Mise à jour le 16/12/2007
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San Finna N°444 du 17 au 23 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

VISITE DE KADHAFI EN FRANCE
LA « REAL POLITIK » EN BUTTE
A L’ATTACHEMENT DES FRANÇAIS AUX VALEURS


Le monde est confronté à tant de bouleversements qu’un simple lifting de ses thématiques de gouvernance ne suffirait pas ! S’il fut un temps où l’on avait besoin de la mystique de la Renaissance, des Lumières, des droits de l’homme, de la lutte des classes, pour construire la démocratie, gérer les Etats, aujourd’hui, nous en sommes loin car la morale, les idéologies, ne constituent plus des nourritures essentielles du corps et de l’âme. Autres temps, autres mœurs. Le fait qui donne de nos jours de l’angoisse et émousse la force des valeurs, des idées, des idéologies…, c’est le caractère épuisable de certaines ressources de l’humanité qui ont été à l’origine de la croissance triomphante de nombre de puissances qui gouvernent le monde. L’indépendance a balayé tous les continents, et les pays africains (encouragés par les pays émergents dont la Chine) n’acceptent plus toujours comme hier, qu’on pompe leurs richesses et à n’importe quelles conditions.

LA VOLONTE DE REMISER LA RUPTURE

Le grand problème, c’est que les Etats consuméristes ont douloureusement besoin de ces richesses et que si elles venaient à leur manquer, cela aurait des conséquences extrêmes pour eux. Comment pourraient-ils alors continuer à se donner des frontières morales, idéologiques.., à sacraliser les déclarations des droits de l’homme, la démocratie, à discriminer dans les rapports avec les chefs d’Etat selon qu’ils respectent ou non les droits de l’homme… ?
De nos jours, pour conserver la croissance ou pour la ramener, il faut aller la chercher là où on peut la trouver. Si ce n’est en France, ce sera ailleurs : en Russie, en Chine, en Angola, au Tchad, en Birmanie…, qu’importe le pays et son régime, pourvu que l’on rapporte des contrats. C’est comme avec le vin : seule compte l’ivresse même si la qualité n’y est pas.


 

 

 

 




Voilà la thématique qui a conduit Nicolas Sarkozy à virer sa cuti par rapport à la rupture et qui recadre la visite de Kadhafi en France. Oui, le réalisme est sa nouvelle révélation, au contact de l’exercice du pouvoir. Qu’importent les serments ! Le réalisme les apurent, les exonèrent. Il permet au numéro un français de dire le contraire de ce qu’il disait la veille si cela sert les intérêts économiques et stratégiques de son pays. Avec le primat du réalisme, la vérité, les valeurs, les priorités ne se mesurent plus par rapport à la Bible, au Coran, à la Constitution, aux droits de l’homme, mais par rapport à l’intérêt pratique de la France dont la bourse devient maigre, de l’aveu même de ses autorités !

Mais Nicolas Sarkozy, sur ce plan, n’a pas inventé la roue : le réalisme existe depuis la nuit des temps. Des hommes comme Charles de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac, l’ont pratiqué bien avant lui. La touche nouvelle et d’importance cependant qu’il apporte, c’est qu’il veut l’appliquer à froid, à vif, sans l’anesthésie de l’hypocrisie. Il a besoin du potentiel énergétique, économique, financier, relationnel…, de la Russie, du Tchad, de la Chine… ? Quoi qu’il ait pu dire pendant la campagne au sujet de l’état des droits de l’homme dans ces pays, de la nécessité de faire respecter partout les standards internationaux de la démocratie, il pariera plutôt sur la compréhension qu’il peut leur manifester afin d’obtenir d’eux des contrats que sur la pression qu’il peut leur mettre dans l’optique d’obtenir de leur part plus de respect des droits de l’homme et de la démocratie.

S’agissant spécialement de la Libye, il avait, comme le rappelle Alain Duhamel, annoncé avec force pendant sa campagne électorale « qu’avec lui, la France ne sacrifierait plus ses valeurs et ses convictions aux marchés et aux contrats ». Le voilà adoubant le dictateur Kadhafi pour son retour dans le concert des nations par une visite officielle de tous les éclats pour décrocher justement des contrats !

LA FIDELITE POPULAIRE AUX VALEURS

Le grand hic, c’est qu’on ne dessouque pas comme cela, aussi facilement, les valeurs d’une république comme la France, ancrées dans les consciences depuis des siècles par la force des larmes, du sang, des rires, des évènements partagés ! On ne le fait pas aussi facilement lorsqu’on a fait partager ces mêmes valeurs, au-delà des frontières françaises, à d’autres peuples qui y trouvent aujourd’hui, un élément d’équilibre dans la balance de leur gouvernance nationale. Jusqu’à présent, rien ne semblait résister à Nicolas Sarkozy tellement le peuple lui avait apparemment donné un blanc seing pour remettre le pays en selle. Mais là, avec le challenge Kadhafi, il semble avoir mis la barre trop haut car ce qu’il a proposé n’est rien moins qu’une révolution culturelle à la Mao, et la France, visiblement, n’y est pas prête pour avoir le sentiment d’y courir le risque de perdre son âme.

Et comble de déveine pour lui, le Colonel Kadhafi s’est mis de la partie pour lui savonner la planche. Malgré les concessions protocolaires fantasques qui lui ont été faites au grand dam des Français, le Guide par ses postures, ses déclarations provocatrices, aura dérangé, par-delà les rangs de l’opposition, jusque dans ceux de la France acquise à N. Sarkozy. Cette visite, même parée de tous ses atours (les contrats mirobolants, juteux, pourvoyeurs d’emplois) n’est pas parvenue à compenser le sentiment d’humiliation que ressentaient les Français devant les toiseries du « Guide » qui, la veille encore à Lisbonne, reconnaissait le terrorisme comme un droit pour les nations faibles. C’est cet homme-là pour lequel on avait choisi la date du 10 décembre, journée mondiale des droits de l’homme, pour lui offrir la France comme voie royale de réintégration dans le concert des nations. Peut-être qu’en choisissant cette date, Nicolas Sarkozy, qui ne fait rien au hasard, avait voulu par le fait, créer un choc de nature à décrocher les Français de ce penchant « droitsdel’hommiste » qu’il considère tout à fait décati et handicapant pour les défis qui attendent la France !

Eh bien, à l’heure qu’il est, c’est râpé ! Non seulement, les 10 milliards d’euros, cause de toute cette « veste » nationale, se sont rétrécis comme une peau de chagrin (Le député socialiste Manuel Vall a parlé de 300 millions d’euros, sûr, et que pour le reste, ce n’étaient que des intentions) mais la visite a dérapé malgré les multiples opérations de rattrapages médiatiques. Finalement, ce qui restera, c’est le refus de l’Assemblée d’accepter Kadhafi dans l’hémicycle, c’est cette émeute médiatique, politique qui a amené une majorité de Français à quasiment s’insurger contre cette visite et les symboles qu’elle portait. C’est ça en vérité la première déconvenue post-électorale de Sarkozy dont le sens de la communication a été ici mis à défaut par un Kadhafi rusé, expérimenté, imbattable sur la question jusqu’à avoir le front de faire passer Nicolas Sarkozy pour un menteur et comble de cynisme, à donner des leçons de droits de l’homme à la France pour le mauvais traitement qu’elle accorde à ses immigrés.

Au fond, on peut dire qu’à quelque chose, malheur est bon : Sarkozy fera une cure d’humilité et Kadhafi comprendra que l’argent n’achète pas tout même si en Afrique, la Chine taille des croupières à la France en pratiquant une « Open politique » sans état d’âme !

La Rédaction






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