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San Finna N°445 du 24 Décembre 2007 au 13 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

DROIT DE REPONSE
APPEL A SOUSCRIPTION NATIONALE
LE REN-LAC APPORTE DES ECLAIRCISSEMENTS

Le journal « San finna », dans son n° 441 du 22 novembre au 2 décembre 2007, a donné la parole à des citoyens burkinabè qui ont bien voulu s’exprimer sur l’Appel à souscription nationale lancée par le REN-LAC. De par leur qualité, les points de vue qui y sont exprimés par les personnes interviewées, montrent qu’on a à faire à un public dont le niveau d’information se situe au-dessus de la moyenne, c’est-à-dire plus ou moins averti des problèmes des organisations de la Société Civile en général, de l’appel à souscription nationale du REN-LAC en particulier.

Le REN-LAC apprécie positivement l’initiative prise par le journal. Cependant, il estime qu’il est nécessaire d’apporter non seulement des éléments de réponse à certaines interrogations, mais aussi des éclaircissements à des affirmations qui dénotent d’une insuffisance d’informations.

1- Du montant du Plan Stratégique 2007-2010 du REN-LAC

Konsimbo F. Evariste, Président du CEDEV, juge le budget du Plan Stratégique (663.095.360 FCFA) trop élevé ; la raison avancée est que « le REN-LAC qui fait du bénévolat son leitmotiv » puisse avoir un si grand besoin financier !

Le REN-LAC est le premier à regretter que le budget du plan stratégique soit aussi élevé ; malgré le bénévolat des dizaines de personnes ressources et des milliers de militants, malgré les coupes sombres qu’il a dues opérer, l’ampleur de la tâche est telle qu’il n’a pas été possible d’aller en deçà de ce montant. En effet, s’attaquer à la corruption endémique et systémique comme c’est le cas au Burkina Faso, c’est engager une lutte pour des changements structurels et de comportement, toute chose qui nécessite d’intervenir sur plusieurs fronts et de s’intéresser à toutes les couches de la population à travers information, sensibilisation, dénonciation ; c’est ce que le REN-LAC ambitionne de faire. Ainsi, le Plan Stratégique intéresse :

* les administrations où des enquêtes, sondages et ateliers sont prévus pour identifier les faits et pratiques de corruption afin de mieux cibler les solutions et sensibiliser les acteurs de ce secteur à la lutte contre le fléau ;

* la sensibilisation des jeunes scolaires à travers : des productions de pièces de théâtre et leurs représentations dans toutes les régions du Burkina, la réalisation de bandes dessinées et leur diffusion dans les écoles ;

* la sensibilisation dans les principales langues du Burkina de toutes les couches de la population à travers le théâtre forum, les émissions radio et télévision ainsi que des articles dans la presse écrite ;

* le recueil des actes et faits de corruption à travers les enquêtes et le téléphone vert et leur dénonciation par la presse, auprès des administrations concernées et de la justice ;

* le suivi de l’exécution des grands projets et programmes de développement dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’agriculture. Le REN-LAC ambitionne de donner tous les ans son analyse des pratiques corruptrices qui y auront cours afin de contribuer à l’assainissement de ces secteurs ;
? la production et la promotion annuelle du rapport sur l’état de la corruption au Burkina Faso ;

* Le fonctionnement quotidien du REN-LAC qui, malgré la multitude de bénévoles dont il bénéficie, a toujours besoin d’agents permanents, de matériels, de fournitures nécessaires. Pour une meilleure visibilité de ses activités et une plus grande efficacité de ses interventions, le REN-LAC a prévu l’acquisition d’un siège.

Comme on peut le constater, un tel programme, étalé sur 3 ans et demi soit 42 mois nécessite des fonds qui sont certes très importants, mais amplement justifiés.

