1-
Du montant du Plan Stratégique 2007-2010 du
REN-LAC
Konsimbo F. Evariste, Président du CEDEV, juge
le budget du Plan Stratégique (663.095.360
FCFA) trop élevé ; la raison avancée
est que « le REN-LAC qui fait du bénévolat
son leitmotiv » puisse avoir un si grand besoin
financier !
Le REN-LAC est le premier à regretter que le
budget du plan stratégique soit aussi élevé
; malgré le bénévolat des dizaines
de personnes ressources et des milliers de militants,
malgré les coupes sombres qu’il a dues
opérer, l’ampleur de la tâche est
telle qu’il n’a pas été
possible d’aller en deçà de ce
montant. En effet, s’attaquer à la corruption
endémique et systémique comme c’est
le cas au Burkina Faso, c’est engager une lutte
pour des changements structurels et de comportement,
toute chose qui nécessite d’intervenir
sur plusieurs fronts et de s’intéresser
à toutes les couches de la population à
travers information, sensibilisation, dénonciation
; c’est ce que le REN-LAC ambitionne de faire.
Ainsi, le Plan Stratégique intéresse
:
* les administrations où des enquêtes,
sondages et ateliers sont prévus pour identifier
les faits et pratiques de corruption afin de mieux
cibler les solutions et sensibiliser les acteurs de
ce secteur à la lutte contre le fléau
;
* la sensibilisation des jeunes scolaires à
travers : des productions de pièces de théâtre
et leurs représentations dans toutes les régions
du Burkina, la réalisation de bandes dessinées
et leur diffusion dans les écoles ;
* la sensibilisation dans les principales langues
du Burkina de toutes les couches de la population
à travers le théâtre forum, les
émissions radio et télévision
ainsi que des articles dans la presse écrite
;
* le recueil des actes et faits de corruption à
travers les enquêtes et le téléphone
vert et leur dénonciation par la presse, auprès
des administrations concernées et de la justice
;
* le suivi de l’exécution des grands
projets et programmes de développement dans
les secteurs de l’éducation, de la santé,
de l’agriculture. Le REN-LAC ambitionne de donner
tous les ans son analyse des pratiques corruptrices
qui y auront cours afin de contribuer à l’assainissement
de ces secteurs ;
? la production et la promotion annuelle du rapport
sur l’état de la corruption au Burkina
Faso ;
* Le fonctionnement quotidien du REN-LAC qui, malgré
la multitude de bénévoles dont il bénéficie,
a toujours besoin d’agents permanents, de matériels,
de fournitures nécessaires. Pour une meilleure
visibilité de ses activités et une plus
grande efficacité de ses interventions, le
REN-LAC a prévu l’acquisition d’un
siège.
Comme on peut le constater, un tel programme, étalé
sur 3 ans et demi soit 42 mois nécessite des
fonds qui sont certes très importants, mais
amplement justifiés.
2-
Des risques d’atteinte à l’indépendance
et à l’objectivité du REN-LAC
Deux des personnes interviewées (Konsimbo F.
Evariste et Jean-Pierre Ouédraogo) s’inquiètent
à juste titre, des risques que cette souscription
fait peser sur l’indépendance et l’objectivité
du REN-LAC. Si l’un se fonde sur le principe
de l’ouverture de la souscription « à
tous …, porteur de germes à même
d’entacher l’indépendance et l’objectivité
qui ont jusque là caractérisé
les travaux du REN-LAC », l’autre s’interroge
sur les dangers du fait que « le REN-LAC donne
l’assurance que l’anonymat sera garanti
pour ceux et celles qui le souhaitent ». Ce
sont là des soucis nobles et légitimes,
partagés par les responsables et les organisations
membres du réseau qui, dans le processus d’élaboration
de l’Appel à souscription, ont cherché
à mettre des garde-fous pour éviter
des dérives éventuelles. La garantie
de l’anonymat ne constitue en rien une protection
d’éventuels corrupteurs ou corrompus,
mais tout simplement une ouverture visant à
permettre à ceux qui, par exemple ont une obligation
de réserve, et qui souhaitent contribuer, de
pouvoir le faire sans avoir le sentiment d’avoir
trahi cette obligation de réserve. Sur ce point,
les uns et les autres peuvent être assurés,
car comme eux, le REN-LAC est très soucieux
et fier de la préservation de son indépendance
et de son objectivité. Ce n’est pas un
hasard, si l’Appel se termine en ces termes
« Le REN-LAC acceptera uniquement des souscriptions
qui ne compromettront pas son aptitude à examiner
et à dénoncer les faits et pratiques
de corruption, librement et objectivement ».
Le REN-LAC considère donc toute souscription
à son Appel, comme un engagement conscient
de son auteur, non seulement à soutenir la
lutte anti-corruption, mais aussi à dénoncer
les actes de corruption d’autrui et à
accepter d’être dénoncé,
s’il advenait que le souscripteur pose lui-même
un ou des actes de corruption.
