San
Finna N°445 du
24 Décembre 2007 au 13 Janvier 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
ARCHE
DE ZOE
UN PROCES SUR MESURES ?
Le
procès de l’Arche de Zoé qui vient
de s’ouvrir à N’Djamena tient beaucoup
plus du show politico-médiatico-judiciaire, de
la justice « people » que de l’administration
sereine et équitable d’une justice véritablement
indépendante.
On
a beau du côté français, se répandre
en assurances sur la liberté, l’indépendance
de la justice de cette ancienne colonie, sur la compétence
de ses magistrats et autres auxiliaires de la justice
autant que sur le souci de la France de ne s’immiscer
en aucune façon dans le cours du procès,
personne n’est dupe de ce qu’en amont, tout
ait été certainement décidé,
balisé.
Au
Tchad, on a beau jouer des muscles, se répandre
en déclarations genre « on va voir
ce qu’on va voir », affirmant que le
pays va démontrer qu’il s’est
libéré du joug colonial, qu’il
a une justice majeure, indépendante et compétente,
personne de sérieux ne peut parier un copeck
sur ce discours. Idriss Déby dépend
trop de la France et de Sarkozy pour avoir l’indépendance
de sa politique ! Il a une partition
écrite
par le numéro un français à
jouer, et il la joue. Nicolas Sarkozy a dit «J’irai
les chercher, quoi qu’ils aient fait »
; il reste, en dépit de quelques nuances,
dans cette même posture !
Toute l’agitation médiatique, politique qu’on
observe actuellement, et qui semble vouloir faire de ce
procès, le méga procès de la dignité
tchadienne, risque de n’être que de la poudre
aux yeux tellement sa conduite sent à plein nez,
la mise en scène. Les signes à cet égard
ne manquent pas.
En sont les salamalecs et autres tapes réciproques
sur le dos du numéro un français et du numéro
un tchadien dans les enceintes internationales, le rythme
des coups de téléphone, la valse des émissaires
envoyés d’un pays à l’autre,
les références appuyées et convenues
à des accords d’entraide judiciaire entre
le Tchad et la France qui permettraient d’accéder
à bien de sollicitations de la France pour éviter
l’ « enterrement » à N’djamena
de l’équipe de Zoé….
Autre signe au Tchad : il y a certainement des dossiers
de crimes politiques et de sang autrement plus graves
que celui de l’Arche de Zoé, qui dorment
dans les tiroirs, réservant un sort peu enviable
à des détenus dans les prisons. Pourquoi
faudrait-il spécialement mener une procédure
criminelle au pas de charge si quelque part, il n’y
avait pas des obligations pressantes à remplir
? C’est ça qui devrait attirer l’attention
des Tchadiens et les mobiliser pour dénoncer ce
qui a tout l’air de s’annoncer comme la chronique
d’un procès bidouillé.
Ensuite, viendra comme suite logique de tout cela, le
moment où, après une condamnation spectacle
(qui sera saluée comme la preuve de l’indépendance
de la justice tchadienne), on tirera justement prétexte
d’accords signés entre la France et le Tchad,
pour exfiltrer les condamnés afin qu’ils
aillent tâter quelque temps de conditions plus amènes
de détention avant de bénéficier
de mesures d’élargissement qui ne sauraient
tarder.
L’Arche de Zoé, quoi que l’on fasse,
est et restera une autre manifestation de domination néo-coloniale
qui ne fait que renforcer l’image des républiques
bananières qui colle à la peau de nos Etats
africains. En conclusion, on peut dire que l’ «
Afrique de papa » est loin d’être finie
!