2- Des risques d’atteinte à l’indépendance et à l’objectivité du REN-LAC

Deux des personnes interviewées (Konsimbo F. Evariste et Jean-Pierre Ouédraogo) s’inquiètent à juste titre, des risques que cette souscription fait peser sur l’indépendance et l’objectivité du REN-LAC. Si l’un se fonde sur le principe de l’ouverture de la souscription « à tous …, porteur de germes à même d’entacher l’indépendance et l’objectivité qui ont jusque là caractérisé les travaux du REN-LAC », l’autre s’interroge sur les dangers du fait que « le REN-LAC donne l’assurance que l’anonymat sera garanti pour ceux et celles qui le souhaitent ». Ce sont là des soucis nobles et légitimes, partagés par les responsables et les organisations membres du réseau qui, dans le processus d’élaboration de l’Appel à souscription, ont cherché à mettre des garde-fous pour éviter des dérives éventuelles. La garantie de l’anonymat ne constitue en rien une protection d’éventuels corrupteurs ou corrompus, mais tout simplement une ouverture visant à permettre à ceux qui, par exemple ont une obligation de réserve, et qui souhaitent contribuer, de pouvoir le faire sans avoir le sentiment d’avoir trahi cette obligation de réserve. Sur ce point, les uns et les autres peuvent être assurés, car comme eux, le REN-LAC est très soucieux et fier de la préservation de son indépendance et de son objectivité. Ce n’est pas un hasard, si l’Appel se termine en ces termes « Le REN-LAC acceptera uniquement des souscriptions qui ne compromettront pas son aptitude à examiner et à dénoncer les faits et pratiques de corruption, librement et objectivement ». Le REN-LAC considère donc toute souscription à son Appel, comme un engagement conscient de son auteur, non seulement à soutenir la lutte anti-corruption, mais aussi à dénoncer les actes de corruption d’autrui et à accepter d’être dénoncé, s’il advenait que le souscripteur pose lui-même un ou des actes de corruption.

3- Le REN-LAC ne serait pas suffisamment connu et ne serait pas une institution légitime !

L’affirmation selon laquelle le REN-LAC manque de légitimité se fonde sur le fait qu’il ne serait pas suffisamment connu des burkinabé parce que très peu d’entre eux « ont déjà vu… ou parcouru » son rapport sur l’état de la corruption dénote d’une connaissance insuffisante du Réseau et de ses activités. En effet, les activités du REN-LAC ne se réduisent pas à la publication de son rapport annuel sur l’état de la corruption au Burkina Faso. Elles sont beaucoup plus vastes et plus diversifiées. Les activités du REN-LAC, ce sont aussi :

* des représentations de théâtre forum et de théâtre pour enfants dans les quatre coins du Burkina. Ces représentations qui touchent des milliers d’hommes, de femmes, de jeunes et d’enfants de nos villes et campagnes sont fortement appréciées, si l’on se réfère à la participation active des populations lors des tournées ;

* la bande dessinée « Kouka » pour enfants, produite en 10 000 exemplaires (dix fois plus que le rapport) et diffusée dans les écoles et lycées des différentes régions du pays ;

* la publication dans les quotidiens « L’Observateur Paalga » et « Le Pays », d’articles de sensibilisation et de dénonciation des faits et pratiques de corruption. Ces articles, souvent repris en langue nationale moré par la radio « Savane FM », sont portés à la connaissance des populations dans les tréfonds du Burkina Faso et touchent beaucoup plus de personnes que ne le fait le rapport ;

* les émissions radio en français, moré, dioula et fulfuldé et les conférences publiques qui touchent des milliers d’auditeurs aussi bien à Ouagadougou que dans les provinces ;

* les débats télévisuels sur Canal3 et sur SMTV;

* le téléphone vert (gratuit) un outil qui permet à toute personne se trouvant sur le territoire burkinabè, victime ou témoin d’actes de corruption, d’appeler et d’informer le REN-LAC, qui généralement procède à des enquêtes de vérification suivies de dénonciations si les allégations sont confirmées.