3-
Le REN-LAC ne serait pas suffisamment connu et ne
serait pas une institution légitime !
L’affirmation selon laquelle le REN-LAC manque
de légitimité se fonde sur le fait qu’il
ne serait pas suffisamment connu des burkinabé
parce que très peu d’entre eux «
ont déjà vu… ou parcouru »
son rapport sur l’état de la corruption
dénote d’une connaissance insuffisante
du Réseau et de ses activités. En effet,
les activités du REN-LAC ne se réduisent
pas à la publication de son rapport annuel
sur l’état de la corruption au Burkina
Faso. Elles sont beaucoup plus vastes et plus diversifiées.
Les activités du REN-LAC, ce sont aussi :
* des représentations de théâtre
forum et de théâtre pour enfants dans
les quatre coins du Burkina. Ces représentations
qui touchent des milliers d’hommes, de femmes,
de jeunes et d’enfants de nos villes et campagnes
sont fortement appréciées, si l’on
se réfère à la participation
active des populations lors des tournées ;
* la bande dessinée « Kouka » pour
enfants, produite en 10 000 exemplaires (dix fois
plus que le rapport) et diffusée dans les écoles
et lycées des différentes régions
du pays ;
* la publication dans les quotidiens « L’Observateur
Paalga » et « Le Pays », d’articles
de sensibilisation et de dénonciation des faits
et pratiques de corruption. Ces articles, souvent
repris en langue nationale moré par la radio
« Savane FM », sont portés à
la connaissance des populations dans les tréfonds
du Burkina Faso et touchent beaucoup plus de personnes
que ne le fait le rapport ;
* les émissions radio en français, moré,
dioula et fulfuldé et les conférences
publiques qui touchent des milliers d’auditeurs
aussi bien à Ouagadougou que dans les provinces
;
* les débats télévisuels sur
Canal3 et sur SMTV;
* le téléphone vert (gratuit) un outil
qui permet à toute personne se trouvant sur
le territoire burkinabè, victime ou témoin
d’actes de corruption, d’appeler et d’informer
le REN-LAC, qui généralement procède
à des enquêtes de vérification
suivies de dénonciations si les allégations
sont confirmées.
* etc.
Certes, le REN-LAC mérite d’être
davantage connu des Burkinabè, mais il est
loin d’être une institution illégitime.
C’est pourquoi la présente campagne de
souscription nationale, au-delà de la collecte
de fonds, vise cette mobilisation populaire autour
des idéaux du REN-LAC et de ses activités.
4
– Pourquoi la souscription aujourd’hui
?
Un des intervenants (Monsieur Sango) s’interroge
: « Pourquoi la souscription aujourd’hui
? » et il apporte sa réponse «
En réalité, c’est ce déficit
de bonne gouvernance dans la gestion de cette structure
qui a rendu un peu réticente l’intervention
des bailleurs de fonds ». Il y a lieu de rassurer
d’abord l’opinion publique et l’interviewé,
qu’il n’y a eu ni déficit de bonne
gouvernance dans la gestion du REN-LAC, ni réticence
des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) à
le financer. La réalité est que le REN-LAC
a achevé en septembre 2006, la première
phase du premier Plan Stratégique dont les
rapports d’activités et financiers, les
rapports d’audit des auditeurs indépendants
ainsi que le rapport d’évaluation à
mi-parcours effectué par un cabinet indépendant,
ont été tous approuvés par toutes
les parties. C’est en collaboration et avec
l’appui des PTF que le REN-LAC a entamé
l’élaboration du Plan Stratégique
2007-2010 qui est présentement en phase d’adoption.
5
– Y a-t-il encore quelque chose à faire
contre la corruption ?
Parce que le Burkina Faso est passé du «
65ème au 107ème » rang dans le
classement de Transparency International, Monsieur
Sango se demande s’ « Il y a encore grand-chose
à faire contre la corruption ». Cette
régression est une réalité et
les acteurs de la lutte anti-corruption doivent se
garder de l’accueillir avec défaitisme.
Pour le REN-LAC, la dégradation de la situation
en matière de corruption a des causes qui doivent
être identifiées et éliminées.
Cette dégradation est donc une raison supplémentaire
pour les acteurs de la lutte anti-corruption de s’attaquer
avec persévérance à cette gangrène
qui mine les fondements de l’économie
et du processus démocratique dans notre pays.
Le REN-LAC invite donc le militant politique à
plus de persévérance et d’ardeur
contre ce fléau, plutôt que de céder
au découragement.
6
– Qui a intérêt dans la corruption
?
