Mise à jour le 27/01/2008
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San Finna N°448 du 28 Janvier au 03 février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

AIDER LA DEMOCRATIE KENYANE
C’EST NOUS AIDER NOUS-MEMES

Il ne faut pas s’y tromper : ce qui se déroule actuellement au Kenya n’était pas écrit pour se passer dans le seul Kenya. Pendant la période précoloniale, nous avons vu des différends de société se muer en hécatombes ethniques. L’Afrique était alors en pleine effervescence, les guerres de conquête se succédaient pour fonder des empires, des embryons d’Etats. La colonisation a aggravé la tendance par un découpage qui s’est fait au mépris des réalités sociologiques, économiques, géographiques, ethniques…, du continent. Depuis, nous assistons, après les indépendances, à ces guerres entre ethnies dont celles qui se sont déroulées au Burundi et surtout au Rwanda, ont constitué le point culminant de l’horreur. Rien ne dit que la même chose ne peut pas encore être réédité sur le continent puisque, par ci par là à travers l’Afrique, des situations peu ou prou similaires, existent.

Le Kenya actuellement, même à échelle réduite, nous joue la même partition :

Les cadavres s’amoncellent dans les hôpitaux Kenyans
(Photo Reuters)

entre l’ethnie dominante, les Kikuyus, et les autres, minoritaires, on a ressorti les machettes comme du temps de Jommo Kenyatta. Nous en sommes déjà à plus de 800 victimes mais ça peut aller au-delà si l’incendie n’est pas vite maîtrisé.

Les Nigérians, il faut le rappeler, ont déjà surfé sur le même différend au temps de la guerre du Biafra et envoyé au cimetière, un million de victimes. Ce que en RDC on a réédité dans des proportions triplées. Et actuellement au Soudan, nous

réunissons toutes les conditions pour reproduire un nouveau Rwanda. Demain, la même chose peut se passer au Togo ou ailleurs et ne nous y trompons pas, la guerre larvée que se livrent Touarègues aux populations majoritaires au Mali et au Niger, peut connaître des manifestations plus globales et même contaminer d’autres pays.


Ca peut être le cas pour le Burkina Faso où des ethnies vivent de plus en plus mal ce qu’elles considèrent actuellement comme étant une politique de « mossification » économique, sociale, géographique, culturelle, politique… de moins en moins tolérée.

Aider le Kenya à régler son problème, ce n’est pas seulement voler au secours de ce peuple, de sa démocratie, de son application dans le respect des standards internationaux, c’est éviter que le prétexte des élections bidouillées ne serve de déclencheur à des crises ethniques tapies qui n’attendent que le moment d’éclater. C’est aussi, il faut le dire et le redire, éviter que le flot des populations, qui quittent des pays déshérités (de surcroît en crise) vers d’autres contrées africaines mieux loties ou vers l’Occident, ne s’accroisse. Voilà pourquoi Kofi Annan a raison de prendre l’affaire kenyane au sérieux. Il est bien placé pour savoir que ce genre de petit vent peut provoquer de grands orages ! Encore faudrait-il que chacun y joue de sa contribution. C’est bien que les USA, l’Union européenne, la Grande-Bretagne, le Parlement de l’Union africaine, aient franchi (chose incroyable) le rubicond pour non seulement condamner les élections mais demander leur répétition.

Mais comme par contre, on a mal de voir le silence, la torpeur des oppositions africaines, et plus encore des populations africaines qui se comportent comme si ce qui se passait au Kenya ne concernait que le seul Kenya, oublieux de ce vieux dicton qui conseille d’aider à éteindre le toit du voisin qui prend feu pas seulement par solidarité mais parce qu’en Afrique, les vents tournent très vite !

Les fraudes, les mauvaises démocratisations tout comme le manque d’emplois, il ne faut jamais cesser de le dire, participent fortement à la désespérance des Africains en leur continent, et si l’on veut secourir l’Afrique, permettre que ses peuples se remobilisent, il faut s’attacher au mode d’acquisition, d’exercice et de dévolution du pouvoir dans le souci d’institutionnaliser de vrais contrôles qui permettent une vraie alternance.

V.T





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