* etc.

Certes, le REN-LAC mérite d’être davantage connu des Burkinabè, mais il est loin d’être une institution illégitime. C’est pourquoi la présente campagne de souscription nationale, au-delà de la collecte de fonds, vise cette mobilisation populaire autour des idéaux du REN-LAC et de ses activités.

4 – Pourquoi la souscription aujourd’hui ?

Un des intervenants (Monsieur Sango) s’interroge : « Pourquoi la souscription aujourd’hui ? » et il apporte sa réponse « En réalité, c’est ce déficit de bonne gouvernance dans la gestion de cette structure qui a rendu un peu réticente l’intervention des bailleurs de fonds ». Il y a lieu de rassurer d’abord l’opinion publique et l’interviewé, qu’il n’y a eu ni déficit de bonne gouvernance dans la gestion du REN-LAC, ni réticence des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) à le financer. La réalité est que le REN-LAC a achevé en septembre 2006, la première phase du premier Plan Stratégique dont les rapports d’activités et financiers, les rapports d’audit des auditeurs indépendants ainsi que le rapport d’évaluation à mi-parcours effectué par un cabinet indépendant, ont été tous approuvés par toutes les parties. C’est en collaboration et avec l’appui des PTF que le REN-LAC a entamé l’élaboration du Plan Stratégique 2007-2010 qui est présentement en phase d’adoption.

5 – Y a-t-il encore quelque chose à faire contre la corruption ?

Parce que le Burkina Faso est passé du « 65ème au 107ème » rang dans le classement de Transparency International, Monsieur Sango se demande s’ « Il y a encore grand-chose à faire contre la corruption ». Cette régression est une réalité et les acteurs de la lutte anti-corruption doivent se garder de l’accueillir avec défaitisme. Pour le REN-LAC, la dégradation de la situation en matière de corruption a des causes qui doivent être identifiées et éliminées. Cette dégradation est donc une raison supplémentaire pour les acteurs de la lutte anti-corruption de s’attaquer avec persévérance à cette gangrène qui mine les fondements de l’économie et du processus démocratique dans notre pays. Le REN-LAC invite donc le militant politique à plus de persévérance et d’ardeur contre ce fléau, plutôt que de céder au découragement.

6 – Qui a intérêt dans la corruption ?

Après avoir posé la question : « Qui a intérêt à ce qu’il y ait la corruption », Monsieur Sango répond sans ambages : « En réalité, ceux qui ont intérêt à ce qu’il y ait la corruption, c’est ceux qui ont de l’argent, qui veulent faire des affaires ». Cette vision ne traduit-elle pas une compréhension limitée des mécanismes de la corruption ? N’y a-t-il pas une sorte de confusion entre causes et conséquences de la corruption ? Pour le REN-LAC, tous ceux qui ont de l’argent, tous ceux qui veulent faire des affaires, n’ont pas forcement intérêt à la corruption. La plupart des opérateurs économiques désirent un environnement politique et économique sain pour travailler, or la corruption pollue l’environnent des affaires. Si aujourd’hui, beaucoup d’acteurs donnent l’impression d’être partie prenante de la corruption, c’est tout simplement parce que la corruption a atteint un niveau si endémique et si systémique dans notre pays, que bon nombre d’entre eux la considèrent comme un passage obligé. Ce n’est pas parce qu’ils sont d’accord avec, mais pris dans l’engrenage, ils sont plus ou moins contraints d’y rester tant que la situation n’évoluera pas. La corruption coûte très chère aux entreprises pour faire l’affaire de tous.

7 – Qui est concerné par la souscription?

