Mise à jour le 03/02/2008
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San Finna N°449 du 04 au 10 Février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

CREATION DE L’AUTORITE SUPERIEURE DE CONTROLE D’ETAT
MARCHERA, MARCHERA PAS ?

Le 23 janvier 2008, le conseil des ministres a examiné et adopté un décret portant organisation et fonctionnement d’une nouvelle structure, l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE). Elle verra donc bientôt le jour et sera appelée à lutter contre la corruption ; elle rationalisera les structures de contrôle de l'Etat déjà existantes. Les Burkinabé ont vraiment été partagés à l’annonce de cette création : les uns applaudissent en disant qu’enfin, on n’aura droit qu’à une seule structure ayant plus de pouvoirs et que les structures existantes pourront l’aider à vraiment faire bouger les choses, surtout que le premier responsable aura rien moins que le rang de ministre, encore et surtout que cette Autorité pourra saisir la justice. Les autres ricanent : une structure de plus ! Tant qu’il n’y aura pas de vraie volonté politique, les choses ne changeront pas. Même si la justice peut être saisie par l’ASCE, on sait comment au Faso, on range les dossiers dans les tiroirs et comment on joue avec le temps afin que les crimes et délits restent impunis ! Deux sons de cloche.

OUI, CA VA MARCHER

Au Burkina Faso, souvent, on ne donne pas sa chance aux nouvelles décisions : on est négatif par nature. Il faut apprendre à changer. Nous avons un premier Ministre qui veut prendre le problème de la corruption à bras le corps : laissons le faire et ensuite, on pourra dire s’il a oui ou non réussi. Cette idée d’Autorité supérieure de contrôle d’Etat est une excellente idée car, mine de rien, elle va remplacer au fur et à mesure toutes ces anciennes structures budgétivores et inutiles qui n’ont pas réussi dans leurs missions. Ca donne une nouvelle chance à la lutte. Il faut faire aussi confiance aux autorités -car elles savent qu’elles ne peuvent se permettre d’échouer- pour trouver l’oiseau rare qui pourra se lancer à fond dans sa mission. Et puis, le fait que cette structure puisse saisir la justice est une innovation très positive. Il faut encourager l’émergence de cette Autorité car finalement, le pouvoir n’a pas le choix : il est regardé comme le lait sur le feu au niveau de la corruption, donc il ne pourra qu’appuyer cette structure de toutes ses forces. La seule chose à craindre, c’est peut-être qu’on « wacke » le futur dirigeant de cette structure. Il faut donc en trouver un d’exceptionnel, de courageux et déterminé. Et le Burkina ne manque pas de compétences. L’étudiant Ernest Ilboudo (UFR/SEG) ne sera certainement pas contre cet avis, lui qui souligne ceci : « Au Burkina, la meilleure façon de combattre la corruption, c’est de multiplier les structures et les institutions. Tertius Zongo est en train de montrer qu’il veut donner sa chance à tous les Burkinabé. Aujourd’hui, beaucoup de choses bougent au Faso. Même les véhicules de l’Etat sont vérifiés chaque semaine à Ouaga et dans les grandes villes. C’est une bonne initiative et il reste à trouver la personne appropriée pour diriger l’institution ». Mr Maurice Ouédraogo, Particulier, est pour l’idée et propose qu’un religieux soit nommé à la tête de cette structure : « C’est une bonne chose et j’y souscris mais maintenant il faut trouver des compétences pour diriger cette structure. Je préconise que cette structure se charge de coordonner les activités des structures antérieures mises en place. Il faudra une personne de bonne moralité pour diriger cette structure. Et il faudrait la confier à un religieux de l’Eglise chrétienne, très honnête et capable d’être au-dessus des tendances politiques ». Gaspard Bako, Enseignant, n’est pas loin de partager ce point de vue : « Je suis très content que cette nouvelle structure soit crée car la corruption a la vie dure au Faso. Chaque année, le REN-LAC fait des rapports sur la corruption, c’est salutaire et c’est bien que le gouvernement se préoccupe de lutter aussi contre ce fléau. Il faudrait un homme d’Eglise pour diriger la structure». On le voit, les Burkinabé veulent encore donner sa chance à cette création : alors, ne la rejetons pas !


TOMI.

CA NE MARCHERA PAS

Les Burkinabé ont déjà, dans leur for intérieur, rejeté cette structure car ils savent que ce sera une structure de plus et surtout ils sentent que la volonté politique ne sera pas encore au rendez-vous. C’est le point de vue de Mamadou Yassou, Particulier, qui a eu cet avis : «Il ne sert à rien de polémiquer sur cette énième structure qui ne sert à rien finalement sinon encore protéger de gros poissons et réprimer des alevins. Combien de personnalités sont coupables d’abus de biens sociaux et ne seront jamais inquiétées dans ce Faso ? Lorsque vous observez autour de vous, tout le monde sait combien touche un fonctionnaire de catégorie A1, même après 20 ans de service. Mais faites les quartiers et vous verrez des duplex qui sortent de terre appartenant à ces fonctionnaires qui ont entre 200 à 300.000 fcfa sur leur bulletin de salaire. Allez comprendre : c’est le système bâti depuis 1990. Je vous rappelle que l’Inspection générale des Services (IGS) a pratiquement le même âge. Donc, si les rapports de l’IGS n’ont jamais connu un début d’exécution, il est illusoire de s’attendre à quelque chose avec la nouvelle structure. C’est seulement scandaleux et inacceptable. Ce n’est pas après plus de 20 ans de corruption, d’abus de biens sociaux, de délit d’initié et d’injustice qu’une nouvelle structure viendra comme une baguette magique, résoudre cette situation qu’à une minorité de la société ». Mme Sidonie Félicité Ouédraogo, Cadre dans l’administration, est un peu plus nuancée mais sceptique tout de même : « J’ai compris quelque part qu’on va nommer à ce poste quelqu’un qui aura le rang de ministre et qu’il va assister au Conseil des ministres. Cela ne me dit rien. C’est une structure de plus pour caser les amis. Le premier Ministre contrôle déjà les membres du gouvernement ainsi que les institutions. Il y a la Cour des comptes, l’Inspection d’Etat et même le Comité de lutte contre la corruption. Si l’on veut que cette nouvelle structure soit opérationnelle, il aurait fallu qu’on nomme un ministre d’Etat chargé du contrôle de l’Etat afin qu’il ne soit pas intimidé par les autres ministres et même ridiculisé. Dans ce contexte, les candidats seront rares à moins que ce ne soit une forte tête de l’opposition, quelqu’un d’assez indépendant et dur de caractère sinon ce serait encore un coup d’ épée dans l’eau. Je ne la sens pas, cette structure ». Et pour conclure, Tapsoba Gérard, Agent de maîtrise, a un point de vue catégorique : « Le problème ne réside pas dans la création de structures et d’institutions. Que font la police, la gendarmerie et la justice dans un pays soucieux de son développement ? Alors, comprenez que le problème réside ailleurs. Si ceux qui nous dirigent veulent combattre le fléau, ils savent comment s’y prendre. Même avec les structures déjà existantes, ils peuvent y arriver. Les dirigeants s’amusent avec le peuple et il n’y a pas réellement une volonté politique de s’attaquer à la corruption. C’est juste pour montrer aux yeux des bailleurs que quelque chose se fait sinon il n’y a rien, il n’y aura rien du tout et tout le monde le sait ». Qu’écrire de plus ?


TOZI.

Citation de la semaine

« On se tait pour de grandes raisons : on n'agit que pour de petites »

Jules Renard






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