Après avoir posé la question : «
Qui a intérêt à ce qu’il
y ait la corruption », Monsieur Sango répond
sans ambages : « En réalité, ceux
qui ont intérêt à ce qu’il
y ait la corruption, c’est ceux qui ont de l’argent,
qui veulent faire des affaires ». Cette vision
ne traduit-elle pas une compréhension limitée
des mécanismes de la corruption ? N’y
a-t-il pas une sorte de confusion entre causes et
conséquences de la corruption ? Pour le REN-LAC,
tous ceux qui ont de l’argent, tous ceux qui
veulent faire des affaires, n’ont pas forcement
intérêt à la corruption. La plupart
des opérateurs économiques désirent
un environnement politique et économique sain
pour travailler, or la corruption pollue l’environnent
des affaires. Si aujourd’hui, beaucoup d’acteurs
donnent l’impression d’être partie
prenante de la corruption, c’est tout simplement
parce que la corruption a atteint un niveau si endémique
et si systémique dans notre pays, que bon nombre
d’entre eux la considèrent comme un passage
obligé. Ce n’est pas parce qu’ils
sont d’accord avec, mais pris dans l’engrenage,
ils sont plus ou moins contraints d’y rester
tant que la situation n’évoluera pas.
La corruption coûte très chère
aux entreprises pour faire l’affaire de tous.
7
– Qui est concerné par la souscription?
Monsieur Sango estime qu’« On ne peut
pas demander au commun des burkinabé qui a
du mal à manger chaque jour de donner de l’argent
». Préoccupations d’équité
et de justice sociale louables. C’est justement
là que se trouvent l’originalité
et la spécificité de la souscription
du REN-LAC qui a un double objectif, un objectif financier
certes, mais et surtout un objectif de mobilisation
sociale. A travers cette souscription, le REN-LAC
n’attend pas nécessairement du souscripteur
une importante somme d’argent, mais un petit
geste «Un petit quelque chose, histoire de contribuer
» comme le dit si bien l’étudiant
Maxime Ouédraogo. Ce que le REN-LAC attend,
c’est ce petit geste là, libre et volontaire,
qui va traduire l’adhésion du plus grand
nombre à l’idéal qu’il défend.
Dans ces conditions, la souscription ne participe
pas à l’appauvrissement des populations,
mais plutôt à leur faire prendre conscience
qu’elles peuvent, par un geste symbolique, participer
activement et utilement à cette oeuvre de salubrité
publique qu’est la lutte contre la corruption.
Il faut avoir conscience que l’argent reçu
des partenaires techniques et financiers n’est
pas une manne tombée du ciel. C’est l’argent
des contribuables de pays donateurs qui ont compris
que la corruption constitue une menace et qu’il
convient de consentir des sacrifices pour la combattre.
Nous devons tous travailler à faire partager
cette vision par les populations burkinabè.
8
– L’absence de réaction du REN-LAC
à la proposition de loi sur le délit
d’apparence
Enfin, Monsieur Sango informe les lecteurs de «
San Finna » que son « parti a proposé
à l’Assemblée Nationale depuis
2002 une proposition de loi relative au délit
d’apparence » mais « Aucune organisation
de ce pays, y compris le REN-LAC n’a applaudi
à cette proposition de loi ». Pour que
le REN-LAC réagisse ou applaudisse, encore
faut-il qu’il en ait été informé.
Ce qui ne fut pas le cas. Là, il y a eu manifestement
un déficit communicationnel entre le parti
de Monsieur Sango et les organisations qui auraient
dû ou pu soutenir cette proposition de loi dans
l’intérêt de tous, d’où
la nécessité d’une concertation
préalable de tous les acteurs de la lutte anti-corruption,
lorsqu’une initiative de cette importance doit
être prise. C’est du reste l’une
des lacunes que le REN-LAC va essayer de combler dans
le cadre de son prochain programme, par l’intensification
du plaidoyer et du lobbying.
9
– Les ONG plus financées que les partis
politiques
« Je suis un peu jaloux quand je vois par
exemple que des organisations comme le REN-LAC, le
CGD… croulent sous l’argent pour faire
le boulot que nous dans les partis on est censé
faire » ironise Monsieur Tapsoba. En tant
qu’organisation partisane, il est clair que
le cercle des partenaires financiers du parti politique
est plus restreint que celui d’une ONG. Cependant,
la lutte contre la corruption reste l’affaire
de tous. En effet, Les champs d’investigation
de cette lutte sont si complexes, si intenses et si
vastes qu’il y a de la place pour tout le monde.
Il n’y a donc pas lieu pour les organisations,
a fortiori celles de nature différente, de
se faire la concurrence. Les partis politiques comme
les organisations de la société civile
ont tous intérêt et doivent engager des
actions pertinentes de lutte contre la corruption.
C’est en unissant nos forces que nous viendrons
à bout de ce fléau.
Comme
nous l’avons déjà dit, l’Appel
à souscription nationale lancé par le
REN-LAC n’a pas une finalité exclusivement
financière. C’est aussi et surtout un
moyen d’évaluer l’appréciation
que les Burkinabè se font du REN-LAC après
une décennie d’intenses activités
de lutte anti-corruption. Et l’article suscité
de « San Finna » constitue un des pans
de cette appréciation.