un religieux soit nommé à
la tête de cette structure : « C’est
une bonne chose et j’y souscris mais maintenant
il faut trouver des compétences pour diriger
cette structure. Je préconise que cette structure
se charge de coordonner les activités des
structures antérieures mises en place. Il
faudra une personne de bonne moralité pour
diriger cette structure. Et il faudrait la confier
à un religieux de l’Eglise chrétienne,
très honnête et capable d’être
au-dessus des tendances politiques ». Gaspard
Bako, Enseignant, n’est pas loin de partager
ce point de vue : « Je suis très content
que cette nouvelle structure soit crée car
la corruption a la vie dure au Faso. Chaque année,
le REN-LAC fait des rapports sur la corruption,
c’est salutaire et c’est bien que le
gouvernement se préoccupe de lutter aussi
contre ce fléau. Il faudrait un homme d’Eglise
pour diriger la structure». On le voit, les
Burkinabé veulent encore donner sa chance
à cette création : alors, ne la rejetons
pas !
TOMI. |
CA
NE MARCHERA PAS
Les
Burkinabé ont déjà, dans leur
for intérieur, rejeté cette structure
car ils savent que ce sera une structure de plus
et surtout ils sentent que la volonté politique
ne sera pas encore au rendez-vous. C’est le
point de vue de Mamadou Yassou, Particulier, qui
a eu cet avis : «Il ne sert à rien
de polémiquer sur cette énième
structure qui ne sert à rien finalement sinon
encore protéger de gros poissons et réprimer
des alevins. Combien de personnalités sont
coupables d’abus de biens sociaux et ne seront
jamais inquiétées dans ce Faso ? Lorsque
vous observez autour de vous, tout le monde sait
combien touche un fonctionnaire de catégorie
A1, même après 20 ans de service. Mais
faites les quartiers et vous verrez des duplex qui
sortent de terre appartenant à ces fonctionnaires
qui ont entre 200 à 300.000 fcfa sur leur
bulletin de salaire. Allez comprendre : c’est
le système bâti depuis 1990. Je vous
rappelle que l’Inspection générale
des Services (IGS) a pratiquement le même
âge. Donc, si les rapports de l’IGS
n’ont jamais connu un début d’exécution,
il est illusoire de s’attendre à quelque
chose avec la nouvelle structure. C’est seulement
scandaleux et inacceptable. Ce n’est pas après
plus de 20 ans de corruption, d’abus de biens
sociaux, de délit d’initié et
d’injustice qu’une nouvelle structure
viendra comme une baguette magique, résoudre
cette situation qu’à une minorité
de la société ». Mme Sidonie
Félicité Ouédraogo, Cadre dans
l’administration, est un peu plus nuancée
mais sceptique tout de même : « J’ai
compris quelque part qu’on va nommer à
ce poste quelqu’un qui aura le rang de ministre
et qu’il va assister au Conseil des ministres.
Cela ne me dit rien. C’est une structure de
plus pour caser les amis. Le premier Ministre contrôle
déjà les membres du gouvernement ainsi
que les institutions. Il y a la Cour des comptes,
l’Inspection d’Etat et même le
Comité de lutte contre la corruption. Si
l’on veut que cette nouvelle structure soit
opérationnelle, il aurait fallu qu’on
nomme un ministre d’Etat chargé du
contrôle de l’Etat afin qu’il
ne soit pas intimidé par les autres ministres
et même ridiculisé. Dans ce contexte,
les candidats seront rares à moins que ce
ne soit une forte tête de l’opposition,
quelqu’un d’assez indépendant
et dur de caractère sinon ce serait encore
un coup d’ épée dans l’eau.
Je ne la sens pas, cette structure ». Et pour
conclure, Tapsoba Gérard, Agent de maîtrise,
a un point de vue catégorique : « Le
problème ne réside pas dans la création
de structures et d’institutions. Que font
la police, la gendarmerie et la justice dans un
pays soucieux de son développement ? Alors,
comprenez que le problème réside ailleurs.
Si ceux qui nous dirigent veulent combattre le fléau,
ils savent comment s’y prendre. Même
avec les structures déjà existantes,
ils peuvent y arriver. Les dirigeants s’amusent
avec le peuple et il n’y a pas réellement
une volonté politique de s’attaquer
à la corruption. C’est juste pour montrer
aux yeux des bailleurs que quelque chose se fait
sinon il n’y a rien, il n’y aura rien
du tout et tout le monde le sait ». Qu’écrire
de plus ?
TOZI.
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