VISITE
DE KADHAFI EN FRANCE
LA « REAL POLITIK » EN BUTTE
A L’ATTACHEMENT DES FRANÇAIS AUX VALEURS
Le monde est
confronté à tant de bouleversements qu’un
simple lifting de ses thématiques de gouvernance
ne suffirait pas ! S’il fut un temps où
l’on avait besoin de la mystique de la Renaissance,
des Lumières, des droits de l’homme, de
la lutte des classes, pour construire la démocratie,
gérer les Etats, aujourd’hui, nous en sommes
loin car la morale, les idéologies, ne constituent
plus des nourritures essentielles du corps et de l’âme.
Autres temps, autres mœurs. Le fait qui donne de
nos jours de l’angoisse et émousse la force
des valeurs, des idées, des idéologies…,
c’est le caractère épuisable de
certaines ressources de l’humanité qui
ont été à l’origine de la
croissance triomphante de nombre de puissances qui gouvernent
le monde. L’indépendance a balayé
tous les continents, et les pays africains (encouragés
par les pays émergents dont la Chine) n’acceptent
plus toujours comme hier, qu’on pompe leurs richesses
et à n’importe quelles conditions.
LA
VOLONTE DE REMISER LA RUPTURE
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Le
grand problème, c’est que les Etats
consuméristes ont douloureusement besoin
de ces richesses et que si elles venaient à
leur manquer, cela aurait des conséquences
extrêmes pour eux. Comment pourraient-ils
alors continuer à se donner des frontières
morales, idéologiques.., à sacraliser
les déclarations des droits de l’homme,
la démocratie, à discriminer dans
les rapports avec les chefs d’Etat selon
qu’ils respectent ou non les droits de l’homme…
? |
De nos jours, pour conserver la croissance ou
pour la ramener, il faut aller la chercher là
où on peut la trouver. Si ce n’est
en France, ce sera ailleurs : en Russie, en Chine,
en Angola, au Tchad, en Birmanie…, qu’importe
le pays et son régime, pourvu que l’on
rapporte des contrats. C’est comme avec
le vin : seule compte l’ivresse même
si la qualité n’y est pas. |
Voilà la thématique qui a conduit Nicolas
Sarkozy à virer sa cuti par rapport à
la rupture et qui recadre la visite de Kadhafi en France.
Oui, le réalisme est sa nouvelle révélation,
au contact de l’exercice du pouvoir. Qu’importent
les serments ! Le réalisme les apurent, les exonèrent.
Il permet au numéro un français de dire
le contraire de ce qu’il disait la veille si cela
sert les intérêts économiques et
stratégiques de son pays. Avec le primat du réalisme,
la vérité, les valeurs, les priorités
ne se mesurent plus par rapport à la Bible, au
Coran, à la Constitution, aux droits de l’homme,
mais par rapport à l’intérêt
pratique de la France dont la bourse devient maigre,
de l’aveu même de ses autorités !
Mais Nicolas Sarkozy, sur ce plan, n’a pas inventé
la roue : le réalisme existe depuis la nuit des
temps. Des hommes comme Charles de Gaulle, François
Mitterrand, Jacques Chirac, l’ont pratiqué
bien avant lui. La touche nouvelle et d’importance
cependant qu’il apporte, c’est qu’il
veut l’appliquer à froid, à vif,
sans l’anesthésie de l’hypocrisie.
Il a besoin du potentiel énergétique,
économique, financier, relationnel…, de
la Russie, du Tchad, de la Chine… ? Quoi qu’il
ait pu dire pendant la campagne au sujet de l’état
des droits de l’homme dans ces pays, de la nécessité
de faire respecter partout les standards internationaux
de la démocratie, il pariera plutôt sur
la compréhension qu’il peut leur manifester
afin d’obtenir d’eux des contrats que sur
la pression qu’il peut leur mettre dans l’optique
d’obtenir de leur part plus de respect des droits
de l’homme et de la démocratie.