Monsieur Sango estime qu’« On ne peut pas demander au commun des burkinabé qui a du mal à manger chaque jour de donner de l’argent ». Préoccupations d’équité et de justice sociale louables. C’est justement là que se trouvent l’originalité et la spécificité de la souscription du REN-LAC qui a un double objectif, un objectif financier certes, mais et surtout un objectif de mobilisation sociale. A travers cette souscription, le REN-LAC n’attend pas nécessairement du souscripteur une importante somme d’argent, mais un petit geste «Un petit quelque chose, histoire de contribuer » comme le dit si bien l’étudiant Maxime Ouédraogo. Ce que le REN-LAC attend, c’est ce petit geste là, libre et volontaire, qui va traduire l’adhésion du plus grand nombre à l’idéal qu’il défend. Dans ces conditions, la souscription ne participe pas à l’appauvrissement des populations, mais plutôt à leur faire prendre conscience qu’elles peuvent, par un geste symbolique, participer activement et utilement à cette oeuvre de salubrité publique qu’est la lutte contre la corruption. Il faut avoir conscience que l’argent reçu des partenaires techniques et financiers n’est pas une manne tombée du ciel. C’est l’argent des contribuables de pays donateurs qui ont compris que la corruption constitue une menace et qu’il convient de consentir des sacrifices pour la combattre. Nous devons tous travailler à faire partager cette vision par les populations burkinabè.

8 – L’absence de réaction du REN-LAC à la proposition de loi sur le délit d’apparence

Enfin, Monsieur Sango informe les lecteurs de « San Finna » que son « parti a proposé à l’Assemblée Nationale depuis 2002 une proposition de loi relative au délit d’apparence » mais « Aucune organisation de ce pays, y compris le REN-LAC n’a applaudi à cette proposition de loi ». Pour que le REN-LAC réagisse ou applaudisse, encore faut-il qu’il en ait été informé. Ce qui ne fut pas le cas. Là, il y a eu manifestement un déficit communicationnel entre le parti de Monsieur Sango et les organisations qui auraient dû ou pu soutenir cette proposition de loi dans l’intérêt de tous, d’où la nécessité d’une concertation préalable de tous les acteurs de la lutte anti-corruption, lorsqu’une initiative de cette importance doit être prise. C’est du reste l’une des lacunes que le REN-LAC va essayer de combler dans le cadre de son prochain programme, par l’intensification du plaidoyer et du lobbying.

9 – Les ONG plus financées que les partis politiques

« Je suis un peu jaloux quand je vois par exemple que des organisations comme le REN-LAC, le CGD… croulent sous l’argent pour faire le boulot que nous dans les partis on est censé faire » ironise Monsieur Tapsoba. En tant qu’organisation partisane, il est clair que le cercle des partenaires financiers du parti politique est plus restreint que celui d’une ONG. Cependant, la lutte contre la corruption reste l’affaire de tous. En effet, Les champs d’investigation de cette lutte sont si complexes, si intenses et si vastes qu’il y a de la place pour tout le monde. Il n’y a donc pas lieu pour les organisations, a fortiori celles de nature différente, de se faire la concurrence. Les partis politiques comme les organisations de la société civile ont tous intérêt et doivent engager des actions pertinentes de lutte contre la corruption. C’est en unissant nos forces que nous viendrons à bout de ce fléau.

Comme nous l’avons déjà dit, l’Appel à souscription nationale lancé par le REN-LAC n’a pas une finalité exclusivement financière. C’est aussi et surtout un moyen d’évaluer l’appréciation que les Burkinabè se font du REN-LAC après une décennie d’intenses activités de lutte anti-corruption. Et l’article suscité de « San Finna » constitue un des pans de cette appréciation.

Le REN-LAC se propose de publier vos réactions, vos suggestions, vos dénonciations, si cela est conforme à la déontologie et à l’éthique professionnelle. Vos critiques et suggestions sont les bienvenues. Pour toutes informations et suggestions, contactez-nous à l’adresse suivante: Réseau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC) 01 BP : 2056 Ouagadougou 01, Tél. : 50 -33- 04- 73, Email : renlac@renlac.org, site : http: //www.renlac.org Tél. vert : 80-00-11-22 (gratuitement).





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