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San Finna N°445 du 24 Décembre 2007 au 13 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

EST-CE BIEN OU MAL QUE LE MOGHO NABA
PRETE SON IMAGE A DES OPERATIONS PUBLICITAIRES ?

Le cas Mogho Naba commence à poser un réel problème. Si on n’y prend garde, il peut être la cause future de rupture de cohésion nationale. C’est le bruit qui se répand de plus en plus à la lumière d’une polémique grandissante qui oppose ceux qui félicitent son implication dans la vie politique, économique, sociale, culturelle… et ceux qui la trouvent excessive et porteuse de crispations politiques, culturelles, ethniques. Cette polémique, on l’a vue notamment à la faveur de cette pause du chef des Mossi entre deux fourneaux à gaz d’une société pétrolière dont nous tairons le nom. Pour les uns, il ne faut pas y voir du mal sinon que la volonté de valoriser nos produits, de pousser les populations à lutter pour un environnement sain en adoptant de nouveaux modes de vie ; pour les autres, il y a là une dévalorisation de son image et des risques d’interprétation négative quant à ses motivations. Deux sons de cloche.

LE MOGHO NABA EST UN MOGHO DU PEUPLE QU’IL FAUT FELICITER


Les pouvoirs, les institutions, les associations…, bref les organisations de toutes sortes doivent évoluer avec leur temps. Un Mogho Naba du 21 ème siècle ne peut pas se comporter comme un Mogho Naba des temps anciens. L’actuel a décidé d’aller vers le peuple. Quoi de plus naturel si cela peut aider à booster les affaires, à renforcer la cohésion, la sécurité nationale ? Si ses interventions déplaisaient autant au peuple, il y a longtemps qu’ils le lui auraient manifesté. Mais l’homme a imposé un style qui plaît et qui aide le pays. Et les opérateurs économiques qui ont du nez l’ont bien senti, qui sont allés vers lui pour obtenir qu’il se prête à une publicité. Il l’a fait et depuis, c’est un véritable « tabac » ! Le fait même qu’il y en ait qui s’en plaignent, contribue à faire une campagne positive pour le produit. C’est le point de vue de Modeste Belem, Etudiant en 3ème année UFR/SJP, qui nous a dit ceci : « D’abord le droit à l’image est reconnu à tout citoyen. Cela s’entend de la photographie de la personne et ensuite de la publication de celle-ci. Mais il faut dire que ce droit est régi par une législation et nul ne peut être photographié à des fins publiques sans son consentement. Cela ne s’applique pas à une certaine catégorie de personnes de notoriété publique ou de grandes personnalités. Mais pour le Mogho Naba qui accepte qu’on utilise son image à des fins de publicité commerciale, je pense que ce n’est pas mauvais en soi, en ce sens que ça participe à booster la consommation pour ceux qui connaissent et respectent ce qu’il représente dans la société. Et comme nous vivons dans un pays et surtout dans un contexte où l’on décide pour la plupart des citoyens, cette publicité qui est passée dans les journaux ressemble plus à un appel du pied adressé à une catégorie ethnique qui voue un profond respect à leur roi pour faire décoller les ventes. C’est une idée de génie, et tout publicitaire doit être un génie parce que son idée n’est point teintée de politique mais plutôt dirigée vers une population cible. Une publicité qui ne choque pas n’est pas une publicité et ça, c’est un grand coup pour cette compagnie pétrolière ». Même opinion chez Kaboré Isidore, commerçant à Ouagadougou : « Il n’y a rien de mal dans ce que le Mogho Naba a fait. Auquel cas, les gardiens de la tradition allaient lui dire que cette publicité n’est pas bien, donc qu’il faut arrêter ». En conclusion, que le Mogho Naba ne se laisse pas décourager par des aigris, qu’il continue à sortir, à plaider pour la paix, l’entente. Avant, on disait que la chefferie était rétrograde, figée dans le passé ; voilà que grâce à lui aujourd’hui, elle est tellement au-devant des choses qu’elle est quasiment révolutionnaire. Alors, courage à sa Majesté le Mogho Naba !



TOMI.

LE MOGHO NABA NE REND NI SERVICE A SA PERSONNE NI A LA COUTUME

On l’avait déjà vu dans les cérémonies les plus banales, dans les activités les plus insolites ; on l’avait déjà vu garder les buts et encaisser des buts sur les terrains de football ; on le voit aujourd’hui se livrant à des publicités sur les réchauds à gaz. Non, ce n’est pas acceptable ! Trop, c’est trop ! A ce rythme-là, un de ces jours, il risque de nous gratifier d’un véritable défilé de mode ! Ca suffit. S’il a vraiment envie de vivre comme un citoyen lambda et si son bonnet lui pèse trop, qu’il le quitte ; c’est pas plus compliqué ! On a vu dans d’autres pays, des monarques renoncer au trône pour vivre leur vie, filer le parfait amour avec l’élue de leur cœur parce que leur charge les en empêchait. Mais bon Dieu, qu’il fasse la même chose. Le Journal du Jeudi, pour sa part, s’interroge sur l’adhésion du Mogho Naba à l’utilisation de son image dans cette opération de matraquage médiatique, et conclue : « Si l’on suppose que le Mogho Naaba ‘n’est pas censé ignorer la loi’, il est loisible de croire qu’il a su exiger toutes les royalties qui vont résulter de ce coup de pub qui prouve que plus rien n’arrête finalement les ‘bonnets rouges’ au pays des hommes intègres.» Gilbert Kabré, mécanicien au Secteur 28 de Ouagadougou, n’en croit pas ses yeux : « J’ai effectivement appris que le Mogho Naba a fait une publicité dans un journal. On en parle dans le marché mais je n’ose pas croire que cela soit vrai. Le Mogho Naba ne peut pas faire de la publicité pour une société parce qu’il représente des valeurs sociales, morales et traditionnelles. C’est parce que nous sommes envahis de modernisme, sinon comment pouvait-on rencontrer cet homme, n’en parlons pas le regarder droit dans les yeux sans mourir ? Et aujourd’hui, il fait de la publicité ? Je ne le crois pas. Les gens ont des techniques de trucage pour faire des choses inimaginables et je pense que c’est le cas. Voyez-vous, il n’y a pas longtemps, un chansonnier traditionnel célèbre interpellait et les chefs traditionnels, et le Mogho Naba à ne point confondre la chefferie traditionnelle au pouvoir politique moderne. Je suis d’avis avec lui parce qu’à l’allure où vont les choses, on sera surpris un jour de voir le Mogho Naba en maillot de bain autour d’une piscine ! Une telle publicité ne m’encouragera jamais à m’intéresser au produit de cette publicité mais comment nous vivons dans un monde d’argent, peut-être qu’il s’est rempli les poches ? ». La compagnie pétrolière aurait dû au moins, ne serait-ce que pour la forme, préciser que le Mogho Naba s’était gratuitement prêté à cette publicité : dommage qu’elle n’en ait rien fait ! En conclusion, il y a la bonne façon et la mauvaise façon de se mettre au service du peuple : celle du Mogho Naba est partisane ; elle tend à opposer les Mossi aux autres ethnies ; elle sent l’intérêt à plein nez.

TOZI.

Citation de la semaine

«Nous avons une raison de vivre :
apprendre, découvrir, être libres ! »

Richard Bach






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