San
Finna N°443 du
09 au 16 Décembre 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
ENTRETIEN
AVEC LES PARENTS DU PLUS CELEBRE PRISONNIER
NAON BABOU
Guel
Aya, épouse du Sergent Chef Naon
Babou et ses enfants : Eto, Honoré,
Marcelline, Viviane et Cédric, n’en
finissent pas d’essuyer leurs larmes
depuis l’arrestation des militaires
en octobre 2003. Ils n’ont rien compris
en même temps qu’ils réfutent
la thèse du coup d’Etat. Le
11 décembre, c’est pour ce
mardi et pour une date aussi importante
que celle qui concerne la libération
de notre pays du joug colonial, la famille
de celui-là à qui San Finna
a décerné le titre d’homme
de l’année en 2003, demande
aussi qu’il soit libéré.
Et le 11 décembre, avec le cas de
Naon, doit nous rappeler qu’une nation
ne peut se construire sans pardon.
En plus de son épouse et de sa fille,
nous avons rencontré son neveu (Zakaria
Nignan) et son cousin (Bertéo D.
Nébié) qui ont bien voulu
se prêter à nos questions.
Mme
Babou NAON
1)
Madame Naon, depuis l’incarcération
de votre époux, comment se
passe votre vie à la maison
?
Mme
Naon :
Guel Aya, c’est mon nom. Je
suis avec Naon Babou depuis très
longtemps. Nous sommes mariés
et nous avons eu 5 enfants : 3 filles
et 2 garçons.
2)
Comment vivez-vous de nos jours l’arrestation
de votre mari et dans quelle situation vous
vivez, vous et vos enfants ?
Mme
Naon :
En vérité, rien ne va. Les
enfants surtout ont besoin de leur père.
Ils souffrent énormément de
ce manque. Aussi, comme vous l’imaginez,
ils doivent s’alimenter, s’habiller
et aller à l’école.
Moi, je ne travaille pas et n’ai pas
les moyens de faire en sorte qu’ils
disposent de tout cela. Nous en avons tous
marre. Au début de l’incarcération
de mon époux, nous avions des soutiens.
De très bonnes volontés nous
venaient an aide mais vu l’usure du
temps, ils se sont lassés et nous
sommes abandonnés à nous-mêmes.
3)
Avez-vous un message particulier à
l’endroit des autorités de
ce pays relativement à ce qu’aujourd’hui,
vous vivez ?
Mme
Naon :
Ce que je voudrais, c’est qu’il
libère le chef de cette famille pour
qu’il puisse s’occuper de ses
enfants. C’est mon seul vrai vœu.
Mes enfants sont fatigués, ils ne
mangent pas assez. Il y a des gens qui ont
parfois pitié de nous et nous viennent
en aide mais sans cela, que vont faire mes
enfants ? Ce n’est pas moi qui vais
les encourager à voler pour manger.
Je vis donc avec eux dans cette situation
et j’espère de tous mes vœux
le retrouver avec nos enfants, pour notre
plus grand bonheur.
Eto NAON , fille de Babou NAON
24 ans, Etudiante en anglais à l’Université
de Ouagadougou
1)
Comment avez-vous pris l’arrestation
de votre père en octobre 2003
?
Eto
Naon :
Vous savez, nous avons tout remis
dans les mains de Dieu. Tout ce qui
est arrivé ce jour nous a véritablement
marqués. Les conditions dans
lesquelles il a été
traité n’étaient
pas des plus intéressantes.
De notre côté, on a essuyé
le pire. Partant, on était
un objet d’attraction. Tout
le monde nous regardait d’autant
plus qu’on parlait de coup d’Etat.
On ne pouvait pas non plus nous exprimer
pendant que nous sommes persuadés
qu’il n’en était
rien.
2)
En tant que première fille, comment
supportez-vous l’absence du père
à tous les niveaux
Eto
Naon :
Depuis son arrestation, il y a de cela près
de 5 ans, nous vivons toutes les difficultés.
Auparavant, les gens nous aidaient mais
je me dis qu’ils sont fatigués
aujourd’hui. On se débrouille.
Notre maman ne travaille pas. On comptait
donc sur notre papa pour qu’il nous
aide à aller à l’école
et vivre un peu mieux. Actuellement, tous
les enfants ne sont pas à l’école
parce que nous n’avons pas de moyens
financiers pour les aider. Pour manger,
il nous faut souvent l’aide de gens
qui remarquent que ça ne va pas dans
la famille. On ne fait que prier Dieu pour
qu’il continue à nous aider.
Notre cursus scolaire est menacé
et c’en est autant pour notre vie.
4)
Quel est votre plus grand vœu aujourd’hui
?
Eto
Naon :
On souhaite tout simplement que notre papa
soit libéré parce qu’il
n’a rien fait. Jusqu’à
présent, tous ceux qui ont été
incarcérés avec lui ont été
libérés, sauf lui. Qu’est-ce
qu’il a fait de mal pour n’y
ait plus que lui en prison ?
Zakaria NIGNAN, neveu de Naon Babou
Il
s’exprime sur les conditions de vie
de Naon étant donné qu’il
est une des personnes à aller rendre
visite à Naon à la MACO chaque
semaine.
Naon
n’est pas au mieux de sa forme.
