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EST-CE
BIEN OU MAL QUE LE MOGHO NABA
PRETE SON IMAGE A DES OPERATIONS PUBLICITAIRES ?
Le
cas Mogho Naba commence à poser un réel
problème. Si on n’y prend garde, il
peut être la cause future de rupture de cohésion
nationale. C’est le bruit qui se répand
de plus en plus à la lumière d’une
polémique grandissante qui oppose ceux qui
félicitent son implication dans la vie politique,
économique, sociale, culturelle… et
ceux qui la trouvent excessive et porteuse de crispations
politiques, culturelles, ethniques. Cette polémique,
on l’a vue notamment à la faveur de
cette pause du chef des Mossi entre deux fourneaux
à gaz d’une société pétrolière
dont nous tairons le nom. Pour les uns, il ne faut
pas y voir du mal sinon que la volonté de
valoriser nos produits, de pousser les populations
à lutter pour un environnement sain en adoptant
de nouveaux modes de vie ; pour les autres, il y
a là une dévalorisation de son image
et des risques d’interprétation négative
quant à ses motivations. Deux sons de cloche.
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| LE
MOGHO NABA EST UN MOGHO DU PEUPLE QU’IL FAUT
FELICITER
Les pouvoirs, les institutions, les associations…,
bref les organisations de toutes sortes doivent
évoluer avec leur temps. Un Mogho Naba du
21 ème siècle ne peut pas se comporter
comme un Mogho Naba des temps anciens. L’actuel
a décidé d’aller vers le peuple.
Quoi de plus naturel si cela peut aider à
booster les affaires, à renforcer la cohésion,
la sécurité nationale ? Si ses interventions
déplaisaient autant au peuple, il y a longtemps
qu’ils le lui auraient manifesté. Mais
l’homme a imposé un style qui plaît
et qui aide le pays. Et les opérateurs économiques
qui ont du nez l’ont bien senti, qui sont
allés vers lui pour obtenir qu’il se
prête à une publicité. Il l’a
fait et depuis, c’est un véritable
« tabac » ! Le fait même qu’il
y en ait qui s’en plaignent, contribue à
faire une campagne positive pour le produit. C’est
le point de vue de Modeste Belem, Etudiant en 3ème
année UFR/SJP, qui nous a dit ceci : «
D’abord le droit à l’image
est reconnu à tout citoyen. Cela s’entend
de la photographie de la personne et ensuite de
la publication de celle-ci. Mais il faut dire que
ce droit est régi par une législation
et nul ne peut être photographié à
des fins publiques sans son consentement. Cela ne
s’applique pas à une certaine catégorie
de personnes de notoriété publique
ou de grandes personnalités. Mais pour le
Mogho Naba qui accepte qu’on utilise son image
à des fins de publicité commerciale,
je pense que ce n’est pas mauvais en soi,
en ce sens que ça participe à booster
la consommation pour ceux qui connaissent et respectent
ce qu’il représente dans la société.
Et comme nous vivons dans un pays et surtout dans
un contexte où l’on décide pour
la plupart des citoyens, cette publicité
qui est passée dans les journaux ressemble
plus à un appel du pied adressé à
une catégorie ethnique qui voue un profond
respect à leur roi pour faire décoller
les ventes. C’est une idée de génie,
et tout publicitaire doit être un génie
parce que son idée n’est point teintée
de politique mais plutôt dirigée vers
une population cible. Une publicité qui ne
choque pas n’est pas une publicité
et ça, c’est un grand coup pour cette
compagnie pétrolière ».
Même opinion chez Kaboré Isidore, commerçant
à Ouagadougou : « Il n’y
a rien de mal dans ce que le Mogho Naba a fait.
Auquel cas, les gardiens de la tradition allaient
lui dire que cette publicité n’est
pas bien, donc qu’il faut arrêter
». En conclusion, que le Mogho Naba ne se
laisse pas décourager par des aigris, qu’il
continue à sortir, à plaider pour
la paix, l’entente. Avant, on disait que la
chefferie était rétrograde, figée
dans le passé ; voilà que grâce
à lui aujourd’hui, elle est tellement
au-devant des choses qu’elle est quasiment
révolutionnaire. Alors, courage à
sa Majesté le Mogho Naba !
TOMI.
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LE
MOGHO NABA NE REND NI SERVICE A SA PERSONNE NI A
LA COUTUME
On
l’avait déjà vu dans les cérémonies
les plus banales, dans les activités les
plus insolites ; on l’avait déjà
vu garder les buts et encaisser des buts sur les
terrains de football ; on le voit aujourd’hui
se livrant à des publicités sur les
réchauds à gaz. Non, ce n’est
pas acceptable ! Trop, c’est trop ! A ce rythme-là,
un de ces jours, il risque de nous gratifier d’un
véritable défilé de mode !
Ca suffit. S’il a vraiment envie de vivre
comme un citoyen lambda et si son bonnet lui pèse
trop, qu’il le quitte ; c’est pas plus
compliqué ! On a vu dans d’autres pays,
des monarques renoncer au trône pour vivre
leur vie, filer le parfait amour avec l’élue
de leur cœur parce que leur charge les en empêchait.
Mais bon Dieu, qu’il fasse la même chose.
Le Journal du Jeudi, pour sa part, s’interroge
sur l’adhésion du Mogho Naba à
l’utilisation de son image dans cette opération
de matraquage médiatique, et conclue : «
Si l’on suppose que le Mogho Naaba ‘n’est
pas censé ignorer la loi’, il est loisible
de croire qu’il a su exiger toutes les royalties
qui vont résulter de ce coup de pub qui prouve
que plus rien n’arrête finalement les
‘bonnets rouges’ au pays des hommes
intègres.» Gilbert Kabré,
mécanicien au Secteur 28 de Ouagadougou,
n’en croit pas ses yeux : « J’ai
effectivement appris que le Mogho Naba a fait une
publicité dans un journal. On en parle dans
le marché mais je n’ose pas croire
que cela soit vrai. Le Mogho Naba ne peut pas faire
de la publicité pour une société
parce qu’il représente des valeurs
sociales, morales et traditionnelles. C’est
parce que nous sommes envahis de modernisme, sinon
comment pouvait-on rencontrer cet homme, n’en
parlons pas le regarder droit dans les yeux sans
mourir ? Et aujourd’hui, il fait de la publicité
? Je ne le crois pas. Les gens ont des techniques
de trucage pour faire des choses inimaginables et
je pense que c’est le cas. Voyez-vous, il
n’y a pas longtemps, un chansonnier traditionnel
célèbre interpellait et les chefs
traditionnels, et le Mogho Naba à ne point
confondre la chefferie traditionnelle au pouvoir
politique moderne. Je suis d’avis avec lui
parce qu’à l’allure où
vont les choses, on sera surpris un jour de voir
le Mogho Naba en maillot de bain autour d’une
piscine ! Une telle publicité ne m’encouragera
jamais à m’intéresser au produit
de cette publicité mais comment nous vivons
dans un monde d’argent, peut-être qu’il
s’est rempli les poches ? ». La compagnie
pétrolière aurait dû au moins,
ne serait-ce que pour la forme, préciser
que le Mogho Naba s’était gratuitement
prêté à cette publicité
: dommage qu’elle n’en ait rien fait
! En conclusion, il y a la bonne façon et
la mauvaise façon de se mettre au service
du peuple : celle du Mogho Naba est partisane ;
elle tend à opposer les Mossi aux autres
ethnies ; elle sent l’intérêt
à plein nez.
TOZI.
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