San
Finna N°447 du
21 au 27 Janvier 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
CONFERENCES
UEMOA ET CEDEAO
DES 17 ET 18 JANVIER 2008
SUR FOND D’AVANCEES MITIGEES
Les
Ouagavillois vont enfin respirer ! Plus d’escortes
à n’en plus finir, plus de sirènes
à tout vent ! C’est l’impression majeure
que les gens de notre capitale ont à présent,
au lieu de se préoccuper de ce que ces deux conférences
apporteront aux pays d’Afrique de l’Ouest
et à leurs populations.
Ils ont peut-être raison puisque ces conférences
semblent ne rien apporter de neuf à leur quotidien.
Nous y avons participé, avons pris la température
des deux ambiances (CEDEAO d’un côté
et UEMOA de l’autre) et tenteront de les décrire.
I.
LA CONFERENCE DES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT
DE L’ UEMOA
C’est
dans une salle polyvalente de conférence, belle
et comble, que s’est déroulée la cérémonie
d’ouverture de cette rencontre. Comme chefs d’Etat,
nous avons remarqué la présence des sieurs
Blaise Compaoré (bien évidemment), Amadou
Toumani Touré, Yayi Boni, Laurent Koudou Gbagbo
et Faure Eyadema. Abdoulaye Wade est arrivé quasiment
à la fin de la cérémonie. D’aucuns
disaient qu’il était à son hôtel
mais souffrant.
Cette rencontre, selon le président en exercice
sortant Blaise Compaoré, « constitue
un moment privilégié d’échanges,
d’évaluation des chantiers du processus d’intégration
et d’orientation des actions de notre institution
commune ». C’est donc par ces mots qu’il
introduisit son discours d’ouverture, essentiellement
axé sur les questions de paix et de développement.
Etaient à l’ordre du jour, les questions
tout aussi essentielles du financement des économies
des pays de l’espace UEMOA et de la mise en œuvre
des réformes communautaires au sein des Etats et
les partenariats avec les autres institutions économiques.
Après avoir cité des avancées notables,
matérialisées au cours de l’année
dernière, Blaise Compaoré a parlé
des perspectives en ces termes : «Dans la perspective
du renforcement de l’intégration, il nous
faut engager la réflexion sur l’élargissement
des attributions du Comité interparlementaire et
sur les suggestions de nos Conseils économiques
et sociaux ».
Le chef de l’Etat a aussi remercié les communautés
religieuses et coutumières et les organisations
de la société civile dans la quête
de développement et de progrès, ainsi que
tous les acteurs qui s’investissent pour les mêmes
causes.
Il a exprimé sa satisfaction à leurs Excellences
Monsieur Laurent Gbagbo, Président de Côte
d’Ivoire et Monsieur Guillaume Soro, premier Ministre
du même pays, ainsi que Monsieur Faure Eyadema,
pour « leur engagement résolu en faveur de
la paix », sa solidarité à ses frères
Tandja Mahamadou du Niger et Amani Toumani Touré
du mali qui ont su faire face aux velléités
portant atteinte à la sécurité intérieure
et à la stabilité de leurs pays.
Des
travaux fructueux ont été menés
en commission par les experts, juste après
le début de cette cérémonie
d’ouverture, et naturellement le huis clos
entre présidents et chefs de gouvernement
a eu lieu.
Dans
l’après-midi, à 17 h 45 exactement,
l’assemblée entendit enfin la lecture
du communiqué final.
Les noms des nouveaux patrons de la BCEAO et de
la BOAD étaient les plus attendus en cette
soirée : Henri Philippe Dakoury-Tabley de
Côte d’Ivoire remplace son compatriote
Charles Konan Banny à la tête de la
BCEAO et côté BOAD, c’est monsieur
Abdoulaye Bio Tchané qui a été
choisi pour conduire les destinées de l’institution.
Voilà pour l’UEMOA. Sauf pour le déblocage
du gouverneur de la BCEAO, c’est pratiquement tout
!
II.
LA 33EME SESSION DE LA CONFERENCE DES CHEFS D’ ETAT
ET DE GOUVERNEMENT DE LA CEDEAO
L’assemblée
présente lors de la cérémonie d’ouverture
de la 33ème session a découvert la présence
du « Guide » libyen Muammar Kadhafi. En effet,
d’aucuns susurraient déjà son arrivée
sur le sol burkinabé sans même comprendre
l’opportunité d’une telle présence
à ces cessions UEMOA et CEDEAO. Eh bien, notre
« pacha » était là, avec les
airs qu’on lui connaît, de nombril du monde.
Le discours de Blaise Compaoré a eu une introduction
plutôt rare pour une telle occasion. En effet, avant
même de citer les chefs d’Etat et de gouvernement,
il s’est adressé à ce dernier en ces
termes : « Frère Guide ». Ca voulait
tout dire !
Du discours d’ouverture, on retiendra un seul paragraphe
justifierait quelque peu la présence du Frère
guide : «La 33ème session ordinaire de
la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement
de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique
de l’Ouest accueille deux hôtes distingués.
Il s’agit du Frère Guide Moammar Al Kadhafi,
dont l’engagement fort pour bâtir une Afrique
libre et respectée est connu de tous, qui a accepté
de venir partager avec nous ses sentiments sur la marche
de notre continent vers son unité… ».
Quoi d’autre à signaler après cela
? Eh oui, la présence de son Excellence Monsieur
Ernest Bai Koroma, président de la République
de Sierra Leone, qui est à sa première participation.
Il y a aussi la réélection de Blaise Compaoré
pour un deuxième mandat en tant que président
de la commission de la CEDEAO.
