Mise à jour le 03/02/2008
ACTUALITES

Fleche Accueil
Fleche Sommaire du N°449
Fleche Au courant de la plume
Fleche A vue de pays
Fleche Deux sons de cloche
Fleche Tribune de la femme
Fleche D'une semaine à l'autre
Fleche A vue de monde
Fleche Cocktail flash
Fleche Sites à visiter
Fleche Nos archives

DIALOGUE

 Fleche Ajouter à vos favoris
 Fleche Nous contacter

SERVICES
Fleche E-mail gratuit
Fleche Infos mondiales (AFP)
Fleche Horoscope
PUBLICITES

Galerie de photos

 
 
LIENS UTILES

Fleche cenatrin
Fleche site officiel du Burkina
Fleche fespaco
Fleche siao
Fleche uemoa
Fleche ceni

RECHERCHE SUR INTERNET
 

PARTENAIRES

 


 
Hebdomadaire burkinabè paraissant le Lundi
Bienvenue sur le site de San Finna, votre hebdomadaire burkinabè en ligne!
          
San Finna N°449 du 04 au 10 Février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

LES REBELLES AUX PORTES DE N’DJAMENA
LE DISPOSITIF EPERVIER ET L’EUFOR AU PIED DU MUR


300 pick-up bourrés de rebelles ont parcouru plus de 1.000 kilomètres pour venir forcer les défenses de N’Djamena, prendre pied dans la ville et se préparer à engager contre le pouvoir de Déby, la bataille des batailles.
La situation n’est pas inédite. Le pays a déjà été par le passé, servi par de telles chevauchées. Hissène Habré et Idriss Déby en ont été les acteurs victorieux. Pas plus tard qu’en 2006, les rebelles avaient même pénétré comme aujourd’hui dans la capitale, jusqu’aux abords de la Présidence ! Cette énième cavalcade ne devrait pas étonner et passionner outre mesure les opinions. Tel n’est pas le cas pourtant. C’est que la situation se présente dans un contexte différent.

Ce contexte est marqué par des évolutions notables dans la région et en Afrique. Les engagements pris par Nicolas Sarkozy au sujet de la rupture avec une certaine politique africaine de la France font leur effet. C’est vrai qu’il a pris soin de ne pas toucher au volet militaire mais il n’est pas ignorant du sentiment anti-Français qui se développe à travers tout le continent et qui repose en grande partie sur les services qu’apportent les forces françaises, à la Françafrique et qui insupporte de plus en plus les Africains. Il sait que s’il peut jouer de franchise en révélant les petits services que rend le dispositif Epervier à Déby, il ne pourra plus, sans dommage, aller jusqu’à l’engager dans des combats ouverts, comme par le passé, aux côtés des forces du chef de l’Etat tchadien pour contrer la rébellion.
Mais en multilatéralisant ce genre d’interventions, en confiant à l’Europe le soin de se spécialiser dans ce domaine, la France pourrait, avec des avantages comparatifs évidents, continuer à faire ce qu’elle a toujours fait. D’où pour beaucoup, la raison d’être de l’EUFOR.
L’EUFOR qu’on envoie avec des lettres de mission floues en Centrafrique et au Tchad, sous prétexte d’aider à la résolution du conflit soudanais et de préparer la venue de la fameuse et mythique force hybride mais qui en réalité, pourrait bien s’insérer dans un jeu d’ influence pour contrer les prises de position fortes de la Chine, des pays du Golfe arabique et autres puissances dans cette partie de l’Afrique riche en pétrole. Et c’est là une autre évolution dans l’environnement de cette zone.
De ces calculs et compétitions autour des ressources énergétiques, les Soudanais en ont conscience ; les Tchadiens et notamment les opposants armés n’en sont pas non plus dupes. Ils ont du reste très tôt mis en garde, non seulement le dispositif Epervier à qui viendrait l’idée de soutenir Déby contre l’opposition armée, mais aussi l’EUFOR qui seraient tentés de se substituer au dispositif Epervier pour faire le sale boulot.
Mais comme de part et d’autre, on joue au plus fin, qu’on ne marchande pas les dénégations par rapport à ces accusations, l’expédition de la rébellion jusqu’à N’Djamena peut apparaître comme une initiative devant amener le loup à sortir du bois, bref à forcer le contingent militaire français et l’EUFOR à prouver qu’ils ne sont pas là pour s’ingérer dans les affaires intérieures du Tchad, à donner des gages qu’ils sont francs du collier !

 

Le défi est audacieux et grand car manifestement, n’en sortirait pas obligatoirement perdant celui qu’on croit : 300 pick-up, ce n’est rien en face du potentiel d’Idriss Déby, assuré d’une couverture aérienne et éventuellement appuyé par le dispositif français et l’EUFOR. Mais si ces derniers, trop sûrs d’eux, franchissaient le rubicond, ils apporteraient définitivement la preuve, aux yeux de l’opinion tchadienne et africaine, qu’ils sont là pour eux-mêmes, pour les richesses du continent et non pour raisons humanitaires, et par-dessus tout pour contrer ce génocide qu’ils ont monté en boucle pour pouvoir avoir le quitus de leurs peuples aux fins de venir squatter la région ! Et si cela se faisait, ils donneraient des arguments plus forts de nature à tisser des affiliations au

Rebelles tchadiens
(photo http://www.interet-general.info

Tchad, en Afrique et même au-delà. On voit là en filigrane, les éléments d’une internationalisation de ce conflit avec en retour au niveau des opinions occidentales, des impacts à venir d’images fortes de leurs nationaux kidnappés, torturés, assassinés, exploser. Kadhafi l’a dit : le terrorisme est l’arme des faibles et la leçon gagne en connaissance à travers les pays pauvres et notamment africains. Alors, il faudrait réfléchir par deux fois avant de déchaîner l’engrenage infernal !

