Mise à jour le 13/01/2008
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San Finna N°446 du 14 au 20 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

JUGEMENT DE CHARLES TAYLOR
UN PROCES FONDATEUR OU ARRANGE ?

Interrompu depuis juillet 2007, le procès de Charles Taylor vient de reprendre à La Haye le 7 janvier 2008. Cette période de relâche n’a pas seulement permis aux membres du tribunal de prendre des vacances ; elle aura aussi été mise à profit pour trouver des réponses aux exigences de Charles Taylor afin de le disposer à se prêter à son jugement.

L’homme en effet, qui faisait les audiences buissonnières, ne se plaignait pas seulement de ses conditions de détention, de sa nourriture par trop européanisée ; il estimait que les droits de la défense n’étaient pas suffisamment respectés et qu’il fallait mettre à sa disposition les moyens de constituer une équipe d’avocats suffisamment compétente pour le défendre.

Il faut croire que toutes ces demandes auront été satisfaites puisqu’ à la reprise, l’ancien président, bien de sa personne, pas du tout démonté ni impressionné, était assis sur le banc des accusés comme si les 6 mois lui avaient, sinon permis d’avoir des assurances, de recharger ses batteries.

Comment les choses se passeront-elles dorénavant ?

On peut dire qu’à l’atmosphère première faite d’exaltation et de conviction qu’on aurait affaire à un procès fondateur, en ce sens qu’il permettrait de remonter toutes les chaînes de responsabilité a succédé des moments de doute significatifs de cette baisse d’engouement qu’on sent maintenant par rapport au dossier.

Jusqu’à présent, aucun document de la procédure, aucun témoignage ne fait état de ces chefs d’Etat, de ces multinationales, dont beaucoup de rapports ont relevé les assistances directes ou indirectes apportées à Taylor dans son entreprise criminelle. On ne parle ni de Kadhafi, ni de Compaoré ni de Bolloré, encore moins de Chirac. C’est vrai : certains comme L’Indépendant croient encore que les dés ne sont pas pipés : « Si Charles Taylor qui est si extraverti se met à table, le syndicat des chefs d’Etat qui n’a pas tenu sa promesse pourra avoir de sérieux problèmes. Cela voudrait dire pour chacun d’entre eux, qu’ils ne sont plus protégés en cas de perte du pouvoir, et que certains d’entre eux pourront être appelés à témoigner au tribunal spécial de la Sierra Léone. Il ne
tiendrait qu’à Taylor et à ses avocats de demander à les citer qui pour avoir facilité l’achat des armes par la fourniture de certificats de destination finale, qui pour avoir fourni les premiers pétrodollars, qui pour avoir facilité le commerce des diamants de sang (25/12/2007 au 02/01/2008). Cependant, d’autres ont rabattu leurs ambitions à des proportions plus modestes qui se contentent du seul jugement de Taylor qui en soi constituerait à leurs yeux un signal fort que plus rien ne serait comme avant.

Charles Taylor à la reprise de son procès
(Photo AFP)


Mais il y en a qui préfèrent se poser la question de la nécessité même d’un procès qui ne se révèlerait être qu’un jugement monté qui, contre le « sacrifice » d’un co-auteur, en laisserait d’autres en dehors des mailles de la procédure. Sont de ce lot ceux qui dénoncent dans les comptes-rendus faits du procès par les médias, une tendance à inverser les rôles et à présenter Taylor comme une victime décidée à se battre, et les témoins comme des affabulateurs ridiculisés, confondus par une défense aguerrie, ayant la maîtrise de son dossier. Sont de ce lot, ceux qui disent que les témoins ont été triés sur le volet, que les fonds ne seront pas débloqués pour permettre au tribunal de faire toute la lumière. Fait partie aussi de ce lot, le Professeur de droit Moustapha B. SOW, qui est persuadé qu’on aura droit qu’à une espèce de simulacre de procès : « la détermination des responsabilités pénales a été soumise à des contraintes et fera l’objet d’une interprétation politique restrictive » (in Multipol le 31 août 2007). Il rappelle aussi que de 18 chefs d’inculpation, on est revenu à 11 ! Pour lui, l’unique accusation de Charles Taylor au titre de « personne à la plus lourde responsabilité », occulte « des complicités criminelles transnationales » (bref des individus et grandes compagnies), et il va même jusqu’à s’interroger sur la question de Charles Taylor : bouc émissaire ou non ?

A un moment où l’on parle de « real politik », où les grands conducteurs de ce monde se font la concurrence pour réintégrer Kadhafi dans le concert des nations, il serait fort étonnant qu’une justice pénale internationale, au demeurant balbutiante, ait assez de marge pour investiguer au-delà du cas Taylor vers d’autres pour les appeler en cause dans la procédure.

Mais il ne faut en aucune matière, jurer de rien. Avant que jugement ne soit rendu en fin 2009, il se coulera beaucoup de mois. Il se pourrait alors qu’au fil des dépositions, les données changent, que des témoignages se fassent plus courageux, que des mobilisations venant des opinions prêtent main forte aux magistrats pour leur donner plus d’audace pendant l’instruction à la barre, ou que même pour une raison ou une autre, la langue de Taylor se délie.

V.T





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