S’agissant spécialement de la Libye, il
avait, comme le rappelle Alain Duhamel, annoncé
avec force pendant sa campagne électorale «
qu’avec lui, la France ne sacrifierait plus ses
valeurs et ses convictions aux marchés et aux
contrats ». Le voilà adoubant le dictateur
Kadhafi pour son retour dans le concert des nations
par une visite officielle de tous les éclats
pour décrocher justement des contrats !
LA
FIDELITE POPULAIRE AUX VALEURS
Le grand hic, c’est qu’on ne dessouque pas
comme cela, aussi facilement, les valeurs d’une
république comme la France, ancrées dans
les consciences depuis des siècles par la force
des larmes, du sang, des rires, des évènements
partagés ! On ne le fait pas aussi facilement
lorsqu’on a fait partager ces mêmes valeurs,
au-delà des frontières françaises,
à d’autres peuples qui y trouvent aujourd’hui,
un élément d’équilibre dans
la balance de leur gouvernance nationale. Jusqu’à
présent, rien ne semblait résister à
Nicolas Sarkozy tellement le peuple lui avait apparemment
donné un blanc seing pour remettre le pays en
selle. Mais là, avec le challenge Kadhafi, il
semble avoir mis la barre trop haut car ce qu’il
a proposé n’est rien moins qu’une
révolution culturelle à la Mao, et la
France, visiblement, n’y est pas prête pour
avoir le sentiment d’y courir le risque de perdre
son âme.
Et comble de déveine pour lui, le Colonel Kadhafi
s’est mis de la partie pour lui savonner la planche.
Malgré les concessions protocolaires fantasques
qui lui ont été faites au grand dam des
Français, le Guide par ses postures, ses déclarations
provocatrices, aura dérangé, par-delà
les rangs de l’opposition, jusque dans ceux de
la France acquise à N. Sarkozy. Cette visite,
même parée de tous ses atours (les contrats
mirobolants, juteux, pourvoyeurs d’emplois) n’est
pas parvenue à compenser le sentiment d’humiliation
que ressentaient les Français devant les toiseries
du « Guide » qui, la veille encore à
Lisbonne, reconnaissait le terrorisme comme un droit
pour les nations faibles. C’est cet homme-là
pour lequel on avait choisi la date du 10 décembre,
journée mondiale des droits de l’homme,
pour lui offrir la France comme voie royale de réintégration
dans le concert des nations. Peut-être qu’en
choisissant cette date, Nicolas Sarkozy, qui ne fait
rien au hasard, avait voulu par le fait, créer
un choc de nature à décrocher les Français
de ce penchant « droitsdel’hommiste »
qu’il considère tout à fait décati
et handicapant pour les défis qui attendent la
France !
Eh bien, à l’heure qu’il est, c’est
râpé ! Non seulement, les 10 milliards
d’euros, cause de toute cette « veste »
nationale, se sont rétrécis comme une
peau de chagrin (Le député socialiste
Manuel Vall a parlé de 300 millions d’euros,
sûr, et que pour le reste, ce n’étaient
que des intentions) mais la visite a dérapé
malgré les multiples opérations de rattrapages
médiatiques. Finalement, ce qui restera, c’est
le refus de l’Assemblée d’accepter
Kadhafi dans l’hémicycle, c’est cette
émeute médiatique, politique qui a amené
une majorité de Français à quasiment
s’insurger contre cette visite et les symboles
qu’elle portait. C’est ça en vérité
la première déconvenue post-électorale
de Sarkozy dont le sens de la communication a été
ici mis à défaut par un Kadhafi rusé,
expérimenté, imbattable sur la question
jusqu’à avoir le front de faire passer
Nicolas Sarkozy pour un menteur et comble de cynisme,
à donner des leçons de droits de l’homme
à la France pour le mauvais traitement qu’elle
accorde à ses immigrés.
Au fond, on peut dire qu’à quelque chose,
malheur est bon : Sarkozy fera une cure d’humilité
et Kadhafi comprendra que l’argent n’achète
pas tout même si en Afrique, la Chine taille des
croupières à la France en pratiquant une
« Open politique » sans état d’âme
!
La Rédaction