Nous avons tendu notre micro à deux personnalités pour avoir leurs points de vue, à chaud, sur la situation au Tchad :

Abdou Karim Sango, Secrétaire aux affaires politiques du PAREN : Il y a deux choses.

D’abord, chaque fois qu’il y a une tentative de déstabilisation de régimes, fussent-ils mal élus, on ne peut que déplorer. Il est temps qu’en Afrique, on commence à respecter les conventions que nous ratifions. Ca y va de notre honneur.

Mais la crise au Tchad suscite une réaction qui doit dépasser celle-ci qui est purement juridique. Vous n’avez qu’à voir du côté de l’Union africaine qui a déclaré que si les rebelles arrivent à prendre le pouvoir au Tchad, on les obligera à organiser des élections démocratiques dans les plus brefs délais. Cela veut dire aussi qu’on assiste en Afrique à de véritables farces démocratiques, à des dictatures sous forme de démocratie. On a ici en Afrique des chefs d’Etat qui instrumentalisent les institutions des Etats, s’accaparent des ressources de l’Etat au détriment de la majorité. Ce qui est ridicule dans tout cela, c’est que pour le Tchad par exemple, on est certain que si les rebelles arrivent à prendre le pouvoir, toute la population sortira pour applaudir la situation et non pour la récuser. Alors quelle population a élu ce régime ? A mon avis, le Tchad n’est pas une démocratie. Il faut refonder le système démocratique en Africains. Les Africains ne sont pas incapables de démocratie ; il faut juste marquer un temps d’arrêt, corriger ce qui ne va pas, refaire les choses et c’est à partir de ce moment-là que l’on va assister à un véritable élan de développement de ce continent.

Voilà ce que je peux dire en attendant que les choses évoluent du côté de N’Djamena.

Me Hermann Yaméogo, Président de l’UNDD : Jusqu’à présent, la France n’a pas outrepassé les termes des accords techniques et de coopération militaire qui la lient au Tchad. Est-ce un jeu pour se donner le temps d’évacuer ses ressortissants avant de sonner la charge comme elle a un peu opéré en Côte d’Ivoire ? Je ne le souhaite pas personnellement mais j’apprécie favorablement qu’elle prenne un soin remarqué à faire le distinguo entre accords de défense et accords techniques et de coopération militaire, et surtout qu’elle ne se lasse de dire qu’elle ne sera pas engagée comme belligérante aux côtés de qui que ce soit, dans les combats en cours.

Il suffirait qu’elle trouve les moyens, elle qui contrôle l’aéroport de N’Djamena, de ne pas être compromise dans les bombardements des hélicoptères qui y décollent et qui causent plus de dégâts aux civils qu’aux rebelles, pour donner foi à ses propos.

Mais voilà déjà, à mon sens, de quoi rehausser la parole du président Sarkozy surtout que depuis, l’avion de reconnaissance et de surveillance semble revenu à la base, que les Mirages ont été transférés à Libreville et que des offres réitérées ont été faites à Idriss Déby de rejoindre la France avec sa famille. Tout cela n’est pas significatif d’une confiance en la durabilité du régime Déby et d’une volonté de lui voler au secours.

Ce sont des faits qui peuvent, s’ils n’étaient pas démentis ultérieurement, faire revenir de leur déception, nombre d’Africains convaincus que le chef de l’Etat français était parti pour renier ses engagements sur la rupture, même après le coup de gueule de Jean-Marie Bockel.

Mais plus important, cette prise de position peut jouer en atténuation du sentiment anti-français qui s’alimente aussi des appuis qu’apportent les forces françaises basées sur le continent aux sombres desseins de la Françafrique. Elle peut aussi, je crois, rassurer par-delà les Tchadiens, les Soudanais sur les intentions de l’EUFOR.

Jusqu’à présent, le sentiment dominant, c’est que la France veut utiliser l’EUFOR comme un cheval de Troie pour maintenir Déby au pouvoir et déstabiliser le Soudan. Si la France reste neutre dans les combats en cours, si elle n’apporte pas comme par le passé son soutien à Déby, elle fera d’une pierre, plusieurs coups : elle désarmera les réserves de certains de ses partenaires européens par rapport à l’EUFOR qui pourraient gêner sa présidence prochaine de l’Union européenne ; elle ménagera les possibilités, même après la relecture souhaitable des bases de la coopération franco-tchadienne, du maintien des relations privilégiées entre les deux pays. Par ailleurs, elle dissipera (je pense) certaines appréhensions du Soudan : Karthoum, à la faveur des évolutions, pourrait en effet être plus disposé vis-à-vis de l’EUFOR et pourquoi pas, de la force hybride.
Pour le moment donc, je trouve que la position française est la bonne et que, même si ce n’est pas important, ça pourrait demain participer de la remontée de la cote d’amour de Sarkozy plutôt à mal actuellement en France.

Mon vœu, c’est que cette ébauche de démarcation se confirme et s’illustre dans d’autres domaines comme le recel en France des fortunes détournées par des gouvernants africains, la légitimation des hold-up électoraux…, sous prétexte que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie et qu’elle a plus besoin qu’on la fasse marcher à la trique qu’aux vertus de l’alternance démocratique.

VT






Site réalisé par Come Tell The World