Après cela, d’autres sujets ont été
passés à l’examen du sommet : les
chefs d’Etat et de gouvernement ont ainsi approuvé
la mise en place d’un Fonds de soutien au développement
des statistiques qui va permettre à la région
de financer les programmes de développement des
statistiques et renforcer les capacités des Etats
membres et de la commission ainsi que les institutions
de formation de la région.
Après les travaux, les chefs d’Etat et de
gouvernement ont, entre autres, adopté l’approche
commune sur les migrations qui est un mécanisme
régional pour relever les défis de la mobilité
intra-communautaire et l’émigration vers
les pays tiers.
Il faut noter également que les chefs d’Etat,
dans le but de permettre à la région de
faire face aux pénuries que connaissent les zones
rurales en matière d’énergie, ont
entériné le plan d’urgence pour la
sécurité de la fourniture d’énergie
et proposé que des sources alternatives d’énergie
soient explorées.
Sur les questions de productivité et de gestion
agricole de la région, le Sommet a entériné
un plan d’action quinquennal pour le développement
et le déploiement de la biotechnologie et de la
biosécurité pour améliorer la productivité
agricole et la compétitivité de l’agriculture
régionale et assurer la gestion des ressources
génétiques de la région.
Ils ont lancé un appel à l’amélioration
de la gestion des ressources en eau de la région.
En plus de plusieurs mesures prises en vue de maîtriser
diverses difficultés et soucis d’amélioration
de l’heure, les chefs d’Etat se sont largement
appesantis sur les Accords de partenariat Union Européenne
– ACP. Sur ces accords toujours en négociation
avec l’UE, les chefs d’Etat et de gouvernement
ont réaffirmé leur engagement à continuer
de négocier en bloc et chargé la commission
de la CEDEAO de convoquer une réunion des Etats
membres afin d’élaborer un cadre approprié
sur les APE. Cette réunion servir le cadre pour
des propositions en vue d’introduire un tarif extérieur
commun.
Une conférence de presse fut donnée par
la suite, animée par le ministre des Affaires étrangères
burkinabé, Djibril Bassolet. Ce qui fut une occasion
pour les journalistes de refaire le tour des différentes
décisions qui ont été prises au cours
du sommet.
On retiendra que les mêmes raisons qui ont nécessité
le maintien de Blaise Compaoré en sa qualité
de président en exercice de l’UEMOA ont inspiré
son autre maintien à la tête de la Conférence
des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO
: « Le président du Faso a introduit
un certain nombre de mesures, de négociations dans
l’espace communautaire » et il serait
donc nécessaire qu’il continue à rester
à la tête de ces institutions pour les mener
totalement à bien.
La
conclusion de tout cela, c’est que ce qui aura le
plus marqué les deux sommets, c’est la présence
de Kadhafi, l’élection du candidat de Laurent
Gbagbo à la BCEAO
Thierry
Nabyouré
SPECIAL
COCKTAIL FLASH SUR LE SOMMET
*
Le « Guide » libyen, invité spécial
de la 33 ème session de la CEDEAO par le chef de
l’Etat burkinabé en tant que président
en exercice de cette institution, s’est comporté
en vrai chef, contrairement à Blaise Compaoré
et John Kuffuor, président en exercice de l’Union
africaine : il restera assis pour son discours qui a duré
près de 45 minutes !
* Justement, on n’entendait pratiquement pas son
discours (pour ceux qui comprennent l’arabe) car
il se tenait affalé dans son fauteuil, très
loin du micro, et les casques de traduction ne fonctionnaient
pas, marmonnant comme il pouvait. Pendant donc près
de 10 minutes, les chefs d’Etat et de gouvernement
faisaient mine, on ne sait trop pourquoi, de comprendre
le « talk » du « Guide » et semblaient
même acquiescer à ses propos. Il a fallu
que Me Wade, qui en l’espèce a montré
qu’il avait ses libertés à préserver,
prenne sur lui d’arrêter le numéro
un libyen pour que l’organisation règle la
traduction.
* La romancière camerounaise bien connue Calixthe
Beyala, était à Ouagadougou, aux deux conférences
de la semaine sur l’UEMOA et la CEDEAO à
Ouaga 2000. A quel titre, entendait-on dire, ici et là
? Intrigués, nous avons voulu en savoir plus :
elle a promis nous contacter, a pris nos coordonnées
et s’en est allée fumer à l’extérieur
une cigarette mais elle ne nous rappela pas ! Dommage.
On avait pas mal de questions à lui poser ! En
tout cas, au train où vont les choses, ces sommets
vont se transformer en « cafoulmayé »
(NDLR : fourre-tout).
* Toujours sur elle, comme elle sait se faire remarquer,
usant de sa voix au timbre de baryton, elle a attiré
l’attention de la salle, en demandant avant le discours
de Kadhafi, dont elle est une défenderesse chevronnée
(on l’a remarqué à Paris lors de la
visite du « Guide ») un casque. Si jamais,
elle voulait encore être remarquée par le
« Guide », elle aura tapé dans le mille
!
* Les présidents ivoirien et ghanéen sont
arrivés avec de grands retards. Si pour le 2ème,
personne n’a fait de commentaire, on entendait se
murmurer que le président ivoirien est arrivé
tard car il n’avait pas fini de fêter la victoire
d’un des trois candidats qu’il proposait au
poste de gouverneur de la BCEAO (Paul Antoine Bohoun Bouabré,
Henri Philippe Dakoury-Tabley et Aubert Zohoré),
en l’occurrence Henri Philippe Dakoury-Tabley.
* Justement, à propos de commentaires, des confrères
étrangers ont trouvé que Blaise Compaoré
était plus à l’aise dans ses propos
qu’avant. Et de fait, il s’est un temps érigé
en maître de cérémonie, faisant une
sortie improvisée en guise de réponse au
«Guide » pour inviter la sous région
à ouvrir un débat sur le gouvernement panafricain.