Au plan moral, il est l’objet
de toutes sortes de calomnies tendant
à le vilipender et à
lui nuire. Au plan physique, il a
besoin de soins et c’est très
difficile pour lui qu’on le
laisse aller se soigner et voir normalement
son docteur ou que le docteur vienne
le voir à la MACO. Il n’arrive
pas
à avoir ses produits qu’il
prend contre
ses
sinusites et il a un scanner qu’il
ne peut pas faire, tout ça
depuis la fuite de Ouali. Ces derniers
temps, il nous est interdit de lui
remettre sa nourriture de main à
main. Pourtant, au début de
son incarcération, c’est
ce qui était fait pour éviter
les tentatives d’empoisonnement.
L’éloignement d’avec
sa famille est aussi dur. Même
s’il résiste et qu’il
ne veut rien montrer, on voit que
ça le travaille
Bétéo
D. NEBIE, cousin de Naon Babou
Il
est beaucoup plus virulent que les autres.
Il ne mâche pas ses mots : «
Naon doit être libéré
». Il loue tout aussi bien son courage
devant toutes les épreuves qu’il
traverse.
Depuis
octobre 2003, je rencontre l’homme
et je vois en lui toujours et de manière
décomplexée, le courage.
Malgré toutes les injustices,
tracasseries et pratiquement les recherches
de la bête noire, Naon est resté
toujours égal à lui-même
Norbert Zongo, qui est mort dans les
conditions que nous connaissons, est
la cause réelle de la situation
aujourd’hui de Naon. Parce que,
bien qu’il soit un militaire,
il n’a pas approuvé le
fait qu’on ait tué quelqu’un
de cette manière aussi sauvage
et qu’il l’ait dénoncé
auprès de qui de droit, à
savoir le jeune frère du président.
Il faut chercher les causes de tous les
problèmes de Naon à ce niveau
précis et pas ailleurs. La preuve
est là qu’en fait de putsch
dans lequel nous avons vu le jugement qui
n’a absolument rien prouvé
et dans l’incarcération des
4 militaires, on a vu au fil du temps que
finalement l’objectif que le pouvoir
cherchait, il l’a atteint puisque
tous ceux qui ont été condamnés
et qui devraient être plus coupables
que lui, ne serait-ce que du point de vue
de leurs grades, ont été libérés.
Bayoulou a été libéré,
il a été gracié. Bassolet,
qui était à peu près
au niveau de Naon, a été gracié,
Ouali est parti.
Concernant Ouali, mon intime conviction
à moi, c’est que Ouali a été
aidé pour être là où
il est aujourd’hui. Je peux me tromper
mais c’est ce que je crois quand j’analyse.
Dieu dira un jour si c’est vrai ou
faux. Ca fait mal en tout cas de voir qu’il
reste seul à la MACO alors qu’il
avait eu plusieurs fois l’occasion
de partir et qu’il n’est pas
parti.
L’objectif, c’était Naon,
et ils l’ont atteint. Aujourd’hui,
les conditions dans lesquelles il vit, malgré
toute sa bonne conduite, sont désastreuses.
Je vous rappelle que c’est grâce
à lui que la prison n’a pas
été brûlée l’an
dernier et tout le monde le reconnaît
et la police en premier puisqu’elle
a fait une enquête.
Maintenant, si on peut pas le remercier,
au moins, qu’on ne lui en rajoute
pas ! Malheureusement, c’est ce qui
se passe. On a l’impression depuis
quelque temps qu’on a décidé
d’en finir. Pour preuve, il y a une
autorité qui lui a dit exactement
ces termes : « On va en finir avec
toi ! ». Ce que je dis date au plus
d’un mois.
Ce que je sollicite surtout, c’est
qu’on applique la loi. Il a été
condamné dans le cadre de la loi
et il faut par conséquent qu’on
le détienne strictement dans le cadre
de la loi. Pas plus, pas moins ! On ne demande
pas un traitement de faveur. Nous demandons
tout simplement que la loi soit appliquée
dans toute sa rigueur aussi bien par ceux
qui l’appliquent que ceux à
qui elle est appliquée.
San
Finna : Est-ce que vous avez un appel particulier
à lancer surtout à cette occasion
du 11 décembre 2007 ?
Betéo
D. Nébié : Je
ne sais pas si je suis l’autorité
indiquée mais je rappelle que la
famille a publié une lettre ouverte
dans la presse il n’y a pas longtemps.
Je souhaiterais revenir sur les termes de
cette lettre. La famille demande humblement
au président de prendre ses responsabilités
en tant que chef suprême de l’Etat
et de la justice pour faire appliquer la
loi dans toute sa rigueur à quelqu’un
qui a été condamné
dans le cadre de la loi.
Je demande au nom de la famille, à
toutes les autorités de notre pays,
d’appliquer de façon indifférente
la loi, en sachant que chacun d’entre
nous est redevable devant la loi. Aujourd’hui,
c’est Naon, demain ça peut
être quelqu’un d’autre.
Nous ne demandons pas un traitement de faveur.
Il devait être libéré
depuis une année et il ne l’est
pas encore. Je demande au Président
du Faso, au nom de la famille, de bien vouloir
prendre ses responsabilités et de
faire appliquer la loi.