MEMONA
HINTERMANN
REVELATIONS D’UN VIOL MANQUE PAR KADHAFI
Quand
on parlait de Memona Hintermann, qu’on allait
sur Internet pour en savoir plus sur cette journaliste
émérite qu’on a vue couvrir
bien de grands conflits de ce monde, on découvrait
surtout une femme de caractère, à
qui la vie n’a pas tout donné au
départ mais qui a su à la force
de ses poignets, se battre pour en prendre sur
la vie et devenir ce qu’elle est.
Née le 19 janvier 1952 à l’Ile
de la Réunion d’un père indien
musulman et d’une mère créole
d’ascendance bretonne et catholique, elle
était comme qui dirait, marquée
du signe du destin, dès l’entame
de sa vie.
La vie de famille ne sera pas rose pour elle.
Son père, bien qu’ayant eu 11 enfants
avec sa mère, ne l’épousera
pas et finira par prendre ses cliques et ses claques
pour aller se faire voir ailleurs. Abandonnés
à eux-mêmes, les enfants n’ont
pas eu la vie facile. Memona avoue avoir été
contrainte dès l’âge de 4 ans,
à commettre des petits larcins pour chercher
sa pitance. Un de ses frères, par manque
de soins, meurt la même année, de
fièvre. Mais comme on le sait, elle percera
dans le monde médiatique après avoir
une maîtrise en droit et être passée
au journal télévisé régional
à France 3 Orléans. La chute du
Mur de Berlin, la Guerre des Balkans, les conflits
israélo-palestinien, irakien, afghan..,
ont été les moments forts où
elle a montré son courage et sa maîtrise
du métier. Ce n’est pas pour rien
qu’elle obtient la médaille de la
Légion d’Honneur en 2001 et qu’elle
se retrouve aujourd’hui à Soir 3.
Memona
Hintermann
(Photo http://www.terre-net.fr)
|
Mais
ce qu’on saura désormais et
depuis la publication de son ouvrage autobiographique
«Tête haute », c’est
que ce grand reporter a failli être
violée par Muammar Kadhafi. C’est
ce que nous apprendrons notamment avec l’entretien
qu’elle a eu avec François
Vignal dans le quotidien Libération
du 12 décembre 2007, dont nous vous
proposons la lecture. |
Memona
Hintermann, grand reporter à France 3,
a été victime d’une tentative
de viol de Kadhafi en 1984. Aujourd’hui,
elle témoigne de son indignation.
Entretien.
François VIGNAL
LIBERATION.FR : mercredi 12 décembre 2007
Memona
Hintermann, grand reporter à France 3,
est indignée par la visite du Colonel Kadhafi
en France. Et elle le crie haut et fort. Une indignation
d’autant plus vive que la journaliste a
été victime d’une tentative
de viol de Mouammar Kadhafi lors d’un reportage
en Libye en 1984. Elle l’a raconté
lundi midi sur Canal+, dans l'Edition spéciale.
Elle ne souhaite pas revenir en détail
sur cet événement, mais a accepté
de nous expliquer ce qu'elle pense du leader libyen.
Coup de (grosse) colère d’une journaliste
qui l’ouvre. Entretien.
Aviez-vous déjà parlé
de cet événement avant cette semaine
?
J’en
ai déjà parlé au détour
d’une conversation, en étant le moins
explicite, lorsque Marc Olivier Fogiel m’avait
invité à « On ne peut pas
plaire à tout le monde » en 2003.
J’ai fait un livre cette année sur
mon itinéraire mais je n’en parle
pas car ça n’a rien à voir
avec ma profession et c’est un élément
que j’ai mis entre parenthèse dans
ma vie. On ne ressort pas indemne de ce genre
de rencontre. Samedi midi, il n’y avait
personne d’autre à la rédaction
pour le sujet sur Kadhafi. J’ai donc dû
le faire. Je l’ai fait en me pinçant
le nez. Quand je vois ce type, je le revois devant
moi me menaçant de me flinguer. J’en
parle aujourd’hui, car pour moi l’idée
que Kadhafi puisse resurgir comme ça en
étant porté aux nues par la République,
c’était absolument inimaginable.
Reparler
de cet événement maintenant, est-ce
votre manière à vous de montrer
votre indignation ?
Absolument,
car là je trouve qu’on va trop loin.
Quand Nicolas Sarkozy nous dit qu’il est
devenu un personnage fréquentable, je me
dis qu’ils se mettent le doigt dans l’œil.
Regardez l’interview de France 2, hier soir,
elle est éclairante. Ou il dit la vérité,
et dans ce cas on a la faiblesse de croire à
toutes les hypocrisies des rencontres diplomatiques.
Mais qu’un chef d’Etat vienne nous
dire qu’ils n’ont pas parlé
des droits de l’homme alors que le président
de la République nous dit que si, il y
a quelque chose qui cloche.
Quel
genre de personnage est Kadhafi selon vous ?
Il
n’a pas changé. S’il a juste
changé de fusil d’épaule,
c’est parce qu’en 2003 les Américains
ont décidé d’envahir l’Irak.
La Libye s'est sentie menacée. Sur les
armes de destruction massive, il a dit «je
les rends», «je coopère».
Mais il ne coopère pas du tout. C’est
un type qu’on a pris la main dans le sac,
il savait qu’il allait être coffré,
pour parler le langage du voyou. Et il a trouvé
le moyen de s’en sortir, de se sauver. Il
a été plus malin que Saddam Hussein.
Point. Je ne suis pas quelqu’un d’irréaliste.
Je sais qu’il faut hélas parler avec
des gens qui n’ont pas le même degré
de moral élémentaire que nous. Mais
ce n’est pas la peine d’avoir le déshonneur
en plus, de le recevoir comme ça. Il y
a les Nations Unies pour ça. Il est là
car c'était donnant-donnant pour avoir
la libération des infirmières. Et
les contrats qu’il signe sont des chiffons
de papiers. On n’est même pas sûr
de les avoir en plus. C’est vous dire s’il
nous aura bien roulé. Mais c’est
bien fait.
Est-ce
difficile, en tant que journaliste de télévision,
de prendre position comme vous le faites ?
C’est
très difficile et très dangereux.
Vous savez très bien quelles sont les relations
entre l’Elysée et l’audiovisuel
en France. Et pas que dans l’audiovisuel
public. Mais je ne vais pas être lâche.
Après tout, c’est le président
de la République, il est chargé
de me protéger aussi. Et il savait ce qui
s’était passé. Tout est documenté
au Quai d’Orsay car ils avaient envoyé
à l’époque un consul me récupérer
à mon hôtel pour m’emmener
à l’aéroport de Tripoli. Cette
histoire n’était pas connue du grand
public, mais certainement de ces milieux-là.
Avant
de prendre parole, en avez-vous parlé à
votre rédaction ?
Non.
Je me suis mise en congé cette semaine
pour échapper à l’obligation
de devoir traiter cet événement.
De toute façon la rédaction avait
très clairement décidé qu’il
fallait m’épargner. Mais il est vrai
que jusqu’à présent, je n’ai
reçu aucun appel de la rédaction.
CY