Mise à jour le 09/12/2007
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San Finna N°443 du 09 au 16 Décembre 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL FELICITER OU NON NICOLAS SARKOZY
POUR SA FRANCHISE DANS LE DOSSIER TCHADIEN ?

A une question qui lui a été posée lors du Sommet Europe/Afrique à Lisbonne sur l’aide qu’apporterait l’armée française aux troupes d’Idriss Déby, Nicolas Sarkozy n’est pas passé par quatre chemins pour dire ce qu’il en est au juste : « C'est vrai que l'opération Epervier, d'une façon indirecte, aide le Tchad, c'est parfaitement exact. Je serais bien hypocrite de le contester, donc je ne le conteste pas….En même temps, est-ce que c'est notre rôle de contribuer à la déstabilisation d'un Etat, dans une région où il n'y a vraiment pas besoin de déstabilisation ?".(in Le Monde du 08/12/2007). Aussitôt, cela a provoqué une sacrée polémique. Il y en a en effet qui soutiennent que le numéro un français a eu un langage de vérité qui tient parfaitement la route et d’autres qui soutiennent qu’il n’a pas hésité à fouler aux pieds les conventions qui lient la France au Tchad et qu’il se comporte comme un colon de la pire espèce. Deux sons de cloche.

LE PRESIDENT FRANÇAIS NICOLAS SARKOZY A EU UN LANGAGE DE VERITE CREDIBLE

Il y a des chefs d’Etat qui aiment la langue de bois à vous dégoûter de la politique. Avec le président français, on aura au moins, sur ce plan-là, une rupture sans bavures. Que ce soit dans ses relations avec la Chine, avec la Libye, avec les USA… ou en matière de politique intérieure, il est celui des chefs d’Etat qui pratique le plus ce qu’il dit. Kadhafi a beau être ce qu’il est, toiser tout le monde, se considérer comme « le phoenix des hôtes de ce bois », si la coopération entre la France et la Libye peut être bénéfique pour son pays, il n’y a que ça qui compte, et si dans ce cas précis, Kadhafi fait amende honorable en promettant de décrocher d’avec le terrorisme et la recherche effrénée de l’arme atomique, ce n’est pas lui Sarkozy qui fera la fine bouche ; il fera encore moins la fine bouche lorsque, ventre à terre, d’autres puissants de ce monde et pas des moindres, font une cour assidue au numéro un libyen. Actuellement, il illustre cette franchise du propos et du comportement avec le Tchad. Eh bien des opposants et des observateurs tchadiens soutiennent que l’armée française aide les forces armées nationales tchadiennes pour combattre les rebelles, alors que les accords passés entre le Tchad et la France ne permettraient pas une telle intervention. Nicolas Sarkozy aurait pu louvoyer comme on a toujours fait jusqu’à présent pour ces questions sensibles. Sa réponse a été claire et nette : « C'est vrai que l'opération Epervier, d'une façon indirecte, aide le Tchad, c'est parfaitement exact. Je serais bien hypocrite de le contester ». Peut-on lui reprocher d’avoir un tel langage de vérité ? Pas du tout. Ca permettra à tout un chacun de prendre ses responsabilités notamment aux autorités tchadiennes. Si le gouvernement tchadien décide qu’il ne veut plus de ce soutien indirect ni même de la présence des bases militaires françaises dans son pays, eh bien la France en tirera toutes les conséquences. Et si même dans les autres Etats africains, la question du départ devenait une option des gouvernements en place, pas de problème, la France retirera ses billes. Pour le moment, tant qu’on accepte ces accords qui lient la France et les pays africains en matière de défense de même que l’assistance politique que la France apporte aux pays africains pour les préserver de certaines menaces notamment de déstabilisation, il n’y a pas de problème. On le voit, on ne saurait être plus clair qu’il l’a été. Et s’il y a à s’en prendre maintenant à quelqu’un par rapport à la présence des bases militaires françaises en Afrique et à leurs agissements sur le continent, c’est aux dirigeants de nos Etats qu’il faut s’en prendre car Nicolas Sarkozy a résolument et sans complexes, placé la balle dans leur camp.



TOMI.

NICOLAS SARKOZY A ENCORE MONTRE SON DETACHEMENT VIS-A-VIS DES PEUPLES AFRICAINS

Hors donc, pour employer une expression chère aux Ivoiriens, les rebelles tchadiens avaient raison de dénoncer l’ingérence de l’armée française dans les combats qui les oppose à l’armée tchadienne. Nicolas Sarkozy n’a rien fait d’autre, à la question qui lui a été posée à Lisbonne au sujet de cette ingérence, que de répondre par l’affirmative. C’est ce qu’il a fait dans le style qui lui est cher en disant « C’est vrai que l’Opération Epervier, d’une façon indirecte, aide le Tchad. C’est parfaitement exact. Je serai bien hypocrite de le contester, donc je ne le conteste pas ». Il ne fait pas que le reconnaître, il se justifie car lorsqu’il demande « .. Est-ce que c’est notre rôle de contribuer à la déstabilisation d’un Etat dans une région où il n’y a vraiment pas besoin de déstabilisation ? », que fait-il sinon préjuger des intentions du régime soudanais et prendre partie pour Idriss Déby dont le pays en la circonstance est menacé, selon lui, de déstabilisation ? Le président français d’ailleurs ne fait pas mystère de ses convictions puisqu’il enchaîne : « Je vous rappelle que de l’autre côté, c’est le Darfour ! ». Autrement dit, pour lui Nicolas Sarkozy, le Soudan de al Béchir est le grand satan. Les rebelles tchadiens ont beau s’agiter, ils ne sont que les instruments pour semer le foutoir dans la région ! Alors, il ne sera pas dit qu’il restera les bras croisés devant la déstabilisation de cette région qui n’en a pas besoin. Mais qui donc l’a investi de ce droit de décider en dehors du peuple tchadien, de la meilleure façon de faire son bonheur ? Décidément, on reconnaît là Nicolas Sarkozy. C’est le même qui disait qu’il irait chercher les membres de l’équipe de Zoé, quoi qu’ils aient fait. Pour lui en effet, le Tchad reste une colonie française où lui, Sarkozy, pourra agir en maître et seigneur. Mais il y a quelque chose de bon dans cette franchise dont il fait la pierre angulaire de sa politique : elle permet de découvrir que les Tchadiens ne sont pas dupes de son acharnement à faire venir l’EUFOR au Tchad. La technique est la même que Jacques Chirac utilisait pour fourguer le sale boulot aux organisations internationales africaines et aux Nations Unies. On pourra dire qu’à quelque chose, malheur est bon puisqu’avec cette option de franchise, on pourra le pousser jusqu’à reconnaître les ingérences françaises dans le cadre de la France-Afrique, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire… Tant qu’à refuser d’être hypocrite, il faut aller jusqu’au bout ce qui permettra aux Etats africains de juger en toute connaissance de cause et de décider des nouvelles bases sur lesquelles ils voudraient éventuellement refonder la relation entre la France et l’Afrique.


TOZI.

Citation de la semaine

«Les APE ne facilitent pas l’intégration africaine.
Ça c’est moi qui le dit et je suis économiste…
En tout cas au Sénégal, nous ne signerons pas et nous sommes nombreux.»

Me Abdoulaye WADE






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